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Un travailleur sur le terminal à conteneurs du port d'Abidjan le 17 janvier 2011. Reuters/Luc Gnago
Un travailleur sur le terminal à conteneurs du port d'Abidjan le 17 janvier 2011. Reuters/Luc Gnago

Les entreprises africaines sont performantes

Pour Jean-Louis Billon, président de la Société Immobilière et Financière de la Côte Africaine (SIFCA) et président de la Chambre de commerce et d'industrie de Côte d'Ivoire, l'Afrique redevient fréquentable pour les entreprises qui voudraient investir.

Que de chemin parcouru! Souvenons-nous des premières éditions, au début des années 2000, du rapport de la Banque mondiale sur l'environnement des affaires, le fameux Doing Business. Pour l'Afrique, le constat dressé était sans appel.

Lourdeurs administratives, insécurité juridique, corruption endémique, etc: le message lancé aux investisseurs par l'institution internationale était plus que dissuasif. Le continent était une terre hostile pour les entrepreneurs.

Les décideurs économiques et politiques avaient beau dénoncer – à juste titre – une approche anglo-saxonne dans la définition des indicateurs d'évaluation, le discours lancinant et déprimant s'était imposé. Seuls ceux qui avaient une parfaite maîtrise du «risque-pays» pouvaient s'aventurer en Afrique. Les autres étaient priés de déverser leurs capitaux en Asie.

L'Afrique monte en gamme

Dix ans plus tard, le dernier Doing Business vient d'être publié (1). Les indicateurs sont les mêmes, mais plus le classement. Sur les cinquante pays dans le monde qui ont le plus amélioré leurs réglementations des affaires cette dernière année, dix-sept sont subsahariens. Entre juin 2011 et juin 2012, vingt-huit des quarante-six gouvernements de la région ont entrepris au moins une réforme pour faciliter la vie des entreprises.

Certes, en queue de classement, on retrouve toujours les mêmes mauvais élèves, mais d'une manière générale, l'Afrique monte en gamme, devient attractive, «bancable»... Autrement dit, les technocrates de Washington moulinant leurs batteries d'indicateurs n'étaient pas de mauvaise foi. Les gouvernants africains – pas tous encore, mais la plupart – l'ont bien compris et ont enfin intégré des stratégies de développement économique dans leur exercice du pouvoir.

Des banquiers ou des patrons détiennent des portefeuilles ministériels, les argentiers ou les conseillers économiques des chefs d'État peuvent discuter sans complexe avec les experts surdiplomés envoyés par le Fonds monétaire international (FMI), des fonctionnaires internationaux subsahariens reviennent au pays pour servir..., la gouvernance progresse. Les décideurs économiques avaient pris les devants sans attendre les sermons de la Banque mondiale.

Mais ce n'est pas encore la Chine!

Ils ont su être performants malgré un environnement semé d'embuches. Sur la dernière décennie, le taux de croissance annuel moyen en Afrique est supérieur à 5 %. Sur cette même période, cela correspond à une formation de capital brut de 200 %, en valeur. En 2012, l'Europe s'enfonce dans la récession, l'Amérique peine, l'Asie s'essouffle..., l'Afrique peut espérer une croissance de 5,3 %, selon le FMI. Ce n'est pas encore la Chine, mais nous en prenons le chemin.

Les esprits grincheux rétorquerons que ce rythme de croissance a surtout été tiré par les matières premières et l'augmentation des cours mondiaux. C'est un peu vite oublier l'incroyable boom de la téléphonie mobile, le développement continu de l'agro-industrie, l'apparition progressive d'une petite industrie ou bien encore la consolidation du secteur bancaire.

Cette envolée économique est créatrice de richesses, pourvoyeuse d'emplois et génératrice de pouvoir d'achat. Sur l'ensemble du continent, plus de cent millions de consommateurs appartiennent déjà à la classe moyenne. D'ailleurs, les champions français de la grande distribution, qui sont tout sauf des philanthropes, commencent à regarder au delà de la Méditerranée.

Les entrepreneurs africains ont également su être convaincants. Les investissements directs étrangers sont passés de 10 milliards de dollars en 2000 à plus de 42 milliards en 2011. Les levées de fonds en capital-investissement dédiés au continent sont passées de deux milliards de dollars entre 2000 et 2005 à six milliards de dollars entre 2006 et 2008 (étude EMPEA, 2011).

Ne laissons pas les crises enliser le continent

Sur cette dernière période, les opérations de private equity approchent les huit milliards de dollars. En 2010, l'Afrique subsaharienne a drainé 6 % du total des capitaux levés pour les marchés émergents: un record absolu (1,5 milliard de dollars). La part de l'activité du capital-investissement dans le Produit intérieur brut (PIB) est ainsi supérieure qu'en Chine, qu'en Amérique Latine ou qu'en Europe centrale.

Néanmoins, tout cela est encore fragile. La crise au Mali, par exemple, mais aussi les crispations ou les incertitudes politiques dans certains pays sont autant de handicaps abondamment décryptés par des médias occidentaux qui ne parlent d'Afrique que lorsqu'elle reproduit l'image que l'on attend d'elle.

Les Africains n'ont pas à s'exonérer pour autant de leurs responsabilités. Après la bataille de l'environnement des affaires en passe d'être gagnée, concentrons nous sur les infrastructures pour être plus compétitifs.

Transport, énergie, urbanisation,etc: les chantiers sont immenses, mais déterminants. C'est en Afrique que l'électricité à usage industriel coûte le plus cher. L'Afrique est le continent qui compte le plus grand nombre de pays enclavés.

L'Afrique, enfin, comptera deux milliards d'habitants en 2050. Il faudra bien les loger, les nourrir et leur fournir des emplois. Pour combler le déficit d'infrastructures, les besoins financiers sont estimés à 90 milliards de dollars par an. Trouvons les ! Un argument parmi tant d'autres: actuellement, 40 % des récoltes agricoles sont perdues faute de moyens de transport ou de stockage.

 Jean-Louis Billon

(1) Doing Business 2013, Des réglementations intelligentes pour les petites et moyennes entreprises, Banque mondiale et Société financière internationale.

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Jean-Louis Billon

Jean-Louis Billon, président du Groupe SIFCA et président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Côte d'Ivoire.

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