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Un membre de la garde nationale près de Bassikounou le 22 mai 2012. Reuters/Joe Penney
Un membre de la garde nationale près de Bassikounou le 22 mai 2012. Reuters/Joe Penney

Où va la Mauritanie...sans capitaine?

Et si la Mauritanie basculait à son tour dans le chaos? La situation inquiète au moment où les préparatifs d’une intervention dans le Nord-Mali s’accélèrent.

Y-a-t-il un pilote dans l’avion mauritanien? La question est sur toutes les lèvres, à Nouakchott, Nouadhibou, Rosso ou Néma. Mais aussi au-delà des frontières et jusqu’à Paris et Washington, tant la situation de ce pays stratégique dans la lutte contre les terroristes islamistes inquiète.

Le président Mohamed Ould Abdel Aziz a été blessé par balles le 13 octobre au soir près de Nouakchott. Officiellement par un militaire qui n’avait pas reconnu le véhicule présidentiel. Evacué le lendemain en France pour y être soigné, il n’a toujours pas regagné la Mauritanie.

Le président n'est pas là, l'opposition danse

Ses proches se veulent rassurants et promettent un retour imminent. Mais l’homme fort de Mauritanie, qui est sorti le 24 octobre de l’hôpital français de Percy-Clamart, en banlieue parisienne, poursuit sa convalescence en France. Les rumeurs les plus folles circulent. Et l’opposition se mobilise.

La Coordination de l’opposition démocratique (COD), qui regroupe une dizaine de partis, dont des islamistes, a rassemblé plusieurs milliers de partisans jeudi 1er novembre  à Nouakchott et demandé l’instauration d’une période de transition pour combler le vide du pouvoir.

La Constitution ne prévoit un intérim qu’ «en cas de vacance ou d’empêchement déclaré définitif par le Conseil constitutionnel». On n’en est pas encore là. Mais si le chef de l’Etat devait prolonger sa convalescence, le pouvoir devrait s’organiser rapidement à Nouakchott.

Et d’abord communiquer davantage et mieux sur la santé du président. L’absence prolongée d’un chef d’Etat, pour des raisons de santé, n’est pas chose rare en Afrique. Lorsqu’elle est bien gérée, le gouvernement et l’armée gèrent les affaires courantes.

Dans le cas contraire, il y a une recomposition du paysage politique. Et pour ajouter encore au malaise ambiant, le président du Sénat, Ba Mbaré, qui doit éventuellement assurer l’intérim, est lui aussi en convalescence … en France.

«Qu'on cesse de nous prendre pour des enfants»

Un éditorial de la publication mauritanienne Le Calame a récemment appelé à mettre fin à cette incertitude:

«nous avons besoin d’être édifiés sur notre sort. Si Ould Abdel Aziz est malade qu’on nous le dise! Qu’on nous précise la durée de son invalidité et qu’on cesse de nous prendre pour des enfants!».

Le temps presse et l’absence de l’homme fort mauritanien tombe au plus mauvais moment pour les Occidentaux. Le président Abdel Aziz est en effet un allié solide de Paris et Washington dans la lutte contre les groupes armés islamistes, notamment Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

La Mauritanie a été frappée ces dernières années par plusieurs attaques et attentats d’Aqmi. Le mouvement islamiste, rejoint par de nombreuses recrues mauritaniennes, a fait d’Abdel Aziz sa bête noire.

L’homme fort mauritanien n’a pas hésité, en retour, à poursuivre ces derniers mois les bandes islamistes jusqu’en territoire malien.

Mais dans le même temps, la république islamique de Mauritanie est travaillée par des courants très conservateurs et rigoristes de l’Islam. Ces dernières années, le nombre de mosquées et d’écoles coraniques a explosé à Nouakchott.

Sans réel contrôle des autorités. Et certains discours très conservateurs sont ainsi diffusés lors de la grande prière du vendredi et dans des écoles. Plusieurs jeunes désorientés, sans emploi, ont ainsi été « retournés » par des fanatiques et envoyés dans des camps d’entrainement d’Aqmi au Sahel.

Montée des islamistes

Le gouvernement a récemment pris conscience du danger et tente de contrôler ce qui se passe dans les 8.000 lieux de culte et les écoles coraniques. Ces dernières scolarisent plus de 160.000 élèves. Il était temps que le gouvernement se soucie de ce qu’on leur enseigne…

Dans le même temps, le parti islamiste Tawassoul fait son bonhomme de chemin.

A la présidentielle de juillet 2009, remportée haut la main par Abdel Aziz, le candidat islamiste et chef de Tawassoul, Mohamed Jemil Ould Mansour,  est arrivé en 4ème position avec près de 5% des suffrages, soit plus de 37.000 voix. Et Mansour a même réussi à se faire élire député.

Ce n’est pas encore le triomphe électoral, comme celui enregistré par les islamistes en Tunisie et en Egypte. Mais le début bien réel d’une implantation, quartier par quartier.

Tawassoul, qui prend volontiers comme modèle les Frères musulmans, s’inscrit dans une opposition résolue au régime actuel. Et s’oppose à toute participation mauritanienne à la force ouest-africaine pour délivrer le Nord-Mali des «fous de Dieu».

L'intervention au Mali: une guerre perdue d'avance

Dans un communiqué publié début octobre, qui débute par  «au nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux», le parti islamiste met en garde «contre les graves conséquences pour la région de toute intervention étrangère guidée par les pays occidentaux en fonction de leurs programmes et de leurs intérêts ».

Tawassoul souligne son «rejet catégorique» de toute participation mauritanienne à cette «guerre perdue d’avance». Selon le parti islamiste, cette intervention étrangère «fait planer des dangers imminents et présage la survenue d’une catastrophe».

Le mouvement prend ainsi clairement position. Mais que propose-t-il pour résoudre la crise au Nord-Mali? Il demande à la communauté internationale de faire pression sur les «frères protagonistes» pour «s’asseoir à la table des négociations».

On remarquera l’utilisation très bienveillante de l’expression de «frères protagonistes» pour notamment désigner les «fous de Dieu» qui terrorisent les populations civiles du Nord-Mali.

Les victimes des bandes armées islamistes, à Gao et Tombouctou, apprécieront certainement.

Adrien Hart

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Adrien Hart

Adrien Hart est journaliste, spécialiste de l'Afrique.

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