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Négociations entre le Conseil national de transition et des tribus à Bani Walid le 6 septembre 2011Reuters/Youssef Boudlal
Négociations entre le Conseil national de transition et des tribus à Bani Walid le 6 septembre 2011Reuters/Youssef Boudlal

Libye: Quand les intérêts de la tribu passent avant l'Etat

A peine nommé, le nouveau Premier ministre libyen a la dure mission d'unifier un État qui n'existe pas encore.

Mise à jour du 21 novembre 2012: Le chef de la sécurité de Benghazi, Fradj al-Dersi, a été assassiné le 20 novembre par des inconnus dans cette ville de l'est libyen, a indiqué à l'AFP un responsable de la sécurité.

"Des inconnus à bord d'une voiture ont tiré sur M. al-Dersi qui était devant chez lui. Il a été touché de trois balles", a indiqué ce responsable sous couvert de l'anonymat.

"Il a été emmené en urgence au centre médical de Benghazi où il est décédé peu après son arrivée", a-t-il ajouté.

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Alhamdoulillah! Louange à Dieu! La Libye a enfin un gouvernement. Après quatre mois de tergiversations, de crise larvée et de volte-face, le Premier ministre Ali Zeidan a réussi à obtenir la confiance d’une large majorité de membres du Congrès général national (CGN).

Ancien diplomate ayant fait défection au début des années 1980, Ali Zeidan aura donc réussi là où a échoué son prédécesseur Mustapha Abou Chagour.

Pour nombre d’observateurs, la mise en place de ce gouvernement de 32 membres constituait l’étape préalable pour permettre à la Libye post-Kadhafi de trouver sa voie.

Désormais, outre la mise, ou remise, en place d’institutions gouvernementales, Ali Zeidan et ses ministres vont devoir piloter le processus de transition dont l’aboutissement se fera en deux étapes: d’abord l’adoption par référendum de la nouvelle loi fondamentale du pays puis l’organisation d’élections législatives.

Mais est-ce à dire que la Libye est définitivement sortie du désordre? La réponse, on s’en doute, est négative.

L'ordre des milices

Les écueils sur la route de la stabilité restent nombreux. Il y a d’abord les nombreuses milices qui n’entendent pas remettre facilement leurs armes. L’épisode récent de la prise de la ville de Bani Walid (pro-Kadhafi) par des combattants venus de Misrata (ex-rebelles) en est la meilleure illustration.

Et, plus grave encore, le fait est que personne ne semble aujourd’hui capable en Libye d’obtenir que les milices de Misrata évacuent Bani Walid et permette à ses habitants de revenir chez eux.

Interrogé par les journalistes à ce sujet, Ali Zeidan a prudemment botté en touche, déclarant que son gouvernement allait travailler à   «unifier et réconcilier le peuple libyen».

Cette question des milices est directement liée au régionalisme voire au tribalisme. Alors même que les députés libyens discutaient de la confiance à accorder au gouvernement Zeidan, des hommes en armes ont investi le bâtiment pour protester contre la répartition des portefeuilles, estimant que certaines villes étaient trop avantagées par rapport à d’autres.

Quelques jours plus tard, à Benghazi, plusieurs milliers de personnes manifestaient pour exiger que la future Constitution libyenne consacre le fédéralisme avec une large autonomie pour l’est libyen.

Une option qui n’est pas du goût des habitants et tribus de l’ouest du pays qui craignent que le fédéralisme ne signifie une confiscation de la rente pétrolière par la Cyrénaïque.

Créer l'unité sur fond de rivalités et vengeances

On le voit, le gouvernement Zeidan va devoir prendre en compte cette réalité régionaliste, pour ne pas dire chauvine, la question étant de savoir s’il va trouver les moyens et les arguments pour recréer les conditions de l’unité nationale qu’incarnait Mouammar Kadhafi.

La réconciliation entre pro et anti-Kadhafi sera aussi l’un des grands dossiers à gérer par Ali Zeidan. Ce dernier doit d’ailleurs calmer la grogne des anciens rebelles qui s’indignent de la présence dans son gouvernement de Ali al-Ouageyli, ministre des Affaires étrangères, mais ancien ambassadeur de Libye aux Etats-Unis et réputé avoir été proche un temps de Kadhafi et de son appareil sécuritaire.

Selon des rumeurs insistantes à Tripoli, on prête aussi à Ali Zeidan le projet de faire adopter une loi d’amnistie pour réintégrer les responsables de l’ancien régime dans le jeu politique mais rien ne dit que ses partenaires politiques sont du même avis.

Déjà, le Parti de la Justice et de la Construction, proche du courant islamiste, a mis en garde contre tout retour en arrière. De quoi continuer à diviser les Libyens et à menacer la viabilité du gouvernement Zeidan.

Akram Belkaïd

 

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Akram Belkaïd

Akram Belkaïd, journaliste indépendant, travaille avec Le Quotidien d'Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Prépare un ouvrage sur le pétrole de l'Alberta (Carnets Nord). Dernier livre paru, Etre arabe aujourd'hui (Ed Carnets Nord), 2011.

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