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Ethiopie: 4 morts dans les manifestations pour la création d'une nouvelle région

Quatre personnes ont été tuées par balle à Hawassa, dans le sud de l'Ethiopie, théâtre de manifestations de membres de l'ethnie sidama qui réclament la création de leur propre région, nouvel exemple des violences politico-ethniques que traverse le pays.

Après une première journée de manifestations jeudi, marquée notamment par des jets de pierres sur les forces de sécurité, un calme relatif était revenu vendredi dans le centre d'Hawassa, contrairement à des zones autour de la ville, où les violences se sont propagées dès le matin, ont rapporté des témoins.

Les forces de sécurité, accusées par les activistes sidama d'avoir ouvert le feu sur eux jeudi, ont procédé vendredi à des arrestations dans le but de restaurer l'ordre, a indiqué Fana BC, radio-télévision proche du pouvoir.

"Il y a quatre morts, trois hommes et une femme", a déclaré à l'AFP le directeur du principal hôpital de la ville, Zinaw Serniso.

Deux des victimes étaient déjà mortes à leur arrivée à l'hôpital jeudi, et deux autres sont décédées après leur admission, dont la femme, morte vendredi, a ajouté M. Zinaw.

L'une des victimes a reçu une balle dans la tête et une autre a été touchée à l'estomac, a-t-il précisé.

Les Sidama s'efforcent depuis des années de quitter la Région des Nations, nationalités et peuples du Sud (SNNP).

Ils s'attendaient jeudi à ce que les dirigeants de leur ethnie déclarent unilatéralement la création d'une nouvelle région. Mais le porte-parole du principal parti sidama a finalement annoncé jeudi que le parti avait accepté la tenue d'un référendum proposé par les autorités électorales pour la fin de l'année.

- Casse-tête -

La question des Sidama est le dernier casse-tête en date pour le Premier ministre, Abiy Ahmed, déterminé à réformer la nation après des décennies de régime autoritaire. Il est confronté à des vagues de violences politico-ethniques dans le deuxième pays le plus peuplé d'Afrique, qui abrite plus de 80 ethnies.

La crise a fait plus de deux millions de déplacés et, le mois dernier, cinq hauts responsables éthiopiens, dont le chef d'état-major de l'armée, ont été assassinés.

Le porte-parole du Mouvement de libération sidama (MLS), Desalegne Mesa, a de son côté affirmé que les membres du parti ont rapporté la mort de 19 militants depuis jeudi, un chiffre qui n'a pas pu être vérifié de manière indépendante.

M. Desalegne a appelé le gouvernement à réduire la présence sécuritaire dans Hawassa afin de calmer les esprits.

Le chef de la police régionale Tewodros Woldemichael a pour sa part déclaré à la radio-télévision Fana BC que les forces de sécurité interpellaient vendredi les manifestants participant aux violences.

"Des efforts sont en cours pour contrôler la violence, qui a débuté à Hawassa et s'est ensuite propagée aux zones sidama voisines", a-t-il dit.

En plus des forces de police régionales et fédérales, des soldats ont été déployés à Hawassa.

- Neuf régions -

L'Ethiopie est divisée en neuf régions semi-autonomes dessinées sur les bases d'un fédéralisme ethnique, et sa Constitution exige que le gouvernement organise un référendum pour tout groupe ethnique souhaitant former une nouvelle entité, et ce dans l'année suivant sa demande.

Le groupe sidama - le plus important de la région SNNP, mais qui ne représente que quelques pour cent à l'échelle du pays - assure que la date limite pour le référendum était jeudi. Toutefois, la Commission électorale éthiopienne soutient n'avoir reçu la demande de référendum qu'en novembre 2018.

"La communauté est fâchée à cause des retards du gouvernement pour répondre à leur question constitutionnelle", a soutenu M. Desalegne, appelant les Sidama au calme. "Nous verrons ce que fait le gouvernement pour résoudre ce problème de manière constitutionnelle. Ce n'est pas bon de résoudre les problèmes par la force".

Selon Tessema Elias, un professeur de droit à l'université d'Hawassa et militant pour la création de la nouvelle région, cinq activistes sidama ont été arrêtés vendredi alors qu'ils tentaient d'organiser un rassemblement pour calmer la population.

AFP

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