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Un meeting de Barack Obama dans l'Ohio, 2 novembre 2012. © REUTERS/Larry Downing
Un meeting de Barack Obama dans l'Ohio, 2 novembre 2012. © REUTERS/Larry Downing

Non, tous les Africains-Américains ne votent pas Obama

A la veille du scrutin présidentiel aux Etats-Unis, des observateurs soulignent que l'engouement afro-américain de 2008 risque de ne pas être de la même ampleur.

Mise à jour du 7 novembre: Barack Obama est réélu président des Etats-Unis en remportant plus de 270 grands électeurs nécessaires. "Quatre ans de plus" a tweeté le président sur son compte personnel.

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En 2008, près de 65% de l'électorat américain avait voté Barack Obama, car il était synonyme de renouveau, et bénéficiait sans doute de l'attrait de la nouveauté que représentait la possibilité d'un président noir.

Bien que métis, d'un père d'origine kényane et d'une mère blanche américaine, aux Etats-Unis, quel que soit son métissage on est considéré comme noir, dès lors qu'on a du sang d'origine africaine. C'est ce que les Américains appellent «The one-drop rule».

A l'échelle nationale, 16,1 millions d’Afro-Américains ont voté cette année-là, soit 2 millions de plus qu'en 2004, et 95% d'entre eux ont choisi Barack Obama. Les 18-24 ans de la population noire, s'étaient même massivement inscrits et représentaient le plus fort taux de participation de cette tranche d'âge.

Cela constituait en soi une victoire pour le peuple noir, qui s'était vu accorder le droit de vote après le 15e amendement à la Constitution des Etats-Unis en 1870. Mais ce droit concernait uniquement les noirs de sexe masculin, et les anciens Etats sudistes se sont, dans la pratique, opposés à l’exercice de ce droit.

Il leur a fallu attendre l’adoption de la loi sur le droit de vote de 1965, pour pouvoir pleinement exercer ce droit dans l'ensemble des Etats-Unis. La désignation de Barack Obama, en 2008, à l'issue des primaires démocrates, donnait donc aux Africains-Américains leur première chance de voter pour un candidat possédant les même racines qu'eux.

Ils ne s'identifient pas à Barack Obama

Métis comme le président américain, Drew, 38 ans, ne s'identifie pas au président sortant. Cet expert comptable dans une grande compagnie américaine, à San Antonio, au Texas, semble même être un anti-Obama.

«J'ai voté par anticipation pour Romney

Selon lui la politique sociale de l'adversaire de son candidat favori est un désastre.

«Chacun doit travailler pour avoir son assurance maladie, pour moi il est hors de question de travailler pour les autres. Je ne souhaite pas voir un projet socialiste dans mon pays.»

Communément appelé Obamacare, le projet d'assurance maladie universelle que propose le président sortant est un sujet sensible aux Etats-Unis, mais c'est pourtant une question qui concerne l'ensemble de la société américaine.

Chère et inégalitaire, 48 millions d'Américains n'en bénéficient pas. En moyenne l'assurance maladie coûte entre 200 et 600 dollars par mois, mais ce prix varie selon l'entreprise, l'assurance choisie et la situation familiale.

D’après un article de l'American Journal of Medecine, en 2007, les problèmes de santé ont contribué à 62,1% des banqueroutes individuelles. D'ailleurs, 77,9% de ces victimes étaient au départ assurées.

Les mutuelles ne prennent jamais en charge l'intégralité des soins. Et dans certains cas, les 10% de frais de traitements payés par les assurés peuvent les précipiter dans un abîme financier.

Si le projet d'Obama se poursuit, d'ici 2013, près de 30 millions de personnes sans assurance commenceront à bénéficier de la couverture maladie universelle. Une récente étude du groupe PricewaterhouseCoopers a évalué que ce marché vaudraient 50 à 60 milliards de dollars par le biais de primes en 2014, et pourrait atteindre 230 milliards de dollars annuellement dans sept ans.

Ils sont déçus par Obama

Linda Gueye, chargée de communication dans une ONG à New-York, est Américaine d'origine ivoirienne. La trentenaire pense que le projet d'Obama est une bonne chose:

«Cela devrait être automatique, comme sur l'exemple du modèle européen.»

Pour autant Linda ne votera pas Obama:

«Je décide de ne pas voter. Car, même si je trouve qu'Obama commence à remonter l'économie, je lui reproche d'avoir été plus sévère que Bush sur les politiques d'expulsions des illégaux, et d'avoir frustré une partie de la communauté africaine par sa politique étrangère en Afrique avec ses prises de positions concernant la Libye et la Côte d'Ivoire

Carole, 29 ans, chargé de clientèle d'origine burkinabè, ne votera pas Obama non plus.

«Mon vote ne changera pas grand-chose. Aucun candidat ne représente pour moi un vrai changement. Obama ou Romney, c'est du pareil au même. Si l'un d'eux décide d'une loi, il doit d'abord coopérer avec le parti adverse, c'est la philosophie politique qu'il faut réformer», poursuit-elle.

Bon nombre d'Africains ont pensé que la politique étrangère américaine allait donner un nouveau souffle, un nouveau regard envers l'Afrique, mais ce changement tant attendu n'est pas arrivé.

Obama l'Africain d'origine a avant tout eu la priorité de protéger son peuple, le peuple américain. Son mandat est marqué par l'assaut de Ben Laden qui a été salué par son prédécesseur, le président Bush.

Les préoccupations des Afro-Américains

Comme les autres Américains, les électeurs noirs sont préoccupés par l'économie et l’emploi. Le taux de chômage chez les noirs américains se situait en septembre 2012 à près de 14 %, soit plus de 6% de la moyenne nationale.

La politique des quotas semblent avoir ses limites, même si elle a permis de faire émerger une diaspora noire de classe aisée.

Le pouvoir d'achat des familles modestes noires américaines et le système des bourses ne permettent pas toujours aux familles noirs américaines de financer l'ensemble des coûts liés à la poursuite des études supérieures.

Les électeurs noirs s’intéressent aussi vivement aux questions de justice pénale car ils sont plus touchés par les incarcérations que les autres groupes ethniques.

Ainsi, selon les chercheurs du Children’s Defense Fund (Fonds de défense des enfants), un garçon noir né en 2001 sur trois risquait de faire de la prison à un moment ou un autre de son existence, ce risque étant de un sur six pour les Latino-Américains et de un sur 17 pour les blancs.
 
La présidentielle de 2012 va sans nul doute être une bataille de décomptes de voix Etat par Etat.

Le vote des Afro-Américains sera déterminant des Etats clés, comme en Caroline du Nord, où il représente 23%. Mais également en Virginie où l'électorat noir avoisine les 20% contre 11% dans l'Ohio.

Ekia Badou

 

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Ekia Badou

Ekia Badou. Journaliste française.

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