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Bourse d'Alger le 14 mars 2012. Reuters/Louafi Larbi
Bourse d'Alger le 14 mars 2012. Reuters/Louafi Larbi

Ces Algériens qui aiment spéculer en bourse

Dans leur bureau, ou chez eux, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, en semaine, ou en week-end, de plus en plus d’Algériens spéculent sur les marchés mondiaux via Internet.

 Qu’ils soient étudiants ou jeunes actifs, de catégorie sociale aisée ou pas, ils ont tous fini par succomber aux chants des sirènes de la finance.

Pourtant rien ne les prédestinaient à une carrière de trader dans un pays complètement hermétique aux activités boursières et où la moindre transaction financière relève du défi.

En effet, malgré l’obsolescence du système financier algérien et la rigidité de la loi sur la monnaie et le crédit, des Algériens, experts ou amateurs, jouent tous les jours leur argent via le Net, sur des plateformes boursières étrangères.

Une activité lucrative, compliquée mais rendue possible depuis l’avènement d’Internet et la mondialisation des échanges.

Ainsi, il n’est désormais plus rare de voir des Algériens suivre quotidiennement les cours de la bourse, s’échanger des titres boursiers sur les marchés mondiaux, gagner et parfois y perdre beaucoup d’argent.

Ils spéculent sur les devises les métaux précieux ou l’énergie et espèrent tous faire fructifier leur argent ou faire un jour le coup de leur vie en empochant une fortune sans se lever de leur siège. Un peu comme dans les films.

Un défi risqué cependant, mais que de plus en plus de personnes décident de relever, conscients de l’opportunité qui leur est offert d’améliorer leurs conditions de vie. Du marché informel au marché virtuel, les Algériens se débrouillent comme ils le peuvent.

Autopsie d’un trader

Il est 16h dans un quartier de l’ouest de la capitale. Riadh B. jeune actif de 27 ans vient de sortir du travail et presse le pas pour rentrer chez lui. Il n’a pourtant ni femme ni enfant qui l’attendent, mais une activité lucrative qui «elle n’attend pas» selon lui. En effet, passé 17h, ce comptable dans une entreprise privé locale se transforme en trader.

A son jeune âge, il gère déjà les ressources de plusieurs de ses clients qu’il a investis en bourse. Une activité rentable pour lui et pour ses clients dit-il.

Plus tard, il souhaite créer sa propre école, pour «initier les Algériens au marché boursier», explique-t-il. Selon ses dires «depuis l’avènement d’internet et son utilisation à grande échelle, spéculer en bourse est devenu un jeu d’enfant ».

Comptable de formation, Riadh a suivi plusieurs stages à l’étranger pour devenir trader. Lui en est arrivé là grâce à un cousin installé à l’étranger qui l’y a initié.

«Quand mon cousin m’a parlé de la bourse dans les année 2000, je n’y connaissais rien. J’ai d’abord commencé par me documenter, sur le net, avant de sauter le pas et de m’inscrire a une formation à Paris», se rappelle-t-il.

Avant d'ajouter:

«Celle-ci m’a beaucoup plu et m’a permis d’acquérir toutes les connaissances nécessaires pour travailler seul et de manière autonome sur le marché boursier. Depuis, la bourse constitue une de mes activités principales. Je compte prochainement quitter mon travail et m’y consacrer entièrement»

Riadh prétend gagner plus que son salaire de cadre à la bourse. Ses clients pour leurs parts voient leur pactole augmenter d’un tiers, les bons mois, selon lui.

Forex, La Mecque des traders algériens

De l’engouement des Algériens pour la bourse, il y a un mot à retenir: Le Forex. Créé en 1973, ce marché où les devises sont échangées à des taux qui varient sans cesse jouit d’une grande notoriété, notamment dans les pays arabes et du Moyen orient.

En Algérie, les traders l’utilisent pour leur grande majorité  pour sa version en français, mais pas seulement. Au milieu d’une forêt de plateformes boursière ou on peut facilement se perdre, le Forex profite en Algérie comme à l’étranger d’une crédibilité sans égale, notamment pour sa facilité d’accès et d’utilisation.

Paradoxalement, la multiplication des transactions boursières en Algérie profite à tout le monde sauf à l’Algérie elle-même. Selon un expert du domaine, trader de surcroît, très peu d’Algériens attirés par la bourse fréquente celle d’Alger. Au lieu de placer leur argent en titres boursiers algériens au niveau de la bourse d’Alger ou via les banques, les traders made in DZ (initiales de Djazaïr, l'Algérie en arabe) préfèrent spéculer via le net sur les devises, l’or ou les carburant au niveau mondial, car ils qui peuvent rapporter beaucoup.

De plus l’impression d’immobilisme que laisse la bourse d’Alger n’arrange rien à l’affaire.

«Il y a très peu de titres boursiers à échanger à la bourse d’Alger, et les mouvements à son niveau sont quasi nuls. En spéculant sur le net, les Algérien accèdent en un clic à un marché mondial des échanges boursiers, avec des milliers de produits à la clef, des mouvements de masse et des occasions inespérées de faire fructifier leur argent», indique notre trader.

D’après lui,  le choix est facile à faire pour ces derniers quant à leurs placements futurs.

Des entreprises étrangères exploitent le filon

Sentant le bon filon, et consciente de l’existence en Algérie d’une catégorie sociale aisée en mal de placement financiers locaux, depuis peu, des entreprises spécialisées dans les activités boursières se sont installées en Algérie.

Généralement basées dans des pays étrangers, notamment au Moyen-Orient, ces entreprises font office d’intermédiaires entre les plateformes boursières et les particuliers, moyennant une commission.

Pour parer aux difficultés de transfert de devises à partir de l’Algérie, ces entreprises s’occupent de tout, via leurs maisons mères basées à l’étranger. Des formalités d’inscription sur les plateformes mondiales, à l’ouverture de comptes en bourse, en passant par leur alimentation. Il ne reste au client algérien qu’à s’acquitter l’équivalent en dinars.

Nichées dans les beaux quartiers d’Alger, elles proposent également des formations pour les néophytes, et une gestion de leurs ressources par des traders expérimentés. Discrètes sur leurs activités, elles ne font pas moins le plein de clients, en grande majorité des salariés soucieux de mettre du beurre dans les épinards.

Moncef Lotfi (Algérie-Focus)

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Journaliste algérien sur le site Algérie-Focus

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