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Bertin Nahum, d'origine senegalo-béninoise, spécialiste en assistance robotique neurologique, 19 octobre 2012. AFP/Boris Hovart
Bertin Nahum, d'origine senegalo-béninoise, spécialiste en assistance robotique neurologique, 19 octobre 2012. AFP/Boris Hovart

Tribune: comment faire émerger un leadership africain

Pour sortir de l'ornière, l'Afrique devra s'appuyer sur elle-même. Pour le scientifique Farba Faye, seuls le courage et l'engagement politique de ses nouveaux leaders lui permettront de prendre son destin en mains.

L'Union africaine a besoin d'être alimentée d'une réflexion en profondeur sur les enjeux qui conditionnent son avenir et sa réussite.

L'Afrique a des chances de contribuer significativement à la mondialisation, malgré l'avis de ses détracteurs.

De plus en plus de dirigeants sont élus par voie démocratique et sont déterminés à travailler dans l'intérêt des populations africaines. Les puissances occidentales, conscientes de cette nouvelle dynamique, ont décidé de renforcer le leadership africain sur tous les dossiers d'envergure internationale.

Le conflit qui sévit au Mali est un bel exemple pour illustrer ce leadership africain émergeant.

L'Afrique au cœur des décisions

En effet, la partie nord du Mali est occupée par des groupes islamistes depuis le mois de mars 2012. L'Afrique, appuyée par la communauté internationale, est en train de mobiliser toutes les ressources matérielles et humaines pour anéantir toute possibilité d'une base pour le terrorisme international au Nord-Mali.

Ainsi, les Etats membres de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) ont décidé d'envoyer 3.300 soldats au Mali pour libérer la zone occupée.

Même si les Nations unies soutiennent ce déploiement, c'est la Cédéao qui a développé toutes les stratégies mises en œuvre pour trouver une solution à la situation qui sévit au nord du Mali.

Ce nouveau type de relations entre les pays occidentaux et africains devrait être une procédure opérationnelle standardisée au sein de l'Union africaine.

Il est intéressant de noter que l'Afrique a dirigé le secrétariat général de l'ONU pendant 15 ans (1992-2006) sur les 67 ans d'existence de l'organisation mondiale, soit près du quart (24%) de sa vie.

Même si l'Afrique n'est l'hôte d'aucune branche des Nations unies, à l'exception du Tribunal des Nations unies basé à Arusha, en Tanzanie, dont la mission est de juger les fautifs du génocide rwandais.

Ce nouveau leadership a toutes les chances d'accéder à la demande de l'Union africaine de se faire représenter aux Nations unies comme membre permanent au Conseil de sécurité.

C'est un truisme de dire qu'il est inadmissible qu'aucun pays africain ne siège au conseil permanent des Nations unies.

Les progrès économiques importants enregistrés dans certains pays et l'élimination des foyers de tensions en Afrique vont probablement pousser les leaders de ce continent à revendiquer avec une voie autorisée la place qu'ils méritent dans le monde.

Le retour de la fuite des cerveaux est nécessaire...

L'intérêt des grandes puissances vis à vis de l'Afrique est un indicateur des potentialités de développement qui existent dans cette zone.

Par ailleurs, le continent est en train de renforcer et d'améliorer son système d'éducation et de formation pour produire des ressources humaines capables de concurrencer avec les grandes puissances dans tous les domaines.

L'Afrique doit soutenir la recherche dans tous les domaines du développement notamment dans le domaine des sciences biomédicales, physiques et d'ingénierie. Il faudra créer des pôles de formation d'excellence pour les secteurs clés du développement et faciliter aussi la mobilité des experts africains dans le continent et dans les grandes puissances pour le renforcement de leurs capacités.

L'Afrique a longtemps été un marché de consommation et de sous-traitance pour les pays développés et en voie de développement. La rupture est nécessaire pour faire de l'Afrique l'une des plus importantes et dynamiques économies dans le monde avec un profil international dans les domaines financier, électronique, de l'innovation technologique et de la recherche scientifique.

Pour développer le domaine de la science et de la technologie, l'Afrique doit créer une Agence pour la recherche scientifique et technologique, comme un organe décentralisé de l’Union africaine. Cela se fera avec la collaboration du secteur public et privé pour développer des programmes multidisciplinaires de recherche.

Un tel investissement va inciter les cadres africains expatriés à retourner dans leurs pays. Des instituts de recherches en science et ingénierie seraient multipliés pour produire une main-d'œuvre de qualité.

Pour développer la recherche scientique

Le domaine biomédical représente un secteur particulièrement important pour le développement de l'Afrique.

Cependant, il faut créer les conditions permettant de mener des recherches en Afrique de façon globale ou partielle en collaboration avec les grandes compagnies pharmaceutiques.

L'Afrique peut également compter sur certains partenaires comme le Japon, à travers le TICAD (Tokyo International Conference on African Development). Le Japon sous une menace permanente de catastrophes naturelles et après une quasi destruction lors de la Seconde Guerre mondiale, s'est par la suite développé comme d'autres pays d'Asie de l'Est moins nantis que l'Afrique en termes d'espace et de ressources naturelles.

Le seul facteur déterminant qui explique leurs succès économiques est le développement de ressources humaines de qualité. Par exemple, un Japonais a été le premier à développer des cellules souches embryonnaires à partir des cellules de la peau, donc en évitant de détruire un embryon.

Récemment un groupe de chercheurs sud-africains du Council for Scientific and Industrial Research a mis en place une technique de développement des cellules souches embryonnaires, pour la première fois en Afrique et qui va aider pour la découverte de traitements contre les maladies les plus mortelles.

En effet, la possibilité de développer des cellules souches embryonnaires pluripotentes —jusqu'ici le domaine réservé à quelques instituts de recherches aux Etats Unis, en Europe et au Japon— va révolutionner les recherches sur de nombreuses maladies.

Par exemple, cette découverte est importante pour développer des traitements contre des maladies génétiques comme le diabète de type 1 mais aussi non génétique comme le diabète de type 2.

En effet, la connaissance et sa quête constituent des facteurs importants de la globalisation et ne devraient pas reconnaitre les frontières territoriales. C'est pourquoi, nous proposons aussi la création d'une Autorité africaine des médicaments.

La création d'une Agence de médicaments en Afrique sera une phase importante de la vie de l'Unité africaine.

On assiste depuis une décennie à un effort d'harmonisation des différents volets du processus de réglementation pharmaceutique, illustré notamment par des initiatives intergouvernementales au sein des régions et entre les régions.

Comment contrôler les médicaments illicites

L'absence de régulation et de contrôle ont installé une anarchie dans ce secteur en  Afrique.

L’Organisation mondiale des douanes, en partenariat avec l’Institut de recherche anti-contrefaçon de médicaments ont réalisée des inspections entre le 11 et le 20 juillet 2012, dans 16 grands ports maritimes de la côte est et ouest de l’Afrique.

Ils ont retrouvé 82 millions de doses de médicaments illicites dans 84 des 110 conteneurs inspectés. Les cargaisons en question venaient principalement d’Asie de l’Est et du Sud et du Moyen-Orient. L’ensemble du préjudice est estimé à plus de 40 millions de dollars américains (31 millions d’euros).

La qualité doit être conforme à celle qui est décrite dans le dossier d’autorisation de mise sur le marché du médicament, d’où la nécessité de mettre en place des mécanismes de vérification de la qualité renforcés.

Cet organe devrait jouer également un rôle dans la promotion de l’innovation et de la recherche dans l’industrie pharmaceutique et devrait créer beaucoup d'emplois en Afrique.

L'Afrique a maintenant besoin de leaders qui ont le courage de s'imposer sur la scène internationale avec des réalisations concrètes dans tous les secteurs du développement.

C'est seulement, en développant des initiatives communes dans tous les domaines d'activités que nous relèverons le défi de la mondialisation.

Farba Faye

 

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