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Forces de sécurité à un poste de contrôle à Abidjan, octobre 2012. © REUTERS/Luc Gnago
Forces de sécurité à un poste de contrôle à Abidjan, octobre 2012. © REUTERS/Luc Gnago

Côte d'Ivoire: Ouattara ne doit pas céder à la provocation

Pour l'éditorialiste Venance Konan, l'une des intentions de ceux qui agressent la Côte d'Ivoire est de pousser Alassane Ouattara à la faute.

Amnesty International vient de sortir un rapport qui fait état d’arrestations et de détentions arbitraires, ainsi que d’actes de torture pratiqués sur certaines personnes, notamment des partisans de l’ex-président Laurent Gbagbo, par des éléments des FRCI (Forces républicaines de Côte d’Ivoire).

Le gouvernement a promis d’ouvrir une enquête, afin de savoir exactement ce qu’il en est.

Connaissant, d’une part, nos forces de l’ordre, et de l’autre, notre propension à chercher à tout prix la vengeance, chaque fois qu’un tort nous est fait et que nous avons des armes en main, chacun de nous peut se faire sa petite idée de la véracité des faits incriminés par le rapport d’Amnesty International.

Depuis le mois d’août 2012, nos forces de sécurité sont l’objet d’attaques régulières de la part d’un groupe non encore identifié avec précision.

On peut aisément imaginer qu’après chaque attaque qui se solde par la mort de certains éléments des FRCI, leurs camarades ne font pas dans la dentelle pour appréhender et faire avouer ceux qu’ils soupçonnent. Et c’est là que le piège se referme sur le pouvoir.

Les droits de l'homme, un impératif

C'est sur le non-respect des droits de l’homme qu’un gouvernement perd sa légitimité. Les pouvoirs de Laurent Gbagbo et Robert Guéï se sont très vite discrédités en violant massivement les droits de l’homme à travers des arrestations arbitraires, des exécutions sommaires, les viols et la terreur qu’ils exerçaient sur certaines catégories de la population.

L’une des intentions de ceux qui agressent régulièrement notre pays, depuis quelque temps, n’est-elle pas justement de pousser le pouvoir à la faute, en l’obligeant à intensifier les mesures de sécurité et à être répressif?

Si tel n’était pas le cas, ils seraient, malgré tout, en train d’y parvenir, comme en témoigne tout le bruit qui est fait autour du rapport d’Amnesty International.

On ne parle que des arrestations, détentions présumées arbitraires et allégations de torture. Et c’est ce que l’opinion retiendra. Elle ne retiendra rien du contexte dans lequel ces faits se seraient déroulés.

Il importe donc que l’enquête dont a parlé un membre du gouvernement soit menée avec diligence et que ses résultats soient publiés.

Si elle confirmait le rapport d’Amnesty International, il n’y aurait aucune honte à le reconnaître et à prendre toutes les mesures pour y mettre fin. Parce qu’un Etat n’a pas besoin d’utiliser des moyens illégaux pour atteindre ses objectifs. Il dispose de tout l’arsenal juridique qu’il peut renforcer à tout moment, lorsqu’il le juge nécessaire.

Lorsque les Etats-Unis se sont trouvés devant la nécessité de lutter de manière, disons, plus musclée contre le terrorisme, et lorsqu’ils se sont rendu compte que leurs lois ne leur permettaient pas certaines choses sur leur territoire, ils ont transféré leurs prisonniers sur l’île de Guantanamo.

Et Barack Obama, qui avait promis, avant son élection, de fermer cette base, s’est finalement aperçu que ce n’était pas aussi simple, et que quelque part, elle avait son utilité dans la lutte contre le terrorisme.

Je ne suis pas en train de dire de trouver quelque chose de comparable à Guantanamo où l’on pourrait torturer tranquillement les partisans de Laurent Gbagbo ou tout autre assaillant. Non. Je veux dire qu’il est loisible, à tout moment, à un Etat, de trouver ou créer la législation qui lui permette de faire face, en toute légitimité, à une situation donnée.

La vengeance appelle la vengeance

Nous sommes face à nos terroristes à nous. Nous n’avons pas besoin d’arrêter indistinctement les gens ou de torturer qui que ce soit. En agissant ainsi, l’on crée des frustrations inutiles, l’on dresse une partie de la population contre soi, et l’on se met à dos l’opinion internationale.

Nous n’avons pas besoin de tout cela en ce moment où nous faisons face à ce genre d’attaques. Nous devons éviter d’entrer dans le cycle de la vengeance.

La vengeance appelle la vengeance et rend sourd et aveugle. C’est elle qui a perdu Laurent Gbagbo, lorsqu’il est arrivé au pouvoir. A vouloir se venger de toutes les frustrations qu’il avait subies au cours de sa vie, il s’est aliéné une partie de la population.

Lorsqu’il y a eu septembre 2002 (coup d'Etat manqué contre Laurent Gbagbo), il avait toute la légitimité pour répondre à cette attaque. Mais il l’a perdue lorsqu’il s’est mis à utiliser des moyens extrajudiciaires et à pratiquer la vengeance aveugle à travers ses escadrons de la mort.

Si, au nom de la lutte contre le terrorisme, ce gouvernement laisse des éléments des FRCI faire n’importe quoi sans réagir, il court le risque de se discréditer.

Venance Konan (Fraternité Matin)

 

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Venance Konan

Venance Konan. Ecrivain et journaliste ivoirien. Il a notamment publié le roman Les Prisonniers de la haine.

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