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Rio Mavuba ©Francis Blanche
Rio Mavuba ©Francis Blanche

Rio Mavuba, un enfant de Makala

Il pourrait devenir le prochain capitaine de l'équipe de France de football.

La mère de Rio Mavuba lui donne naissance en mer, un jour de mars 1984, dans le bateau d'immigrants pour l'Europe à bord duquel elle a embarqué en Angola, fuyant la guerre civile qui fait alors rage dans le pays. La petite famille (le nouveau-né Mavuba, ses frères et ses parents) échoue à Bordeaux, dans la sud ouest de la France.

Rio est le neuvième d'une fratrie de douze (cinq garçons et sept filles). Alors que la famille peine à faire le deuil du père qui décédera quelques années plus tard, lui, surmonte autrement l'absence de ce dernier.

«Je pense que le foot est dans mes gènes, que je joue comme mon père, j'ai quelques souvenirs où je regardais des matchs avec lui, mais c'est flou», explique-t-il.

Son père, Antonio Nascimento Ricky Mavuba, faisait partie des Léopards de l'ex-Zaïre dans leurs années fastes, de 1968 à 1974. Il fut même sacré champion d'Afrique des Nations à deux reprises. Egalement milieu de terrain, on le surnommait le «donki dombé» (sorcier noir), car il sortait toujours un mouchoir blanc avant de marquer au corner, sa spécialité.

Lorsqu'il décède, Rio n'a que 13 ans. «Il était notre manager sur le terrain, il nous donnait des conseils», se souvient Antonio le frère aîné de la famille Mavuba. Rio retient autre chose:  

«J'ai été porté par mes grands frères, qui sont mes premières idoles.»

Alors qu'il n'a que 5 ans, le petit Rio jouait avec ses frères et leurs amis. Jean et Tony qui sont de cinq et quatre ans ses aînés étaient des milieux de terrain redoutables. Et Antonio qui a 8 ans de plus que lui était, un gardien de but imparable, aucune balle ne nettoyait sa lucarne. Rio n'avait pas le niveau des pré-adolescents, mais qu'importe, il redoublait d'efforts pour trouver sa place sur le terrain.

«Rio était haut comme trois pommes, et ont lui martelait: "si tu veux jouer avec nous, ne pleure pas si tu n'arrives pas a atteindre la balle, à nous dribbler, ou si tu tombes sous notre force, parce qu'on va pas baisser le niveau pour toi"», raconte avec sourire, son grand frère et ami Jean. Le petit dernier passe alors son temps libre à s'entraîner, pour pouvoir jouer avec ses grands frères et les adolescents de Mérignac, au sud de Bordeaux. A 8 ans, Rio est récompensé, il intègre le prestigieux club des Girondins de Bordeaux, l'entraînement s'intensifie.

Elève travailleur

Son éducateur sportif de l'époque se souvient d'un joueur perfectionniste. «Ils étaient quatre à sortir du lot. Pour faire carrière, il fallait avoir le mental, le talent, la chance et des qualités de jeu qui se développent plus vite que les autres», explique Patrick Douence. Mathieu Valbuena faisait partie des bons élèves que son ancien entraîneur décrit. Mathieu, son compère d'enfance joue actuellement à Marseille, ils sont restés très bons amis.

Rio aura passé près de 13 ans à jouer à Bordeaux, il doit beaucoup à cette équipe. Mais, pour autant, elle ne lui manque pas.  

«Aujourd'hui, je m'éclate à Lille, c'est là que j'ai eu la plus grande émotion de ma carrière avec le titre de champion et la Coupe de France. En Espagne, j'étais bien également, mais je ne jouais pas trop, je préfère être dans une équipe moins huppée qui me fait jouer, que l'inverse.»

Depuis août 2012, le capitaine du Losc, a été rappelé pour porter le maillot de l'équipe de France. «Je suis extrêmement content et fier d'avoir été sélectionné par Didier Deschamps, ça faisait trois ans que je n'étais plus appelé.» Ironie du sort, Didier Deschamps était l'un de ses joueurs modèles, et les entraînements avec son sélecctionneur semblent bien se passer.

S'il n'y avait pas eu le foot

Rio joue de façon soutenue depuis l'âge de 8ans. Mais, pragmatique, il avait aussi un plan B, la comptabilité. «J'ai eu un bac pro Comptabilité que j'ai obtenu avec mention. Il me fallait un diplôme juste au cas où.» Il commence ensuite un BTS, mais à ses 18 ans il commence a délaisser les études.  

«J'ai commencé à croire en mes chances d'être un pro et j'ai mis les études de côté.»

Le joueur du Losc à l'époque à Bordeaux, rêvait également de devenir entraîneur. «Je voulais vraiment avoir un poste dans le domaine du foot, et il y avait plusieurs possibilités, il ne fallait pas s'arrêter et baisser les bras si je ne devenais pas joueur en première division», poursuit Rio. Lorsque qu'il parle de football son œil pétille, car pour lui jouer est depuis toujours un plaisir.

Savoir garder la tête froide

La reconnaissance a longtemps été flatteuse pour Rio, jusqu'au jour où sa première fille Uma, a été effrayée part l'engouement des passants dans la rue.

«Ça m'a permis de prendre conscience plus que jamais, que je n'étais pas le centre du monde et de ma vie. J'aimerai être un modèle pour mes enfants, mais aussi pour tous les jeunes qui ne doivent jamais abandonner leur projet, et surtout, ils ne doivent pas se décourager quand ils partent de rien.»

Ses revenus sont sans nul doute supérieurs à l'ensemble des revenus de ses frères et soeurs:  

«Je dois veiller sur ma famille, et nous sommes nombreux, parfois c'est difficile parce que je suis moi même en construction de ma propre famille, confie Rio. Je suis content de les avoir, parce que ma famille m'a aussi donné la force de ne jamais rien lâcher, ça été compliqué par moments, j'ai eu des passages à vides, mais ils ont toujours été là pour moi. Je ne les abandonnerai jamais.»

Association Rio-Mavuba

Depuis avril 2009, Rio a monté avec son amie Patrick Douence, l'association Les enfants de Makala, portant le nom du quartier où a grandi son père, à l'est de Kinshasa. Le girondins voulait d'abord faire un club de foot pour jeunes talents, mais Patrick l'a convaincu d'ouvrir un orphelinat. Rio, lui même orphelin, a été séduit par l'idée.

«J'ai vu à Kinshasa beaucoup d'enfants dans les rues, y avait de la misère, mais également une incroyable énergie, je peux pas aider tout le monde mais si je peux faire un peu, alors je fais.» L'association requiert 30.000 euros par an pour faire fonctionner l'orphelinat. La première année faute de moyens suffisants, les trente enfants (quinze filles et quinze garçons) devaient quitter l'établissement les soirs. Aujourd'hui, l'orphelinat entièrement gratuit encadre les enfants 24h/24. Elle vient de s'agrandir pour pouvoir accueillir jusqu'à cinquante enfants.

Même si Rio arrive à monter des événements ponctuels, comme des concerts, il compte aussi sur les réseaux sociaux pour promouvoir sa fondation:

«Je suis toujours à la recherche de soutien, je vais essayer d'organiser un concert par an, et d'autres opérations de temps en temps. Tout le monde est libre de faire des dons.»

Un hymne pour les enfants de Makala a même vu le jour, avec la participation d'un artiste congolais nommé Kissala.

Rio est l'un des plus anciens joueurs de l'équipe de Lille. Ses fans sont les premiers a saluer sa disponibilité. Il ne se cesse depuis toujours de s'entraîner pour rester un grand joueur. Son parcours, sans véritable faute, va sans doute lui permettre de se hisser peu à peu vers un autre rêve, celui de porter le maillot des Bleus, en 2014 dans une ville portant le même nom que lui, Rio de Janeiro au Brésil, pour le Coupe du Monde 2014.

Ekia Badou

* L'association Les enfants de Makala organise un concert de solidarité en faveur des orphelins de Makala, ce 8 avril au Zénith de Paris.

Ekia Badou

Ekia Badou. Journaliste française.

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