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Des sénégalaises qui ont voté pour Macky Sall, 26 mars 2012. REUTERS/ Joe Penney
Des sénégalaises qui ont voté pour Macky Sall, 26 mars 2012. REUTERS/ Joe Penney

Macky Sall répète les mêmes erreurs que Wade

Six mois après l'alternance qui a conduit Macky Sall au pouvoir, rien ne va au Sénégal. Tous les signaux sont au rouges et la nouvelle politique du président n'augure rien de bon.

Le déroulement du projet de campagne proposé par l’ex-candidat devenu président, Macky Sall et ses alliés risque de prendre du plomb dans l’aile. Des nominations tant décriées aux mesures dites de rupture, les langues pendantes (de ses détracteurs) se délient de plus bel.

Toutefois, lors de ses premières sorties, Macky Sall, fraîchement élu président de la République, s’est longuement éternisé sur l’option d’une politique dite de rupture marquée par une gestion sobre, vertueuse mais efficace des affaires de la Cité.

Certes, il serait peu judicieux de vouloir dresser le bilan d’un règne de quelques mois, mais il reste cependant permis de faire une appréciation plus ou moins générale des (premiers) actes posés jusqu’ici par le président de la République, et qui à coup sûr annoncent la couleur.

La politique du «Wadisme sans Wade»

Sept mois après l’accession de Macky à la Magistrature Suprême, ses détracteurs semblent plus que réticents eu égard à la possibilité d’application de son programme dénommé le «Yonnu Yokkuté» (la voie de l’émergence en wolof). Pis, ils émettent même des réserves concernant ses capacités en tant que leader à mener à bien la barque Sunugaal ( en wolof notre pirogue).

Pendant que certains voient à travers ses nominations aux postes aussi stratégiques que ceux de ministre, directeur général ou de président de conseil d'administration. Une tentative plus ou moins voilée de «positionner ses hommes» pour certains, alors que d’autres semblent déjà l’accuser de nourrir ces folles ambitions qui ont perdu le pape du Sopi, vouloir s’éterniser au pouvoir.

D’où son appel à transhumer vers les prairies encore verdoyantes de l’APR (la formation politique de Macky Sall). Ils l’accusent de vouloir faire du Wadisme sans Wade. Cependant, force est de constater que nombreux sont ceux qui semblent perdre patience et restent dès lors convaincus que nonobstant le départ (physique) de Wade du pouvoir, le même système (Wadien) semble encore prévaloir.

Pas d'état de grâce

C’est dire que dans l’histoire politique contemporaine du Sénégal,  un président n’a jamais été aussi attendu, épié et critiqué pratiquement sur tous les fronts. Il devient  dès lors le premier président de la République du Sénégal à n’avoir pas pu bénéficier de temps de grâce.

Aucune marge de manœuvre ne lui a été accordée. Tel du lait sur le feu, Macky est suivi de très près, tellement la tâche s’avère délicate. Tenaillé entre l’enclume de l’application des conclusions des Assises Nationales et le marteau de mouvements sentinelles tels le M23 et Y’En A Marre, exigeant le respect de la parole donnée, le président semble ne plus savoir où donner de la tête.

Toutefois, en s’élançant dans ce marathon présidentiel, Macky n’était pas sans ignorer ce qui l’attendait. Ainsi, de l’annonce faite à la (légère) baisse de certaines denrées de première nécessité à la décision salutaire de réduire le mandat présidentiel (de 7 à 5 ans) en passant par la suppression du Sénat, et la transformation du Conseil Economique et Social en Conseil Economique, Social et Environnemental, Macky semble, contre toute attente, lancer des signaux forts à l’encontre de ses pourfendeurs.

Comment faire du neuf avec du vieux usé?

Cependant, ses nominations tous azimuts sous forme de recyclage d’anciens caciques libéraux dont les plus controversées étant celles de Seynabou Ly Mbacké, de Seydina Kane et de Aminata Niane, ne risquent-elles pas de jeter du sable dans son propre couscous ? Alors puissante baronne sous l’ère Wade, cette dernière a été épinglée dans une enquête relative aux Projets de Promotion des Investissements Privés (PPIP). Monsieur le président, peut-on faire du neuf avec du vieux et usé ?

C’est dire que ces trois nominations auxquelles des Apéristes (partisans du président) de la première heure se sont fortement indignés sont d’une aberration inouïe en ce sens que Macky devrait plutôt songer à une promotion interne. À moins que l’APR et la coalition Benno Bokk Yakaar (coalition ayant porté Macky Sall au pouvoir)  aient déjà épuisé leur stock d’experts hautement qualifiés et capables de traduire la vision du président. Ce qui serait absurde.

Pendant qu’on y est, le test s’annonce non seulement crucial pour notre appareil judiciaire qui ne devrait plus tarder à se pencher sur le dossier de l’ancienne dame de fer de l’Agence de promotion des investissements et grands travaux (Apix) dirigée par Aminata Niane, leader libérale.

Mais aussi et surtout, il risque d’être mis à rude épreuve par ce feuilleton judiciaire qui s’annonce prometteur et qui pourrait d’ores et déjà s’intituler «L’Affaire Aminata Niane». Macky, sera-t-il assez républicain pour lâcher la «dame à la chevelure grisâtre» afin qu’elle réponde devant Dame Justice ? Time will tell!

Les priorités sont ailleurs, Monsieur le Président!

Les informations qui ont récemment fait le chou gras des quotidiens de la place restent l’annonce de remaniement et réaménagement de l’attelage gouvernemental. Et cette histoire ridicule et rocambolesque de maraboutage (visant Aminata Tall, secrétaire générale de la Présidence) au sommet de notre appareil d’Etat et qui ne l’honore guère.

Si toutefois pareilles informations se vérifiaient, Macky offrirait malheureusement à ses farouches détracteurs - qui lui ont déjà collé le fameux sobriquet de Wax Waxette, Junior - (dire et se dédire en référence à abdoulaye Wade) l’occasion tant rêvée de le démonter. Lui qui avait promis de limiter le nombre de ses ministres à vingt-cinq, tout en rompant d’avec les anciennes pratiques libérales.

Concernant le remaniement gouvernemental, je partage entièrement l’idée de nombre de Sénégalais qui jugent pareille initiative inopportune. Au moment où l’idée de la baisse des denrées de premières nécessités semble plus qu’ineffective, coïncidant à la cherté du coût de la vie, décision ne saurait être plus gauche que d’augmenter le nombre des ministres.

De peur de s’attirer les foudres du nombre croissant de Sénégalais qui cherchent la queue du diable pour en tirer la pitance quotidienne.

Ce qui nous incite d’ailleurs à avancer l’idée selon laquelle, de deux choses l’une: soit Macky est mal entouré, soit il n’en a cure des conseils que lui prodiguent ses ministres conseillers et autre conseillers spéciaux - pourtant très chèrement entretenus par le contribuable.

A quoi bon autant de conseillers

Que diable servent-ils alors au président s’ils n’ont pas le courage de lui conseiller juste et vrai ? Malheureusement, force est de constater qu’ils sont plus à l’aise à le caresser dans le sens du poil plutôt que de l’affronter. Notre palais serait-il toujours sous le joug de cette Mafia longtemps entretenue par ces fameux faucons et autres hiboux libéraux (Wadiens) qui faisaient l’hiver et le printemps ?

Toujours est-il que ces interrogations taraudent l’esprit de nombre de Sénégalais et le président Macky est appelé à éclairer notre lanterne car après tout il porte l’espoir de tout un peuple. Ce qui fait qu’il est très attendu au tournant.

De telles interrogations nous laissent sur nos gardes en ce sens que notre plus grande crainte reste d’assister impuissants face à l’avortement de la mise en œuvre du projet «Yonnu Yokkuté» ( la voie du changement) au risque de devenir du «Yonnu Yakkuté», ou la voie du gâchis. Ce qui serait plus que désolant pour tout acteur du 25 mars dernier.

Alassane Dème

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