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Un homme brandit le nouveau drapeau sud-soudanais. REUTERS/Ho New
Un homme brandit le nouveau drapeau sud-soudanais. REUTERS/Ho New

Sud-Soudan: Independence Day

L'Afrique compte un nouvel Etat: le Sud-Soudan. La presse africaine et internationale témoigne de la scission du plus vaste pays du continent.

Dans les colonnes des journaux africains, la délicate naissance du Sud-Soudan prévue pour le 9 juillet en dépit des inquiétudes, fait l’unanimité. Ce 54e Etat africain va officiellement voir le jour suite au référendum d’autodétermination de janvier 2011 et la victoire massive du oui.

Hormis l’enthousiasme général, on s’inquiète pour l’avenir du 193e Etat mondial. La plupart des commentaires soulignent les enjeux qui entourent le divorce des deux régions: migration des populations, conflits ethniques, tracé de la frontière, et enfin la problématique du partage du pétrole.

Avant de célébrer l'événement, les observateurs et commentateurs affichent à la fois leur satisfaction de voir la région pacifiée mais aussi leur réserve quant à l’avenir de la plus jeune nation du monde.

Le rôle des voisins frontaliers

Au Burkina Faso, pour le quotidien d’informations L’Observateur Paalga, le Sud-Soudan devra se retrousser les manches dès la fin des festivités. «A priori, tout force à l’optimisme, au regard des potentialités du pays». Encore faut-il que les autorités parviennent à transformer «cette indépendance politique en tremplin pour le développement socio-économique».

C’est le même constat qu’établit le journaliste, Séni Dabo, dans les colonnes du Pays. Pour lui, l’indépendance sud-soudanaise nous replonge dans les années 1960, ces années «qui virent beaucoup de pays africains colonisés s’affranchir de la tutelle de leur métropole». Après un bref rappel historique des conflits qui, en vingt ans, ont déchiré le Sud-Soudan, l’éditorialiste revient sur la genèse de ces guerres internes:

«Le combat de John Garang et de tous ceux qui se sont battus pour l’indépendance du Sud-Soudan n’aura pas été vain. Il faut maintenant souhaiter que le nouvel Etat soit accueilli à bras ouverts dans le concert des nations par les autres Etats.»

L'hebdomdaire kényan The East African revient sur le rôle de l’Ethiopie, du Kenya et de l’Ouganda dans cette partition et sur les pressions diplomatiques qu’ils ont exercées sur Karthoum et Juba afin que les capitales respectent l’accord de paix soudanais de 2005.

Pour le Kenya, l’un des voisins frontaliers du Sud-Soudan, le temps pour la nouvelle nation africaine est compté. Il s’agit en premier lieu d’éviter un retour à la guerre civile, notamment concernant la région d’Abyei et l'Etat du Sud-kordofan, les deux zones stratégiques. 

Pour le site ougandais, Weinformers, il est crucial que les pays d’Afrique de l’Est accompagnent la naissance de ce nouvel Etat. L'article qui considère surtout l’intérêt de l’Ouganda dans cette scission, revient sur la priorité de voir le sud du Soudan pacifié:  

«le président Museveni (le président de l'Ouganda) est en bonne position pour aider le Nord, car si le sud du Soudan n’est pas pacifié, le Nord ougandais ne sera jamais en paix, surtout depuis que Joseph Kony (le chef des rebelles du nord de l'Ouganda) se cache dans la région».

Toujours du point de vue ougandais, l’article de Josh Kron, publié dans le New York Times le 6 juillet 2011, rend compte des liens qui unissent l’Ouganda au Sud-Soudan. L’observateur note que l’indépendance du Sud-Soudan est en partie le fruit d’une influence ougandaise et que le Sud-Soudan est symboliquement une «extension de l’aura ougandaise». En guise d’exemple, le journaliste revient sur l’influence linguistique de l’Ouganda sur le Rwanda qui a changé sa langue nationale pour l’anglais. Enfin, l’article du New York Times souligne la présence des 60.000 Ougandais qui travaillent actuellement au Sud-Soudan, et relève que l’Ouganda souhaite voir perdurer sa politique commerciale avec cette région.

Eviter les erreurs des autres pays africains

Le Sudan Tribune se demande pour sa part, comment le Sud-Soudan parviendra à la prospérité tout en évitant les erreurs des pays africains commises à leur indépendance sachant que cette région enregistre les pires statistiques en matière d’indicateurs humains. Dans les colonnes de ce quotidien en ligne, le journaliste Obiageli Ezekwesili, propose de suivre le modèle éducatif, social et institutionnel du Botswana. Le commentateur propose par ailleurs quatre axes prioritaires pour le Sud-Soudan: renforcer le rôle de la société civile qui doit participer à toutes les stratégies de développement sans se les laisser imposer par d’autres Etats ou par les élites, privilégier l’économie privée qui doit être axée sur l’émergence des petites entreprises avec une priorité pour le secteur agricole, beaucoup plus durable que le pétrole, augmenter la construction d’infrastructures et d’institutions comme les écoles ou les hôpitaux, et enfin, résister à la tentation du populisme pour le Sud-Soudan dans son face-à-face avec le Nord.

En Afrique du Sud, les commentateurs modèrent leur enthousiasme. Dans le Mail and Guardian, Andrew Heavens envisage les scénarios éventuels de l’après-indépendance. Dans le meilleur des cas, bien que le pays marche sur une «corde raide», les leaders, Omar el-Béchir et Salva Kiir «trouveront un accord sur le pétrole, la finance, et le tracé de la frontière et ce, quelques temps après la célébration de l’indépendance». Dans un second scénario, les deux régions se sépareront tandis que perdurera une liste de contentieux qui resteront en suspens sans gravité, du moment que la question du pétrole n’est pas abordée. Enfin, dans le pire des cas, la rupture du 9 juillet marquera un retour à la guerre civile. Mais l’éditorialiste rassure et prévient que cette issue est peu probable, en sachant que les deux pays auront tout à perdre.   

Dans les mêmes colonnes, Jeremy Clarke et Alex Dziadosz s'amusent à comparer les deux capitales Khartoum et Juba, ces «deux mondes à part», arabe et africain. La ville de Juba est «poussiéreuse» et «on ne peut y boire qu’une bière» tandis qu’à Karthoum il y a «huit voies sur les routes», des musées, «d’anciennes maisons coloniales». Reste que les deux capitales ont certains points en communs. Parmi ces similarités, les journalistes sud-africains notent qu’il s’agit de deux villes nouvelles, cosmopolites, qui ont les mêmes problèmes de corruption.

La presse égyptienne se demande dans quelle direction se tourneront les regards des Sud-Soudanais, le nord ou le sud. Dans son article en ligne sur Al-Ahram, Asmaa El-Husseini souligne que dans l’intérêt de l’Egypte, le Nord a l’obligation de se démocratiser afin que les Egyptiens puissent entretenir des relations pérennes avec le Sud. L’article rend compte de la symbolique de la cérémonie qui aura lieu devant le mausolée de John Garang, l’ex-leader de la rébellion sud-Soudanaise. Enfin, l’observateur égyptien s’interroge sur la situation des Sudistes installés au nord du Soudan en posant l’une des questions centrales de cette partition:

«le gouvernement va-t-il respecter les lois internationales et donner la résidence aux Sudistes?»

Objectif: Jeux Olympiques de 2012

Les observateurs américains sont moins optimistes. Le magazine The Christian Science Monitor considère que les conflits sont loin d’être terminés et rappelle que depuis le référendum il y a eu plus de «2000 morts en l’espace de six mois». Le correspondant, Maggie Fick, estime que le Sud doit lutter contre «la menace islamiste du Nord emmenée par Omar el-Béchir». La journaliste relève enfin que le Mouvement pour la libération du peuple soudanais (SPLM) qui s’est battu contre le président et qui a gagné les élections, dirigera à l’avenir le Sud-Soudan. Tout en rappelant qu’il ne s’agit ni plus ni moins de miliciens.

D’un point de vue plus pragmatique, BBC News, sous la plume de Kathryn Westcott, s'interroge: «Comment construit-on une nation?». Et de proposer quelques solutions pour le Sud-Soudan, qui doit se trouver un hymne et un drapeau, une monnaie avec les figures de ses héros ou avec des symboles culturels. La nation la plus jeune du monde devra aussi penser à rejoindre les Nations unies, «l’acte le plus important pour la diplomatie internationale». Ou encore développer le secteur d’Internet en déterminant un code d’identification propre au Sud-Soudan, ou encore, développer suffisamment les sports nationaux pour, pourquoi pas, prendre part aux Jeux olympiques de 2012 à Londres.

Enfin, le rappeur Sud-Soudanais Emmanuel Jal, ancien enfant soldat, terminait l'une de ses chansons mises en ligne par BBC news, par:

«Ca fait trop longtemps que j’attends ce jour, ce jour il n’y aura plus de pleurs, plus de frayeurs, plus de cris, plus de tribalisme, plus de racisme… dans ma patrie, le Sud-Soudan.»

Mehdi Farhat

 

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Mehdi Farhat

Journaliste à SlateAfrique

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