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Des membres de l'Azawad posant devant leur drapeau, Nouakchott, mai 2012. © REUTERS/Joe Penney
Des membres de l'Azawad posant devant leur drapeau, Nouakchott, mai 2012. © REUTERS/Joe Penney

Le MNLA veut être un joker pour régler la crise malienne

Marginalisé, le Mouvement de l'Azawad déploie un activisme diplomatique auprès de la communauté internationale pour se présenter comme une solution incontournable au Nord-Mali.

«Sans nous, ce sera un massacre», avance Hama Ag Mahmoud, venu à Strasbourg depuis Nouakchott (capitale de la Mauritanie) pour une conférence au Parlement européen sur l’avenir du Nord-Mali.

Marginalisé et fragmenté, le Mouvement pour la libération de l'Azawad (MNLA) tente aujourd’hui de se poser en joker aux yeux de la communauté internationale. Pour l’heure sans grand succès.

En donnant, le 12 octobre, 45 jours à Bamako pour convaincre de la nécessité d’une intervention internationale, le Conseil de sécurité des Nations unies a déclenché un activisme diplomatique à haute intensité.

Alors que les négociations se déroulent sans eux à Bamako, que l’option d’une intervention armée se profile avec le soutien de l’Union africaine et de la Cédéao (Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest), que Paris s’engage en première ligne pour défendre l’intégrité territoriale du Mali, certains leaders du mouvement indépendantiste touareg multiplient les gages de respectabilité.

Long manteau brun sable, posé, Hama Ag Mahmoud se présente comme le responsable des Relations internationales du MNLA. Il est accompagné de Moussa Ag Assarid, chargé de communication au Conseil transitoire de l’Etat de l’Azawad (CTEA), qui réside en France.

Trois autres membres du mouvement, dont le président Bilal Ag Cherif, n’ont pu venir à Strasbourg faute d’avoir obtenu leur visa à temps du consulat français à Ouagadougou.

Preuve du rafraîchissement des relations avec Paris, qui entretenait du temps de l'ex-président Nicolas Sarkozy des liens plus chaleureux?

«Nous donnons le bénéfice du doute», élude Moussa Ag Assarid.

Les dissensions internes au MNLA, largement étalées dans la presse malienne et internationale, sont aussi écartées d’un revers.

«Tout le monde est d’accord pour l’indépendance, mais aujourd’hui l’autodétermination —reconnue par la charte des Nations unies— est acceptée comme une phase essentielle dans une logique qui mène à l’indépendance», détaille le responsable de la communication du CTEA.

L'absence du MNLA lors de la réunion tenue le 19 octobre par l’Union africaine et la Cédéao à Bamako pour, indiquait Paris, «renforcer la coordination de l’ensemble des acteurs concernés»?  

«Nous n'avons pas été invités, mais il a été question de nous», indique Hama Ag Mahmoud.

«Un carnage humanitaire»

«Pourtant, appuie Hama Ag Mahmoud, sans l’appui du MNLA une intervention au nord du Mali serait extrêmement dangereuse et ne pourrait qu’aggraver le chaos actuel. Au lieu de chasser AQMI, cela va jeter la population dans ses bras. Une force militaire africaine n’aura pas le courage de s’engager sur le terrain, elle tombera dans les trafics, se fera massacrer, tirera sur la population civile. Par ailleurs, elle est vouée à l’échec si certains pays voisins continuent de soutenir les terroristes. Enfin, cela fait dix ans que l’on forme et assiste les Etats de la région à la lutte contre le terrorisme, jamais ils n’ont rien fait. Pourquoi cela changerait?»

Que propose donc le MNLA? «Simplement de donner les moyens d’action sur le terrain à une intervention internationale»

En contrepartie, «on ne dit plus “l’indépendance n’est pas négociable”. Nous avons déclaré en avril l’indépendance de l’Etat de l’Azawad, mais nous laissons la porte ouverte à une fédération.»

Mais dans l’immédiat, «nous attendons de négocier avec les autres parties, comme le stipule la dernière résolution du Conseil de sécurité».

Chevalier blanc

Comme gage de sa volonté de respecter le droit humanitaire, le MNLA a contracté depuis le 1er octobre les services d’un cabinet d’avocats basé à Amsterdam.

Celui-ci a écrit, le 12 octobre (PDF), au procureur de la Cour pénale internationale qui a ouvert une enquête préliminaire au Nord-Mali, après avoir été saisie en juillet de la situation par les autorités maliennes de transition.

Le MNLA l'assure de sa pleine coopération dans cette enquête, quand bien même des accusations —portées notamment par Human Rights Watch— viendraient à toucher certains de ses membres.

Deux jours plus tôt, le MNLA avait écrit au Conseil de sécurité des Nations unies pour lui présenter un «Plan d’action» (PDF) dans lequel le mouvement s’engage à «respecter le droit de la guerre».

Ce faisant, le MNLA souhaite se présenter comme un chevalier blanc, sur qui la communauté internationale pourrait se reposer en confiance pour lutter contre les groupes «narco-terroristes» islamistes Ansar Dine, Mujao et AQMI.

On peut dès lors se demander pourquoi le MNLA ne les a pas combattus plus tôt? Les réponses de ses représentants suggèrent que le mouvement n’en avait ni la volonté claire, ni la capacité militaire.

«Nous avons toujours eu la volonté de sortir Ansar Dine des griffes d’AQMI, du moins jusqu’à l’échec de nos négociations avec eux, le 27 mai. Nous continuons de leur parler pour tenter d’en faire sortir les jeunes de l’Azawad», indique Moussa Ag Assarid.

«Sachant que ses mouvements sont financés par des Etats étrangers, nous avons pris l'option stratégique de ne pas nous engager dans une lutte trop risquée et de rester observateurs pour recueillir des informations», ajoute Hama Ag Mahmoud.

A son corps défendant, le MNLA pourrait toutefois conserver ce statut d’observateur impuissant.

«Qu’est-ce que le MNLA aujourd’hui, s’interroge André Bourgeot, chercheur au CNRS et spécialiste du Mali, joint par téléphone à Bamako. Ils cherchent à se repositionner, ce qui me paraît de bonne guerre compte tenu du fait qu’ils sont politiquement, militairement et diplomatiquement isolés. Par ailleurs, toutes ces démarches n'engagent que des personnes, tant il me paraît difficile d’appréhender le MNLA comme une entité homogène. Sur le plan militaire, les djihadistes l’ont bouté hors de Tombouctou, de Gao et maintenant il s’est réfugié en brousse. Sur le plan politique, il y a trois courants différents et un problème certain de représentativité et de pouvoir en interne; enfin, sur le plan diplomatique, le médiateur de la Cédéao ne parle plus du MNLA.»

A moins qu’il ne devienne un joker, pour une communauté internationale qui misera d’abord et en priorité sur les autorités du Mali en garantissant son intégrité territoriale.

«Le MNLA est dans une dynamique intérieure de repositionnement, mais il a laissé passer sa chance, estime Mathieu Guidère, spécialiste du Mali et professeur d’islamologie à l’université de Toulouse. S’il avait résisté aux islamistes à Gao, fin juin, il aurait gagné une crédibilité sur le plan international. Toutefois il a perdu la bataille, principalement par défaut d’ancrage auprès de la population. Aujourd’hui, le MNLA et la communauté internationale ont quelque part un ennemi commun, et la Cédéao cherche désespérément un partenaire sur le terrain… alors oui, peut-être, le MNLA pourrait devenir une alternative ou un alibi local à une intervention internationale. Il faut toujours avoir un joker.»

Franck Petit

 

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Franck Petit

Franck Petit. Journaliste français, spécialiste de l'Afrique et de la justice internationale.

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