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La ville de Noe, frontière Côte d'Ivoire-Ghana, septembre 2012. © REUTERS/Thierry Dricot
La ville de Noe, frontière Côte d'Ivoire-Ghana, septembre 2012. © REUTERS/Thierry Dricot

L'Europe vieillit, l'Afrique s'enrichit

Pour l'éditorialiste Venance Konan, les Africains semblent les seuls à ne pas se rendre compte que l'avenir du monde se joue sur leur continent.

Il y a quelques années, il était de bon ton, pour les journaux européens et américains, de titrer sur l’Afrique qui était, à leurs yeux, condamnée.

Oui, il y a une dizaine d’années, notre continent, avec sa pauvreté, ses guerres, ses maladies, faisait pitié et était le désespoir du reste du monde qui ne savait plus quelle formule inventer pour aider ce parent «maudit».

Et nous-mêmes avions commencé à sombrer dans la désespérance, à croire qu’il devrait y avoir quelque chose qui ressemblerait à une malédiction dans notre histoire.

Nos jeunes gens s’embarquèrent dès lors massivement sur des bateaux de fortune, au risque de leur vie, pour fuir cette terre de misère et de malédiction. Le futur que se dessinaient tous ces jeunes gens se trouvait en Europe ou en Amérique.

Mais voilà! Depuis quelque temps, l'Europe ne fait plus rêver les Européens. Les Etats-Unis se bercent encore d’illusions, mais il est indéniable que l’axe du monde a bougé depuis un certain nombre d’années, et que le futur se dessine ailleurs.

Cet axe se trouvait en Asie, du côté du Japon, de la Corée du Sud, de Singapour et de la Chine. Mais ces pays souffrent de la maladie de tous les pays développés, c’est-à-dire le vieillissement de leurs populations.

Fini les éternels mensonges sur l'Afrique

L’axe du monde s’est, depuis lors, démultiplié et se retrouve aujourd’hui, au Brésil, en Inde, en Afrique du Sud, et surtout, dans le reste du continent africain. Le futur du monde, nous sommes peut-être les seuls à ne pas nous en rendre compte, se dessine en Afrique. L’Afrique au sud du Sahara, cette partie du monde qui désespérait tant le reste du monde.

Lisez les journaux européens et américains, et vous verrez que le regard du reste du monde sur nous a bien changé. Pourquoi? Parce que, après nos errements, nous avons retrouvé notre dynamisme. Et nos nombreux enfants pour lesquels on nous moquait sont devenus notre force.

Pendant que le reste du monde vieillit, nous avons, nous, notre jeunesse. Avec sa fougue, son énergie et sa soif d’entreprendre. La zone du monde qui réalise la plus forte croissance est la nôtre. Certes, elle est, pour l’instant, tirée par l’exportation de nos matières premières, mais elle permet à nos Etats de s’enrichir.

Et comme le dit si bien Sidya Touré, ancien Premier ministre et ancien candidat à la présidence de la Guinée, pour peu que nous investissions dans la santé, dans l’éducation, dans une justice qui serait vraiment équitable, et, ajoutons-nous, pour peu que nous sortions de nos nègreries qui consistent, entre autres, à vouloir détruire ce que celui que nous n’aimons pas est en train de réaliser de bien, notre décollage sera assuré.

Ce n’est pas par hasard que le président français, François Hollande, a dit, le vendredi 12 octobre 2012, à Dakar que l’Afrique est l’avenir du monde.

Le soleil des indépendances brille désormais

Ce qui nous manque, en ce moment, est la maîtrise de la science et de la technologie. Mais ce n’est pas une connaissance ésotérique qui nous est fermée. Elle nous est offerte à travers l’école. Et ce n’est pas non plus un hasard si le président Alassane Ouattara, qui fait partie des hommes du renouveau africain, a choisi d’investir massivement dans la rénovation de nos universités. Ce n’est toujours pas par hasard que les Libéraux du monde ont choisi notre pays pour tenir leur congrès.

Ce qui nous manque encore, c’est notre foi en notre avenir, la confiance en nous-mêmes. Lorsque nous nous serons débarrassés de nos complexes vis-àvis de nous-mêmes, de nos anciens colonisateurs et du reste du monde, nous nous surprendrons.

Nous avons passé environ cinquante années, depuis nos indépendances, à tâtonner, à chercher notre voie, à chercher à savoir ce que nous voulions vraiment. Nous avons eu toutes sortes de dirigeants. Nous avions eu par le passé des visionnaires, des farfelus, des sanguinaires, nous avons maintenant des pragmatiques, qui maîtrisent parfaitement les mécanismes du monde moderne. A nous d’en tirer profit.

Nous, Ivoiriens, devrions savoir que notre pays fait partie de ceux qui tirent le reste du continent.

Certes, nous vivons, en ce moment, les derniers spasmes de notre crise, et cela pourrait donner des inquiétudes à plus d’un. Mais cela ne devrait pas nous faire perdre de vue le fait que tous nos indicateurs sont redevenus verts, et que, pour peu que nous retrouvions notre sérieux, nous étonnerons le monde.

Parce que nous serions alors capables, nous, Ivoiriens, de dessiner le futur du monde. 

Venance Konan (Fraternité Matin)

 

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Venance Konan. Ecrivain et journaliste ivoirien. Il a notamment publié le roman Les Prisonniers de la haine.

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