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Naomie Harris, Daniel Craig et Berenice Marlohe du dernier opus 007, Skyfall, Londres, 22 octobre 2012. ©REUTERS/Andrew Winning
Naomie Harris, Daniel Craig et Berenice Marlohe du dernier opus 007, Skyfall, Londres, 22 octobre 2012. ©REUTERS/Andrew Winning

James Bond connaît très mal l'Afrique

Les rapports qu’entretient 007 avec l’Afrique sont à l’image de l’influence qu’a le continent sur la scène internationale: pas assez importants.

Au volant de son Aston Martin, il sillonne la planète depuis 50 ans. 2012 marque le cinquantenaire de James Bond au cinéma. Un demi-siècle de cascades périlleuses, d'innombrables conquêtes et de missions autour du globe.

De San Francisco à Paris, en passant par Hong-Kong, l'agent secret a fait plusieurs fois le tour du monde.

D'ailleurs, notre buveur de vodka martini («secoué, pas remué», s'il vous plaît) se sent à l'étroit sur Terre. Pour 007, Le monde ne suffit pas. A tel point que dans Moonraker l'espion part à la conquête de l'espace.

Les péripéties de l'homme au pistolet Walther PPK l'ont également amené à se rendre en Afrique, mais de façon furtive la plupart du temps.

Sur les 23 opus de la franchise, l'espion du MI6 est apparu à quatre reprises sur le continent. 

Dans Skyfall, qui sort le 26 octobre, l’action se déroule en Europe et en Asie.

La place de l'Afrique dans l’univers James Bond est infime et illustre la faible influence du continent en géopolitique.

Un agent qui vit avec son temps

007 se nourrit de son époque. Les films de la franchise collent au contexte politique et économique du moment. Mais certaines zones du monde sont peu présentes dans les intrigues de l’agent secret.

Frédéric Mérand est professeur de sciences politiques à l’université de Montréal. En 2009, il écrit une série d’articles sur le fameux espion: 

«Bond s’inscrit dans des réalités géopolitiques qui préoccupent l’Occident: guerre froide, réseaux criminels, terrorisme international, montée de la Chine... L’Afrique n’en fait pas partie», explique-t-il à SlateAfrique.

L'écrivain britannique Ian Fleming crée le personnage de James Bond en 1953, en pleine guerre froide, justement.

A cette époque, les blocs Est/Ouest font la loi. L’empire britannique touche à sa fin, mais son influence demeure et les colonies africaines vont devoir attendre encore quelques années avant d’obtenir leur indépendance.

La voix de l'Afrique ne porte pas sur la scène internationale et n’est pas plus audible dans les livres de Fleming, même si l’auteur fait référence au continent. Cette absence, on la retrouve, de fait, au cinéma.

Un entourage limité

«Les films de James Bond sont aussi le reflet des préjugés et des fantasmes de leur époque, ce qui inclut des représentations sexistes et racistes.»

007 apparaît pour la première fois sur grand écran le 5 octobre 1962 dans James Bond contre Dr No. Les premiers films, portés par Sean Connery, sont des adaptations libres des romans de Fleming où l’Afrique est rarement évoquée.

Côté cœur, difficile de montrer un couple mixte au cinéma, dans les années 60. Progressivement, les mœurs évoluent et, en 1973, dans Vivre et laisser mourir, l’actrice Gloria Hendry  devient la première James Bond Girl noire à succomber au charme de l’espion, incarné à l’époque par Roger Moore.

Elle est imitée par Grace Jones (Dangereusement vôtre, 1985) et Halle Berry (Meurs un autre jour, 2002). Sauf que les James Bond Girl qu'elles incarnent sont toutes Américaines.

En 1971, Trina Parks, première James Bond Girl noire de la saga, interprète aussi une Américaine dans Les Diamants sont éternels (sans avoir de liaison avec l’agent).

En amitié, 007 est très exigeant, il traîne avec les «gens populaires» de la sphère géopolitique. Au cours de ses missions, Bond évolue avec des agents issus des grandes puissances.  

«L’ami est souvent un espion étranger, chinois, américain ou russe», affirme Frédéric Mérand. Parmi les fidèles alliés de l'agent on retrouve l’Américain Felix Leiter de la Central Intelligence Agency (CIA). Pas de place pour l’Afrique dans ce concert des nations VIP.

Pour les méchants la logique est différente: 

«L'ennemi est toujours un acteur non étatique, par exemple un criminel mégalomane, qui cherche à bouleverser l’équilibre international. On pourrait s’attendre à ce que Bond trouve en Afrique un terrain de choix.»

Pourtant, il faut attendre 44 ans pour voir un africain se frotter à l'agent britannique. En 2006, James Bond effectue un retour fracassant sur les écrans.

Dans Casino Royale, Daniel Craig prête ses traits à l'agent secret pour la première fois. Nouveau look, nouvelle voiture (Aston Martin DB V12), et nouveaux ennemis pour l'espion.

Dans ce 21e opus de la franchise, Bond affronte Steven Obanno, un chef de l'Armée de résistance du seigneur, mouvement rebelle ougandais. Ce dernier est un client du Chiffre, banquier des organisations terroristes. Néanmoins, le rôle d'Obanno est mineur, le Chiffre étant le principal ennemi de Bond dans le film.


007 - Casino Royale - poursuite par v3ct0rz

La rencontre entre le Britannique et l’Ougandais s’effectue au Monténégro, en Europe. Pour le dépaysement, il faudra repasser. L’agent aurait sûrement apprécié de se charger de son rival à Kampala, capitale de l’Ouganda… ou à Johannesbourg.

Afrique du Sud, rendez-vous manqués

«J'ai toujours eu envie d'aller en Afrique du Sud.» C'est ce que déclarait Bond dans Les Diamants sont éternels. Quarante-et-un an plus tard, 007 n'a toujours pas réalisé son rêve. Mais l’agent a eu l'occasion de visiter d’autres pays du continent.

Bond effectue une apparition très brève au Caire dans le film évoqué précédemment, et la première partie de L'Espion qui m'aimait (1977) se déroule également en Egypte.

Dans Tuer n'est pas jouer (1987), Bond se rend à Tanger au Maroc. «On le [James Bond] voit en Egypte qui fait depuis longtemps figure de contrée exotique, mais pas en Afrique subsaharienne», explique Frédéric Mérand. Les lieux de ces films sont dépaysants mais n’ont aucune incidence sur l’intrigue.

Dans Casino Royale, l’espion finit par débarquer en Afrique subsaharienne, une première dans l'histoire de la saga. Si l'agent n'est pas présent dans la scène se déroulant en Ouganda, il n’hésite pas à donner de sa personne à Madagascar.

Sur la Grande Ile, Bond s’engage dans une course-poursuite explosive pour appréhender Mollaka, un terroriste. «Mais la scène est courte et décontextualisée», rappelle Frédéric Mérand.

A l’image de L’Espion qui m’aimait, le lieu de l’action importe peu pour cette séquence. Casino Royale marque tout de même un tournant dans les relations afrobondiennes. Mais cette première étape n’est qu’un début.

Surtout que techniquement, la franchise James Bond n'a jamais mis les pieds en Afrique subsaharienne.

Dans Les Diamants sont éternels, les plans censés se dérouler en Afrique du Sud ont été filmés à Pinewood, les fameux studios anglais. Et c’est aux Bahamas que les séquences ougandaise et malgache de Casino Royale ont été tournées.

Un tournage en Afrique, c’est cher. Pour réduire la note, les producteurs préfèrent tourner en studio ou privilégier un pays offrant des conditions de tournage plus faciles. Bond n’est pourtant pas le seul à rêver de ce continent.

Pour Casino Royale, l'idée d'effectuer une partie du tournage en Afrique du sud avait été évoquée. Mais la production n'est pas parvenue à sécuriser les lieux de tournage. L'Afrique du Sud est une nouvelle fois envisagée pour Skyfall, le dernier opus de la franchise.

En avril 2011, Sam Mendes, le réalisateur et Barbara Broccoli, la productrice, se rendent en Afrique du Sud pour effectuer des repérages. Une fois de plus, la piste est abandonnée.

Aujourd’hui, au vu de l’expansion que connaissent plusieurs pays d’Afrique, James Bond ne peut plus passer à côté de ce continent. Puissance émergente de la zone, l’Afrique du Sud, souvent évoquée pendant la pré-production de certains films, pourraient inspirer aux auteurs les scénarii les plus fous, tout comme les conflits qui émaillent la région.

«On pourrait suggérer aux producteurs une aventure avec une espionne sud-africaine qui lutterait contre un être malfaisant manipulant les islamistes à Tombouctou...», propose Frédéric Mérand.

Le 26 octobre, la sortie de Skyfall viendra clôturer la célébration du cinquantenaire. Dans ce 23e épisode de la saga, l’espion passe par l’Angleterre, l’Ecosse, la Chine et la Turquie.

Et comme l’indique chaque générique, «James Bond will return» (James Bond reviendra). Pourquoi pas en Afrique?

Icône du septième art, l’espion britannique n'est pas prêt de quitter le grand écran et aura tout le loisir de se rendre sur le continent pour une mission de grande ampleur dans un autre opus. Avec 007, demain ne meurt jamais.

Jacques-Alexandre Essosso

 

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Jacques-Alexandre Essosso

Journaliste à SlateAfrique.

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