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Les nuits noires de Tripoli

En pleine journée, Tripoli a tout d’une ville normale: les véhicules circulent dans les rues, des gens discutent paisiblement à la terrasse des cafés, y lisent leur journal. Ce n’est qu’une fois la nuit tombée que la capitale libyenne change de visage, devenant le théâtre d’affrontements entre les forces fidèles à Kadhafi et les rebelles. La population se barricade dès le coucher du soleil, tandis que les insurgés profitent de la nuit pour s’attaquer aux forces de police.
Un reportage du quotidien britannique The Guardian, publié le 6 juillet, revient sur les deux visages de la capitale libyenne, lieu stratégique contrôlé par Kadhafi:

«Sous couvert de l’obscurité, ils (les rebelles) sortent de leurs cachettes pour tendre des embuscades aux forces de sécurité. Dans certains quartiers, les tirs armés font rage toutes les nuits, et les corps des personnes mortes au combat ainsi que les traces des affrontements sont rapidement dissimulés […] Cette audacieuse stratégie de guérilla semble le meilleur espoir pour les rebelles de saper les défenses du leader libyen.»

Le gouvernement dément toute attaque de la sorte, et prend soin de faire taire la presse sur les attaques des insurgés dans la capitale libyenne, dernier verrou de la défense de Kadhafi. Mais la population locale n’est pas dupe. «Les gens tirent sur la police toutes les nuits», confesse un résident du quartier de Souk al-Juma. Tout en désignant une rue avoisinante, il ajoute: «Une nuit, il y a quelques semaines, quatre personnes ont été tuées ici.»

Bien qu’il soit difficile d’estimer les forces rebelles en place à Tripoli ainsi que leur équipement, pas de doutes sur leur stratégie: saper le moral des pro-Kadhafi pour faciliter l’assaut des rebelles. Selon Niz, un représentant du mouvement rebelle Free Generation Movement (Mouvement de la génération libre):

«Chaque nuit, il y a des opérations armées aux postes de contrôle. Régulièrement, on entend des coups de feu […] Cela vise à intimider l’appareil sécuritaire et à montrer la présence d’un groupe armé […] Je crois qu’il peut y avoir un soulèvement dans la ville. C’est ce vers quoi nous allons. Je ne pense pas qu’une action isolée permette de renverser le régime, mais la progression des rebelles et l’intervention continue de l’Otan sont la preuve que l’étau se resserre. C’est la combinaison de ces actions qui permettra la chute du régime.»

Bien entendu, le régime de Kadhafi ne reste pas les bras croisés devant les attaques nocturnes dont il est devenu la cible. Bien que Moussa Ibrahim, porte-parole du gouvernement libyen, accuse le président français, Nicolas Sarkozy, et David Cameron, le Premier ministre britannique, de «colporter des mensonges» sur le fait d’attaques dans Tripoli, de nombreuses arrestations ont eu lieu. Un terme que Niz estime inapproprié:

«Il ne s’agit pas d’arrestations, ces hommes sont kidnappés. Des gens que je connais ont été emmenés les yeux bandés à l’arrière de camions […] Des centaines de personnes sont introuvables. Des gens ont été torturés, surtout par électrocution, violences physiques […] et de pressions sur les ongles des mains.»

Pendant ce temps, les rebelles libyens continuent leur progression vers Tripoli avec le soutien aérien de la coalition internationale. Après avoir reconquis la ville de Zenten et le village de Goualich au sud de Tripoli, une double offensive a été lancée mercredi 6 juillet, avec pour but la prise de la ville de Zliten, située au sud-est de la capitale. Le site d’informations italien Italnews cite Hassan Duen, commandant des forces de Misrata,

«Les rebelles se trouvent actuellement à 3 kilomètres de Zliten, et continuent d’avancer. La nuit dernière (jeudi 7 juillet), une attaque préliminaire a été lancée sur une des autoroutes principales de Tripoli, ce qui a permis de soutenir l’attaque précédente et la plus importante lancée mercredi.»

Pendant ce temps, les forces aériennes de l’Otan ont intensifié les bombardements autour de Zliten afin de soutenir les rebelles, dépourvus de chars armés ni d’artillerie lourde.

Lu sur The Guardian, Italnews