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Soudan: le procureur général remplacé, nouvelles manifestations antipouvoir

Les généraux au Soudan ont démis de ses fonctions jeudi le procureur général, le jour de nouvelles manifestations pour maintenir la pression sur le pouvoir militaire et dénoncer la répression meurtrière de la contestation inédite dans le pays.

Déclenché en décembre 2018 par le triplement du prix du pain dans un pays à l'économie exsangue, le mouvement de protestation s'est vite transformé en contestation du pouvoir et a poussé à la destitution et l'arrestation le 11 avril du président Omar el-Béchir.

Malgré la mise à l'écart de M. Béchir après environ trois décennies au pouvoir, la contestation s'est poursuivie, principalement avec un sit-in organisé depuis le 6 avril devant le QG de l'armée à Khartoum, pour réclamer au Conseil militaire de transition qui a succédé au président déchu de céder le pouvoir aux civils.

Mais le 3 juin, des hommes armés en tenue militaire ont dispersé dans le sang ce sit-in, provoquant un tollé international. Au moins 128 personnes ont été tuées dans la dispersion du sit-in et la répression qui s'est poursuivie les jours suivants, selon des médecins proches de la contestation. Les autorités ont fait état de 61 morts.

Jeudi, le chef du Conseil militaire, Abdel Fattah al-Burhane, a démis de ses fonctions le procureur général Al-Walid Sayyed Ahmed, a indiqué l'agence officielle Suna sans préciser les raisons de cette décision.

Son remplaçant, Abdallah Ahmed, qui dirigeait le parquet de Khartoum, était du fait de son dernier poste à la tête d'une commission d'enquête criminelle sur la dispersion du sit-in créée par son prédécesseur, selon Suna.

Les militaires ont mis sur pied une autre commission d'enquête, dont les résultats n'ont pas été encore publiés.

- "Richesses suspectes" -

Le Conseil militaire avait regretté des "erreurs qui se sont produites" lors de la dispersion, tout en assurant ne pas l'avoir ordonnée. Selon lui, l'objectif initial de l'opération était de chasser des éléments "criminels" dans le secteur de Colombia, près du sit-in.

L'ex-procureur général avait indiqué avoir participé à une réunion avec les militaires pour organiser l'opération de Colombia, la veille de la dispersion. Mais il avait souligné qu'"en sa présence", la dispersion du sit-in n'avait pas été évoquée.

Les paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) ont été accusés par les chefs de la contestation et des ONG d'être à l'origine de la dispersion.

Jeudi, le numéro deux du Conseil militaire, le général Mohammed Hamdan Daglo qui dirige ces forces, surnommé "Hemeidti", a assuré que le "responsable" du drame avait été identifié, sans préciser s'il avait été arrêté.

Il a ajouté que les auteurs de la dispersion, qu'ils soient "des membres des forces régulières ou des civils, seraient traduits en justice".

Le renvoi du procureur intervient quelques jours après l'inculpation de M. Béchir pour des faits de corruption. Ce dernier est notamment accusé "de possession de devises étrangères" mais aussi "d'avoir acquis des richesses de façon suspecte et illégale".

- Nouvelles manifestations -

Jeudi, des centaines de personnes ont manifesté à Khartoum, à Port-Soudan (nord-est), poumon économique du pays sur la Mer rouge, ainsi que dans les villes centrales d'al-Obeid et Madani, et à Kassala (est), selon des témoins.

"Pouvoir civil, pouvoir civil"! ont-elles scandé.

"Nous sommes sortis aujourd'hui parce que notre révolution n'est pas terminée. Notre demande principale c'est un pouvoir civil", a martelé Mohamed Khalil, un manifestant de Port-Soudan.

A Khartoum, des dizaines d'employés d'entreprises privées ou de ministères ont manifesté devant leurs bureaux, d'après des témoins. "Les assassins du 3 juin doivent être jugés", pouvait-on lire sur des pancartes.

L'Ethiopie a entrepris une médiation entre les militaires et les chefs de la contestation pour une reprise prochaine des négociations qui doivent dessiner la future période de transition, mais les deux camps restent engagés dans un bras de fer.

Le ministre d'Etat saoudien aux Affaires étrangères Adel Al-Jubeir, dont le pays soutient le Conseil militaire selon des experts, a estimé que "la violence doit être évitée à tout prix" et appelé à "aller de l'avant dans la transition".

AFP

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