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Une infirmière de Médecins du Monde soigne un garçon à Kinshasa (RDC), le 25 septembre 2006. REUTERS/Jacky Naegelen
Une infirmière de Médecins du Monde soigne un garçon à Kinshasa (RDC), le 25 septembre 2006. REUTERS/Jacky Naegelen

Pour en finir avec le désastre sanitaire en RDC

Deux responsables de Médecins du monde dressent le bilan de la situation sanitaire en République démocratique du Congo.

La République démocratique du Congo (RDC) est un pays immense, grand comme l'Europe de l'Ouest, possédant en son sol les plus importantes richesses minières du continent.

Ancienne colonie belge, la langue nationale est le français. Rien d’étonnant à ce que l’Organisation internationale de la Francophonie ait organisé cette année son sommet dans le pays francophone le plus peuplé du monde.

Un pays fragilisé par le conflit armé

Aujourd’hui, les ressources du pays sont pillées et aucun bénéfice ne profite à ses 66 millions d’habitants, de plus en plus pauvres, avec un accès réduit à la santé et à l’éducation.

Au cours de ces huit dernières années, quatre millions de Congolais sont morts des conséquences directes du conflit et de massacres, et pour 85% d'entre eux, de maladies banales telles le paludisme ou la diarrhée, associées à la malnutrition.

La RDC est devenue depuis quelques années un laboratoire pour les institutions et bailleurs de fonds internationaux.

Elle fait partie avec l'Afghanistan, Haïti et le Darfour de ces «Etats fragiles» qui ont reçu le plus de fonds pour l'aide au développement.

Malgré cela, ce pays est classé dernier pour l'indice de développement humain. Nous, organisations non gouvernementales, assistons impuissantes à cette dégradation progressive depuis 20 ans.

Un climat tendu règne en RDC et l'inquiétude est de mise face à la situation actuelle des droits de l’Homme: un gouvernement fragile qui n'exerce pas un contrôle sur tout son territoire, la poursuite des conflits et des violences, des mouvements massifs de réfugiés et de déplacés internes, des arrestations arbitraires de journalistes et de militants des droits de l’Homme, la détérioration ou l’absence des services publics les plus fondamentaux, la généralisation de la corruption, l’impunité, une crise économique endémique, la dépendance totale vis-à-vis de l'aide extérieure…

Les ONG se sentent impuissantes face à la situation sanitaire

Depuis avril 2012, les conflits à l’est de la RDC ont à nouveau dramatiquement repris en intensité. Les combats entre groupes armés, en particulier dans la province du Nord-Kivu, ont suscité de nouvelles vagues de déplacés dans toute la province.

Depuis avril 2012, les organisations d’aide humanitaire estiment que 220.000 personnes sont déplacées dans le Nord-Kivu, portant ainsi le nombre de déplacés internes dans la province à plus de 650.000 personnes. 

L’accès à ces populations vulnérables pour nous, acteurs humanitaires nationaux comme internationaux, est extrêmement limité.

Au-delà de la réponse aux crises, des actions de long terme doivent être menées pour soutenir les communautés.

Les chiffres de violences sexuelles sont effroyables: en 15 ans, on estime à 300.000 personnes le nombre de victimes de violences sexuelles liées aux conflits.

Ces indicateurs deviennent inaudibles lorsqu’on y ajoute ceux des violences liées au genre: mariages forcés et précoces, lévirat, sororat, viols de jeunes filles pour se prémunir ou guérir de certaines maladies, etc. 

Dans ces sociétés, la capacité de résilience semble augmenter, malgré la déstructuration des liens sociaux à laquelle conduit les conflits.

C’est pourquoi la santé mentale des communautés doit faire l’objet de l’attention de tous les acteurs, au delà des cadres strictement humanitaires.

Au Nord-Kivu, le nombre de personnes souffrant de maladies mentales a connu une augmentation de 5% en 2009, passant de 7 à 12%, selon la Division provinciale de la Santé du Nord-Kivu. 

Elle représente un enjeu majeur pour le développement à venir des populations et doit être considérée comme telle.

Un manque cruel de soins pour lutter contre le sida

En RDC, les conflits ne sont pas seuls à tuer. Le sida est, à lui seul, la cause de 80.000 morts par an. Moins de 15% des personnes qui en ont besoin ont accès aux traitements ARV, et à peine 5% des femmes enceintes séropositives sont intégrées dans les programmes Prévention de la transmission mère-enfant (PTME).

Il est urgent que la communauté internationale, comme les autorités nationales, mobilise des fonds conséquents pour répondre à cette situation de crise sanitaire et ainsi espérer diminuer l’impact de l’épidémie.

Chaque jour, deux bébés naissent dans les rues de Kinshasa. 62% des mères sont d'ailleurs âgées de moins de 18 ans.

Entre 2006 et 2011, le nombre d’enfants vivant dans les rues de Kinshasa a augmenté de 45%.

Aujourd’hui, on considère qu’il y a plus de 20.000 enfants dans les rues, dont près de la moitié (44%) sont des filles.

La plupart vivent de la prostitution et sont exposées à tous les risques d’ordre sexuel: infections sexuellement transmissibles (IST) dont le VIH, hépatites virales, grossesses précoces et à risque, etc.

L'Etat doit consacrer plus de budget à la santé

En RDC, le droit de vivre dignement, en bonne santé et en sécurité n’existe pas.

Il est indispensable et urgent que la communauté internationale et le gouvernement congolais se mobilisent pour un soutien plus important des bailleurs de fonds aux programmes de développement menés dans les zones de «conflits chroniques», notamment sur les questions de santé.

La RDC doit respecter son engagement pris en 2001 à Abuja (Nigeria) de consacrer 15% du budget de l’Etat à la santé. Depuis 10 ans, les crédits votés pour la santé n’ont jamais atteint 6% (moyenne: 4,5%).

L’accès à des soins de santé de qualité et la lutte contre les discriminations doivent constituer la base d’un plan de reconstruction, aussi bien au niveau de la santé que de l’éducation et de l’économie, établi par tous les acteurs de la reconstruction, Etat congolais, société civile, institutions internationales, ONG, diaspora.

Face à l'instabilité qui menace le Congo, il est urgent d'inventer un nouveau mode de coopération qui permettrait enfin de stabiliser le pays.

Dans le rapport sur la réforme de l'ONU (mars 2005), Kofi Annan déclare:  

«Il n'y a pas de développement sans sécurité, de sécurité sans développement et il ne peut y avoir ni sécurité ni développement si les droits de l'Homme ne sont pas respectés.»

Thierry Brigaud, président de Médecins du monde et Pascale Barnich-Mungwa, coordinatrice de l'ONG en RDC

Cet article a d'abord été publié sur Youphil

 

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