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Mouammar Kadhafi à l'aéroport de Syrte le 26 mars 2010. Reuters/Zohra Bensemra
Mouammar Kadhafi à l'aéroport de Syrte le 26 mars 2010. Reuters/Zohra Bensemra

Le kadhafisme n'est pas mort avec Kadhafi

Les partisans et la famille en exil de l'ex-guide libyen s'activent à faire vivre son nom à l'intérieur, comme à l'extérieur de la Libye.

Kadhafi est mort mais une partie de sa progéniture (officielle) vit toujours. La famille Kadhafi a été forcée de s’exiler lors du soulèvement libyen qui réclamait la fin d’un règne tribal et familial de plus de 40 ans.

Jusqu’au bout et même après la mort du guide, certains ont continué à servir la cause du régime, à louer les mérites de «papa Kadhafi», à menacer ceux qui l’ont tué dans des circonstances brutales.

C’est le cas d’Aïcha Kadhafi, celles que les médias italiens surnommaient la Claudia Schiffer du désert. Accompagnée de sa mère, Safia, et de ses deux frères Mohammed et Hannibal, Aïcha Kadhafi trouve refuge en Algérie, le 29 août.

Ils suivent quasiment en direct la mort politique du régime. Bien qu’affectée par la fin de règne des Kadhafi en Libye, Aïcha fait de la résistance.

Elle déroge au devoir de réserve imposé par Alger, en s’exprimant via des médias arabes. La dernière sortie médiatique remonte à juin 2012, selon le quotidien arabophone algérien Ennahar.

Aïcha s’attaquait une nouvelle fois «au gouvernement libyen dit de réconciliation nationale, allié de l'Amérique, la France, le Qatar et du philosophe Bernard-Henri Lévy».

Elle disait notamment souffrir de la situation en Libye, qu’elle qualifie de «grand désastre». La Libye, selon elle, est entrée dans une phase de «trahison» et d’«occupation».

«Tous les Libyens sont Mouammar Kadhafi et tous les jeunes sont des Khamis (Kadhafi)», aurait-t-elle déclaré.

Lors de précédents messages, Aïcha avait même appelé les Libyens à se soulever contre les nouvelles autorités, qu’elles considèrent «illégitimes». Elle semble espérer que le kadhafisme perdure au-delà de la chute de son maître

Elle déclare dans une lettre diffusée le 28 novembre sur la chaîne al-Raï, basée à Damas:

«Mouammar Kadhafi ne nous a pas quittés, car il demeure dans l’esprit de tous nos enfants.»


Infographie "Famille Kadhafi en exil" par Fred Hasselot

Mais contrairement à son frère Saadi qui se serait réfugié au Niger, depuis septembre 2011, Aïcha ne laisse pas entendre qu’elle retournera en Libye. Sa famille et elle continuent à résider en Algérie, dans un lieu tenu secret.

Improbable retour au pouvoir des Kadhafi

Soutenu par des milices armées, Saadi Kadhafi, lui, tenterait d’instiller le désordre en Libye, rapportait en février dernier le quotidien Al Quds al Arabi. Est-ce une formule incantatoire ou en a-t-il vraiment les moyens?

Une question posée dans un article de la revue Politique africaine (numéro 125) intitulé Changement social et contestations en Libye et dirigé par Ali Bensaâd.

Le chercheur rappelle le caractère dynastique de nombreux régimes arabes et africains et s’interroge sur leur capacité à maintenir un quelconque pouvoir en exil:

«Il est évident que les réseaux constitués à l'intérieur du temps de la puissance peuvent continuer à fonctionner de l'extérieur, au temps de l'exil, sur un mode de diaspora. Reste à savoir quelle peut être leur efficacité politique?»

Les Kadhafis peuvent-ils revenir au pouvoir? Improbable, selon certains observateurs, convaincus que «le génie politique n'est pas héréditaire».

A l’intérieur du pays, les Libyens parlent encore de «kadhafisme» et même de «ville kadhafiste», un an après la mort de Kadhafi.

Enlever la figure du guide des manuels scolaires, des échoppes et des écrans de télévisions ne suffisent pas à effacer quatre décennies de règne. Un règne qui s’est par ailleurs clôs dans le fracas et le tumulte. 

Depuis, la Libye post-Kadhafi tente de se construire en dépit d’un Etat quasi-inexistant. Pendant un an, les Libyens ont assisté à l’incurie du Conseil national de transition face aux milices d’ex-rebelles qui rechignent à rendre les armes.

En juin 2012, un groupe de combattants avaient pris d’assaut l’aéroport de Tripoli, avant d’être délogés par les autorités libyennes.

Un an après la chute du guide libyen, la sécurité semble difficile à rétablir dans un pays en proie à l’ordre des milices et aux intimidations de partisans kadhafistes.

Tout cela dans un environnement où les armes circulent librement. Une insécurité que le nouveau Premier ministre Ali Zeidan compte combattre au cours de son mandat.

Les rêves de la vengeance

Pour Peter Bouckaert, directeur de la division Urgences à Human Rights Watch, le défi des nouvelles autorités libyennes réside dans leur capacité à imposer la loi de la justice contre la loi des armes et de la vengeance.

Une vengeance, au cœur d’un rapport de Human Rights Watch publié le 17 octobre qui revient sur la manière avec laquelle les rebelles auraient tué Mouammar Kadhafi et exécuté les Libyens qui l’accompagnaient.

Accusé d’avoir combattu pour Kadhafi, de l’avoir soutenu activement ou passivement, des Libyens sont traqués et intimidés par les milices qui prennent la menace  kadhafiste au sérieux.

La mort d’Omran Ben Chaabane, le 25 septembre dernier à Paris les a confortés dans cette idée. Il avait fait partie des hommes qui avaient capturé Mouammar Kadhafi le 20 octobre 2011.

Omran Ben Chaabane s’était rendu célèbre avec une photographie, où on le voyait traîner le guide hors d'une buse dans laquelle il s’était caché.

Mais en juillet, Omrane Shaaban aurait été enlevé par des hommes armés et détenu pendant 50 jours dans la ville de Bani Walid, un ancien bastion des Kadhafistes.

Libéré en septembre, le jeune homme présente des traces de torture sur son corps et une blessure par balle près de sa moelle épinière.

Une vengeance des kadhafistes? La question est posée. Reste que la ville de Bani Walid, considérée comme leur dernier bastion, est depuis assiégé par des combattants.

Nadéra Bouazza

Infographie par Fred Hasselot

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Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

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