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François Hollande lors de son discours de Dakar, le 12 octobre 2012. © REUTERS/Joe Penney
François Hollande lors de son discours de Dakar, le 12 octobre 2012. © REUTERS/Joe Penney

La visite de Hollande en Afrique n'était que de l'enfumage

L'éditorialiste sénégalais Mamadou Oumar Ndiaye décrypte les premiers pas du président français en Afrique, qu'il juge comme un cadeau empoisonné pour le continent.

Trois petits tours puis s’en est allé. Le relativement nouveau président  français, François Hollande, a donc consacré sa première visite sur le continent africain à notre pays.

Il s’agit, assurément, d’un grand honneur pour le Sénégal que d’accueillir un hôte aussi illustre qui, —mais chût, ça ne se dit pas— ne voulait surtout pas que ses premiers pas en Afrique le mènent dans un pays aussi peu vertueux sur le plan de la gouvernance et aussi en délicatesse avec la démocratie que la République démocratique du Congo (RDC).

Or, c’est ce pays qui devait accueillir le sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) auquel, à tout seigneur tout honneur, François Hollande se devait absolument de participer. Et ce, même s’il n’y a fait que le service minimum.

Kinshasa, un passage obligé pour Hollande

Il fallait donc absolument, avant l’étape finale congolaise, trouver une escale politiquement correcte, un pays africain vertueux, fréquentable. Et ce, afin qu’il ne soit pas dit que le président «normal» du pays de la Révolution de 1789, de la fille aînée de l’Eglise, muse de la démocratie et capitale de l’Esprit, que ce président, donc, avait choisi un aussi mauvais élève de la démocratie que l’ex-Zaïre pour y effectuer son premier voyage africain.

Ça nous rappelle la pirouette à laquelle avait dû recourir son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, pour ne pas accorder sa première poignée de mains «africaine» au défunt «baobab» gabonais Omar Bongo Ondimba.

Alors que Sarkozy venait d’être élu, Bongo, qui était venu, comme par hasard, en visite en France avait demandé à être reçu en audience par lui.

Problème, puisque l’honorable Sarkozy, dans son fameux discours de Cotonou, avait justement promis de rompre avec la «Françafrique» dont ledit Omar Bongo était l’incarnation la plus caricaturale.

Le hasard faisant bien les choses, Ellen Johnson Sirleaf, première femme élue présidente de la République en Afrique, était en visite officielle dans un pays européen.

Il fut donc décidé de l’inviter dare-dare en France et de la faire recevoir par le nouveau chef de l’Etat français dont la première poignée de main «africaine» fut donc pour la présidente libérienne.

Les apparences étant sauves, Sarkozy pouvait enfin sacrifier à la corvée consistant à recevoir le pestiféré Omar Bongo. En se pinçant le nez sans doute…

Le Sénégal, un pays fréquentable

Pour Hollande aussi, cela aurait fait particulièrement mauvais genre que de commencer sa première visite officielle sur le continent par la RDC et son président mal élu, sa corruption endémique, son M23 qui tue, pille et viole dans l’Est, ses milices hutues…

Va donc pour le Sénégal. Dans notre pays, le temps fort de la visite du président français, c’est le discours qu’il a prononcé devant l’Assemblée nationale.

Certes, cette institution est très peu crédible aux yeux des Sénégalais pour qui les députés sont au mieux des applaudisseurs, au pire des dormeurs professionnels, grassement payés à ne rien faire et l’Assemblée nationale, une chambre d’enregistrement des volontés du président de la République.

Mais, enfin, les députés, même s’ils ne sont pas des stakhanovistes, ont au moins le mérite d’avoir été élus par le peuple sénégalais.

Toujours est-il que, quelles que soient ses tares, la représentation nationale constitue une excellente tribune pour s’adresser aux Sénégalais. Et, par-delà, aux Africains.

Au moins, Hollande n’aura pas répété l’offense que nous a faite son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius qui, à peine débarqué dans notre pays, avait filé aux Parcelles Assainies, au siège du mouvement Y en a marre, pour déclarer gravement que le «cœur du Sénégal bat ici».

Croyez-moi, cette parole a été plus durement ressentie dans certains milieux de notre pays que le fameux discours du président Nicolas Sarkozy et sa phrase selon laquelle l’«Africain n’est pas suffisamment entré dans l’histoire».

Mais bon, passons… Et revenons à nos moutons, surtout que c’est dans quelques jours la Tabaski (Aid el Kébir ou fête du mouton).

Mort de la Francafrique: faut le voir pour y croire!

Le président François Hollande a donc proclamé la fin officielle de la «Françafrique», cette nébuleuse de réseaux occultes, d’intermédiaires louches, trafiquants d’influence et porteurs de mallettes remplies de devises qui a tenu lieu jusqu’au mois de mai dernier —du moins, on l’espère— de politique de la France à l’endroit de l’Afrique noire.

La Françafrique est morte et François Hollande en a signé l’acte de décès. A la bonne heure! Sauf que cette Françafrique-là, on en a tellement annoncé la mort qu’elle finit par ressembler à Phénix, cet oiseau fabuleux qui, dans la mythologie grecque, renaissait sans cesse de ses cendres.

A moins qu’il ne s’agisse des sept têtes de l’hydre de Lerne qui, elles aussi, repoussaient dès qu’elles étaient coupées… jusqu’à ce qu’Hercule fut mis à contribution dans le cadre de ses douze travaux.

Tout cela pour dire que, s’agissant de cette mise à mort de la Françafrique, nous serons comme saint Thomas. Autrement dit, nous ne croirons qu’en ce que nous toucherons ou, à tout le moins, verrons de nos propres yeux.

Cela dit, la France aura beau vouloir tuer la Françafrique, elle aura beau vouloir instaurer des relations de partenariat en lieu et place de rapports de sujétion avec son ancien pré carré, cela ne servira évidemment à rien si les dirigeants africains ne se départissent pas de leur mentalité d’esclaves!

On aura beau vouloir les libérer, en effet, s’ils persistent à demander la permission à la France même pour aller au petit coin, on ne sera pas sorti de l’auberge!

Hollande a aussi promis de donner des instructions pour que soient allégées les procédures de délivrance de visas pour les meilleurs étudiants mais aussi ceux d’entre eux qui auraient les moyens de se prendre largement en charge.

Ou il s’agit là d’une version «scolaire» de la fameuse politique d'«immigration choisie» instaurée par son prédécesseur, on alors nous n’avons rien compris à son discours.

A notre avis, il s’agit pour la France socialiste de mettre la main sur le meilleur de notre jeunesse et de fourguer le reste à des pays comme le Maroc, la Tunisie et autres destinations d’émigration pour élèves et étudiants aux parents à revenus modestes.

Bien vrai que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, n’est-ce pas Michel Rocard?

Une «bonne» nouvelle pour le Sénégal

Autre bonne nouvelle annoncée du haut de la tribune de l’Assemblée nationale: les archives concernant le massacre des 32 tirailleurs de Thiaroye 44 seront remises au Sénégal.

Et ce, afin que non seulement elles soient exposées dans un mémorial mais aussi que les historiens puissent savoir dans quelles conditions exactes cette tuerie a été commise par la France coloniale sur de braves tirailleurs qui ne faisaient que réclamer leurs droits.

Enfin, le président français a promis d’aider son homologue sénégalais, Macky Sall, à rapatrier les biens mal acquis planqués dans l’Hexagone. Il n’était que temps là aussi car, comme tout le monde le sait, il ne saurait y avoir de voleurs sans receleurs.

Or, depuis plus d’un demi-siècle que nos pays ont accédé à la souveraineté internationale, les milliers de milliards de francs volés dans nos pays pauvres ont été presque intégralement planqués dans les pays européens.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les gouvernements de ces pays n’ont pas fait grand chose pour s’opposer à cette entreprise de recel à grande échelle… qui a beaucoup contribué à la croissance de leurs économies.

Que le président François Hollande nous dise donc que la France va aider à rapatrier une partie de ces fonds, on ne demande qu’à voir. Toujours est-il que, là aussi, on peut dire «à la bonne heure»!

Faut pas se leurrer!

La plupart de ces mesures, pour ne pas dire toutes, ne mangent pas de pain, on en conviendra. La plus belle fille du monde ne peut offrir que ce qu’elle a et Marianne, confrontée à une situation de crise économique sans précédent —pour ne pas dire qu’elle est en état de récession— n’a pas grand chose à offrir à nos pays en termes d’espèces sonnantes et trébuchantes.

Et ce même si le chef de l’Etat français a esquissé une piste qu’il serait intéressant d’explorer pour nos chefs d’Etat.

Il a en effet évoqué les fabuleuses réserves logées dans un compte spécial du Trésor français et censées garantir la stabilité du franc CFA. Cet argent —des centaines voire des milliers de milliards de francs— représente une partie des recettes d’exportation des Etats africains.

A ce niveau, faisons justice à l’ancien président de la République sénégalais, Me Abdoulaye Wade, qui n’a cessé de se battre pour qu’une partie au moins de cet argent soit rapatrié afin de servir à financer des projets ou des infrastructures en Afrique.

La Bceao s’y était opposée farouchement mais maintenant que François Hollande a parlé, sûr que les lignes vont  bouger.

Tout comme Sarkozy...

Mais plus que ces cadeaux symboliques, le chef de l’Etat français a apporté à l’Afrique, du moins à la sous-région ouest-africaine, la guerre!

Eh! Oui, il a parrainé à l’ONU l’adoption d’une résolution —votée en définitive— autorisant les pays de la Cédéao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) à intervenir militaire au Nord-Mali pour en chasser les rebelles islamistes et autres terroristes qui s’y sont incrustés.

Alors que l’ONU privilégiait jusque-là le dialogue avec certaines factions rebelles, que les Etats-Unis eux-mêmes faisaient de l’élection présidentielle afin de doter le pays d’institutions légitimes un préalable, qu’une puissance régionale comme l’Algérie demande elle aussi de privilégier le dialogue, le président François Hollande, lui, veut la guerre. Et le plus tôt serait le mieux!

Une guerre que feraient des soldats africains, la France se contentant d’aider sur les plans logistique, financier, du renseignement, de la formation, etc.

Cet activisme fébrile, pour ne pas dire cette agitation, de Hollande, nous rappelle trop, malheureusement, les gesticulations de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy.

Lequel avait poussé à la roue, lui aussi, à l’Onu en faveur de l’adoption d’une résolution instaurant une zone d’exclusion aérienne pour prétendument défendre les civils libyens.

On sait ce qu’il en a été: Sarkozy avait constitué une armada aérienne constituée essentiellement de chasseurs français, britanniques, américains et qataris pour non seulement bombarder les infrastructures vitales de Libye, mais aussi tuer le colonel Kadhafi et installer à sa place les rebelles de Benghazi. C’est cette chute du défunt «Guide» libyen qui est à l’origine du formidable bordel que vit actuellement le Mali au Nord de son territoire.

Hollande veut la guerre en Afrique!

Quelques mois plus tard, le même Nicolas Sarkozy arrachait du Conseil de sécurité de l’Onu l’autorisation de bombarder le palais du président Laurent Gbagbo à Abidjan.

Un palais soumis à un déluge de feu jusqu’à ce que son occupant —un chef d’Etat africain qui contestait la victoire électorale de son adversaire ! — brandisse le drapeau blanc.

Hélas, voilà que quelques mois à peine après la chute de Nicolas Sarkozy, son successeur aussi fait adopter une résolution par le Conseil de sécurité de l’Onu pour… autoriser une nouvelle intervention militaire en Afrique de l’Ouest. Dites-moi, la France n’a-t-elle donc pas autre chose à offrir à l’Afrique que la guerre?

Mamadou Oumar Ndiaye, directeur de l'hebdomadaire Le Témoin, Dakar

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Mamadou Oumar Ndiaye

Directeur de la rédaction de l'hebdomadaire sénégalais Le Témoin.

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