mis à jour le

Violences au Bénin: "une crise des valeurs et de la pratique démocratique"

Après une semaine de violents affrontements dans le centre du Bénin entre les partisans de l'ex-président Thomas Boni Yayi et les forces armées, le petit pays d'Afrique de l'Ouest, réputé pour son calme et pour son exemplarité démocratique, est sous le choc. 

A Tchaourou et Savè, des manifestants ont bloqué la principale route du pays, puis des "chasseurs" ont fait face aux soldats et à la police dans des affrontements qui ont fait au moins deux morts côté civil et une cinquantaine de blessés parmi les forces de l'ordre. Des scènes auxquelles les Béninois ne sont pas habitués et que tente de décrypter Expédit B. Ologou, politologue et président du centre d'analyse Ciaaf, basé à Cotonou. 

Comment ont été perçus les événements de la semaine dernière au Bénin?

"Quand les photos et les vidéos de Tchaourou ont commencé à être partagées sur les réseaux sociaux, beaucoup de gens n'y ont pas crû. Ce sont des scènes de fiction, pour nous Béninois. Puis, peu à peu, on a eu le sentiment qu'une partie du pays était transformée en champ de guerre, c'était la stupéfaction.  

Des manifestants bloquaient les automobilistes sur l'axe Cotonou-Parakou (la route principale du pays, artère économique), dégonflaient les pneus des voitures... Certains ont profité de la situation pour menacer les citoyens et se faire de l'argent. C'était la panique.

Une crise politique ou une guerre entre deux hommes ? 

La vie socio-politique béninoise depuis quelques années est prisonnière de la guerre des egos entre deux individus: Patrice Talon (élu en avril 2016) et Boni Yayi (président entre 2006-2016). C'est cette guerre qui structure la crise post-électorale que nous vivons. 

Patrice Talon (richissime homme d'affaires qui a notamment fait fortune dans le coton, NDLR), avant de faire carrière en politique, tirait déjà les ficelles de la scène politique béninoise en finançant les campagnes électorales de nombreux acteurs politiques. 

Il a d'ailleurs financé la campagne de Yayi en son temps, en échange de conditions financières ou d'opportunités économiques, notamment dans le domaine des douanes. 

La brouille entre les deux hommes sur fond d'accusations réciproques a conduit à l'exil de Patrice Talon aggravé par l'affaire dite de la «tentative d'empoisonnement» de Boni Yayi. Pendant cet exil, entre 2012 et 2015, Patrice Talon aurait beaucoup souffert psychologiquement. Mais aussi, son empire économique en a largement pâti.

Maintenant qu'il est au pouvoir, il semble vouloir prendre sa revanche. C'est lui qui a financé tous les politiques de ce pays, à l'exception de quelques-uns. Et donc, il semble vouloir prouver que plus rien ni personne ne peut lui résister.

Mais plus profondément, cette crise révèle la crise de certaines valeurs de notre société et de notre pratique démocratique. Il y a un vrai dépérissement de nos valeurs.

L'omniprésence de l'argent a tué les idées et les valeurs dans la vie politique du Bénin. 

Une répression disproportionnée ? 

La question n'est pas de savoir si la réaction du pouvoir face à la situation est disproportionnée ou non, mais d'abord de se demander si elle est conforme à l'Etat de droit démocratique, au respect des droits fondamentaux des citoyens béninois, notamment le droit à la vie. 

Ensuite, avec l'assignation de Boni Yayi à résidence surveillée pendant plus de six semaines sans qu'officiellement un chef d'accusation ne pèse contre lui, peut-on dire que les droits du citoyen, de l'ancien président et de l'opposant politique sont respectés ?

La situation démontre aujourd'hui que l'ancien président a encore un base de supporters fidèles. Si les élections législatives (auxquelles l'opposition n'a pas été autorisée à présenter de liste, NDLR) s'étaient tenues normalement, le score du FCBE (Forces Cauris pour un Bénin émergent, parti de Boni Yayi), aurait surement surpris. C'est un animal politique. 

Mais si les citoyens ne peuvent plus s'exprimer dans les urnes, ils s'expriment dans la rue. S'il n'y a plus de place pour le dialogue ni pour le débat, cela ne peut entraîner le pays que dans une spirale de la violence.  

On attend de voir le déroulement des prochaines échéances électorales, mais au vu des dernières semaines, on se rend compte que tout est désormais possible. 

AFP

Ses derniers articles: Afrique du Sud : accusé d'avoir trompé le parlement, Ramaphosa contre-attaque  Soudan: un détenu mort  Foot: Hervé Renard, sélectionneur français du Maroc, annonce sa démission 

crise

AFP

L'Ethiopie s'enfonce dans la crise après les assassinats politiques

L'Ethiopie s'enfonce dans la crise après les assassinats politiques

AFP

L'ex-président Boni Yayi quitte le Bénin après deux mois de crise politique

L'ex-président Boni Yayi quitte le Bénin après deux mois de crise politique

AFP

Libye: le Premier ministre Sarraj annonce une initiative pour sortir de la crise

Libye: le Premier ministre Sarraj annonce une initiative pour sortir de la crise

valeurs

AFP

Hollande: nous allons "marcher pour les valeurs que la Tunisie représente"

Hollande: nous allons "marcher pour les valeurs que la Tunisie représente"

AFP

Mondial-2014: l'Afrique envoie ses valeurs sûres

Mondial-2014: l'Afrique envoie ses valeurs sûres

salsabil chellali

La “Une” islamophobe de Valeurs Actuelles qui s’inquiète de la naturalisation des musulmans de France

La “Une” islamophobe de Valeurs Actuelles qui s’inquiète de la naturalisation des musulmans de France

violences

AFP

Violences post-électorales au Gabon: dix ans de prison requis contre un ancien deputé

Violences post-électorales au Gabon: dix ans de prison requis contre un ancien deputé

AFP

Soudan: un chef de la contestation craint plus de violences envers les manifestants

Soudan: un chef de la contestation craint plus de violences envers les manifestants

AFP

RDC: 300.000 personnes ont fui les violences en Ituri depuis début juin

RDC: 300.000 personnes ont fui les violences en Ituri depuis début juin