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Alassane Ouattara, lors d'un séjour à Paris, juillet 2012 © REUTERS/Charles Platiau
Alassane Ouattara, lors d'un séjour à Paris, juillet 2012 © REUTERS/Charles Platiau

Tribune: Non, Ouattara n'est pas en train d'échouer

Joël N'guessan, porte-parole du RDR, le parti d'Alassane Ouattara, estime qu'avec le nouveau président, la Côte d'Ivoire a retrouvé la justice sociale et la prospérité économique.

Nous avons lu avec beaucoup d’attention l’article écrit par Monsieur Philippe Duval paru le lundi 08 octobre 2012 sur le site Slateafrique.com et relayé le 10 octobre 2012 sur les sites Connectionivoirienne.net et Abidjan.net.

L'article tente de démontrer que malgré les succès économiques du président Alassane Ouattara «la Côte d’Ivoire risque de rechuter». Les nombreuses contre-vérités que nous avons relevées dans cet article nous interpellent et nous obligent à rétablir la vérité.

1— Le quai d’Orsay et des milieux d’affaires français sur Ouattara

Avant d’énumérer les sept raisons pour lesquelles selon lui «la Côte d’Ivoire risque de rechuter», M. Philippe Duval avance ceci:

«Il n'en fait qu’à sa tête. Il n’écoute pas ce qu’on lui dit... Ces réflexions reviennent de plus en plus souvent dans les couloirs du quai d’Orsay (ministère français des Affaires étrangères) et dans les officines qui travaillent à l’épanouissement des intérêts des multinationales françaises en Côte d’Ivoire.»

 La réalité est toute autre. Le président de la République de Côte d’Ivoire jouit, hier comme aujourd’hui, d’une grande amitié auprès des autorités politiques et dans le milieu des affaires français.

Le changement de pouvoir en France n’a eu aucun impact sur les relations entre la France et la Côte d’Ivoire. Ne dit-on pas que les pays n’ont pas d’amis mais des intérêts?

La longue liste d’attente des hommes politiques et hommes d’affaires français souhaitant être reçus par le président ivoirien, soit à Abidjan, soit lors de son passage en France ou en Europe en témoigne.

Contrairement à ce que prétend cet article, les hommes d’affaires français ne sont pas inquiets concernant l’avenir de la Côte d’Ivoire. Il n’ya qu’à observer le nombre de visas délivrés par jour par le consulat général ivoirien en France pour s’en convaincre: 200 à 250 en moyenne. Les vols à destination d'Abidjan sont chaque jour plein. 

2— Une justice  à géométrie variable

M. Philippe Duval tente de démontrer que, en Côte d’Ivoire, il existe une justice à géométrie variable. Il s’étonne que les proches de l’ex-président Laurent Gbagbo soient les seuls poursuivis. Il ose en plus affirmer que des milices soit disant pro-Ouattara on assassiné des centaines d’ivoiriens d’ethnie Guérés dans l’ouest du pays en avril 2011.

Premièrement, il n’existe pas de justice à géométrie variable. Concernant la crise postélectorale, il existe une justice pour tous ceux qui ont commis des crimes de sang et des crimes économiques pendant cette période.

Concernant l’assassinat de maître Emile Boga Doudou et les crimes consécutifs au déclenchement de la rébellion, nous faisons remarquer que Alassane Ouattara n’était pas président de la Côte d’Ivoire au moment où ces faits se déroulaient.

Il a même failli être tué lors de ces évènements du 19 septembre 2002. Celui qui était président de la République de Côte d’Ivoire s’appelait Laurent Gbagbo. Pourquoi ce dernier n’a pas enclenché la machine judiciaire pour que les auteurs des crimes de sang cités soient recherchés et poursuivis?

La réponse est simple: le régime de Laurent Gbagbo a consacré l’impunité comme mode de fonctionnement. Ce qui n’est pas et ne sera pas le cas sous le président Alassane Ouattara. La Justice ivoirienne est indépendante et ne saurait être à géométrie variable.

Deuxièmement, il est évoqué dans cet article des «milices pro-Ouattara». Le président Ouattara n’a pas de milice. Il a une armée régulière dénommée Force républicaine de Côte d’Ivoire (FRCI), créée en mars 2011.

3— Une base électorale qui s’effrite

L'article affirme:  

«Alassane Ouattara a été porté au pouvoir par un scrutin électoral dont la communauté internationale a jugé les résultats “incontestables»: 54,1% contre 46,9% à son adversaire. Mais, tel qu’il a été proclamé, il ne prend pas en compte les fraudes constatées par de nombreux observateurs en zone ex-rebelle, dans le nord et le centre du pays.»

  Non! Monsieur Alassane Ouattara a été régulièrement élu par la majorité des Ivoiriens. Tous les observateurs nationaux et internationaux du second tour de l’élection présidentielle ont conclu dans leurs rapports que celle-ci a été transparente, crédible et surtout exemplaire.

Le RHDP (Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix) est toujours majoritaire. Malgré les quelques divergences mineures au sein de la famille des Houphouëtistes, la cohésion est parfaite. La base électorale d'Alassane Ouattara ne saurait donc s’effriter.

Au contraire elle va se consolider avec les acquis et les grandes réalisations qui profitent aux Ivoiriens sans distinction de religion, d’ethnie ou d’appartenance politique.

4— Des soutiens militaires en grande partie acquis à Soro

Les Forces républicaines de Côte d’Ivoire ont été créées, en mars 2011, conformément à l’accord politique de Ouagadougou qui demandait que soit mise en place une armée comprenant les deux forces en présence: les Forces de défense et de sécurité (FDS) proches du président Laurent Gbagbo et les Forces armées des forces nouvelles (FAFN) dirigées proches du chef de la rébellion, qui était encore le Premier ministre de Monsieur Laurent Gbagbo au moment du déclenchement de la crise postélectorale.

C’est la fusion de ces deux forces armées qui a permis de libérer la Côte d’Ivoire. Il est donc inexact d’insinuer que les soldats burkinabè ont pris part au combat de libération de la Côte d’Ivoire. Par ailleurs, il est bon de rappeler que la France est intervenue en Côte d’Ivoire sur mandat du Conseil de sécurité de l’ONU.

5— L'ombre de Gbagbo

L'article prétend encore:

«Eloigné à La Haye, où il est détenu depuis le 29 novembre 2011, l’ex-président continue de hanter la politique ivoirienne. Ses partisans exigent toujours sa libération comme préalable à une éventuelle réconciliation.»

Il est vrai qu’il y a beaucoup de bruit au sujet de l’ex-président ivoirien actuellement incarcéré à La Haye. Cela est logique et normal.

Car, ses partisans, n’ayant plus d’ancrage politique se servent de son hypothétique libération pour exister politiquement. Ils en ont fait un élément de chantage par rapport à la réconciliation.

Cependant nous faisons remarquer que l’ombre des victimes du refus de Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir après sa défaite est plus importante que son ombre à lui. Les victimes et leurs parents attendent avec impatience réparation.

Le véritable risque que notre pays court est de voir les parents des victimes un jour se révolter et chercher à se venger au regard de la lenteur avec laquelle la justice internationale gère ce dossier.

Heureusement qu'Alassane Ouattara a su calmer les désirs de vengeance des parents des victimes. Il est le président de tous les Ivoiriens et il s’opposera par tous les moyens aux actes de vengeance.

6— La menace d’une crise sociale

La réalité est toute autre: les Ivoiriens vivent dans un meilleur environnement que sous l’ère Gbagbo. En moins d’un an, les Ivoiriens se sont remis au travail.

Les infrastructures économiques, sanitaires et éducatives ont été restaurées. Les routes et les pistes rurales, les hôpitaux et les centres de santé, les écoles et les universités, l’hydraulique villageoise et l’électrification rurale ont reconstruites.

Des millions de kits scolaires distribués gratuitement ont rendu possible le bon déroulement des cours. Des dizaines de milliers de kits d’accouchement ont été distribués gratuitement dans les centres de santé et dans les maternités.

Au plan économique, l’on est passé d’un taux de croissance de 4,3% en 2011 à 8,6% en 2012. La Côte d’Ivoire a atteint le point d’achèvement de l’Initiative PPTE. Alors d’où vient ce tableau sombre?

7— La réconciliation en panne

Concernant la réconciliation nationale, nous faisons remarquer qu'une Commission Dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) a été mise en place. Par la suite, le gouvernement a mis en place un cadre de Dialogue républicain pour permettre à l’opposition d’exposer ses souhaits en vue d’apaiser le climat social tendu comme c’est toujours le cas après une guerre.

Il a été proposé sans succès au FPI d’entrer au gouvernement et de prendre part aux élections législatives. Un appel a été lancé à tous ceux qui sont en exil. Certains, les plus nombreux, sont revenus et ne sont pas du tout inquiétés. Il est donc inexact de dire que Alassane Ouattara est dans une «vindicte judiciaire».

Ce sont ceux qui ont commis des crimes graves (crimes de sang et crimes économiques) qui sont traduits devant les tribunaux. Ce sont ceux qui veulent déstabiliser la Côte d’Ivoire en menant des actes terroristes qui sont poursuivis. La réconciliation n’est pas en panne. Les Ivoiriens ont réappris à se fréquenter et à vivre ensemble. Ils ont retrouvé le chemin des champs et des écoles sans s’entretuer.

8— Un Etat de droit un peu tordu

C’est seulement maintenant que la Côte d’Ivoire renoue avec l’Etat de droit après 10 ans d’impunité et de gabegie.

Les crimes de sang de l’ex-régime restés impunis (assassinats des personnalités politiques par les escadrons de la mort, meurtres des opposants en mars 2004, etc.) ainsi que les nombreux scandales économiques et humanitaires (déversement des déchets toxiques dans la ville d’Abidjan, vol de plus de 800 milliards de francs CFA dans la filière café-cacao, braquage de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest pendant la crise postélectorale, etc.) sont encore présents dans nos esprits.

Alassane Ouattara l’a promis. Il n’y aura plus d’impunités.

Joël N'guessan, porte-parole du RDR (Rassemblement des Républicains, au pouvoir en Côte d'Ivoire)

 

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