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Les 10 terrains de jeu favoris des soldats français en Afrique

A l’heure d’une énième «rupture» annoncée, retour sur trente ans d’interventions militaires françaises en Afrique. Palmarès des destinations les plus prisées par les troufions gaulois. Texte et dessins de Damien Glez.

Le 15 octobre, les parlementaires français du Front de gauche, poil à gratter de la majorité «hollandaise», annonçaient avoir déposé, devant l'Assemblée nationale, la demande de création d’une commission d’enquête parlementaire sur le meurtre du président burkinabè Thomas Sankara, en 1987.

Sylvie Jan, représentant le Parti communiste français membre du Front, précisait, lors d’une conférence de presse à Ouagadougou, la capitale burkinabè, que la France était «citée comme ayant trempé dans cet assassinat, avec les Etats-Unis».

Au début de ce mois d’octobre, le quotidien italien Il Corriere della Sera affirmait, presque un an après la mort du colonel Kadhafi, que le guide de la Jamahiriya libyenne aurait été exécuté d’une balle dans la tête par un agent secret… français.

A 25 ans d’intervalle, les pistoleros gaulois auraient-ils fait office d’exécuteurs en terre africaine?

Le mythe du brave soldat migrant vers des contrées aussi hostiles qu’inconnues fait toujours recette dans l’inconscient collectif français.

Dans les écoles primaires, les chères «petites têtes blondes» adeptes de pains au chocolat fredonnent encore la comptine du XVIIIe siècle:

«Marlbrough s'en va-t-en guerre / Mironton, mironton, mirontaine.»


Depuis quelques décennies, on pourrait chanter «Marlbrough s'en va à Kolwezi» ou «à N’Djamena» ou «à Moroni».

Curieusement, si l’on en croit l’écrivain Chateaubriand, cette mélodie enfantine aurait été empruntée aux Arabes durant les croisades, avant de galvaniser ou railler les virées d’anciens colonisateurs vers des terres exotiques…

Le régime de Hollande danse une carmagnole

Cherchant comment réchauffer le terme «rupture» trop galvaudé, le régime de François Hollande danse une sorte de carmagnole —chorégraphie qui tourne en rond tout en s’accompagnant d’interminables paroles— pour ne pas engager directement de troupes dans une éventuelle reconquête militaire du Nord-Mali.

Faudra-t-il s’habituer à une ligne diplomatique moins hypocrite vis-à-vis des régimes douteux mais moins interventionniste militairement?

Pourtant, les bottes françaises ont souvent foulé la latérite du continent noir. Et pas uniquement dans ces bases officielles propices aux douces villégiatures, de Dakar à Djibouti, casernes notamment dédiées à la coopération et à la protection des expatriés. Officielles, officieuses ou fantasmées, les interventions gauloises furent… légion.

Palmarès des dix destinations les plus fréquentées par des soldats français de tout poil, ces trente dernières années, lors d’opérations portant bien souvent de joli nom d’animaux…

10e — Le Togo, destination hors des grands circuits traditionnels

Idéale pour travailler dans la discrétion. Sauf qu’en 2010, un incident opposa un militaire français à un photographe togolais.

Filmée, l’anecdote rappela qu’il y avait quelque accointance militaire franco-togolaise. Et qu’en 1986, 150 paras français avaient été catapultés à Lomé, la capitale, pour prêter main-forte au «Grand Timonier» Gnassingbé Eyadéma, à la suite à une tentative de coup d'Etat. Protéger papa Gnassingbé, quoi de plus galvanisant?…

9e  — Le Gabon, lieu de villégiature généralement calme

En 1990, il se déroula dans ce pays, «l’opération Requin». A la suite à des émeutes à Libreville et Port-Gentil, 2.000 soldats français durent évacuer 1.800 ressortissants étrangers et porter assistance à l’autre président indéboulonnable de l’Afrique de l’Ouest: papa Bongo.

8e — La Somalie et l'Opération Oryx

La France ne s’est embourbée que du bout des orteils dans le chaos somalien, en intervenant notamment lors de l’Opération Oryx, puis sous couvert de l'intervention américaine «Restore Hope», de 1992 à 1994, avec 2100 Français. Les militaires «hexagonaux» continueraient tout de même à s’impliquer dans ce tout ce qui se passe dans cette partie de la Corne de l’Afrique… 

7e — Les Comores, la presque France

Les Comores, c’est un peu la France, l’archipel comportant géographiquement le département d’outre-mer français Mayotte, écheveau indénouable de questions migratoires.

En 1989, La France débarquait dans l’Union des Comores, après l'assassinat du président Abdallah. En 1995, les Comoriens assistaient à un étonnant affrontement franco-français, quand 600 membres du GIGN, des commandos marine de Djibouti et du deuxième régiment de parachutistes d'infanterie de marine de La Réunion déclenchèrent l’Opération Azalée, mettant en échec un coup d'Etat fomenté par le barbouze gaulois Bob Denard contre le président Saïd Mohamed Djohar. Ngazidja, Ndsouani et Moili étant des îles d’origine volcanique, la politique ne pouvait qu’y être sulfureuse…

6e — Le Rwanda, destination traumatique

Dès 1990, l’Opération Noroît organise un soutien au régime Habyarimana, assurant l’évacuation des ressortissants français, quand le régime réprime l'opposition tutsie.

En 1994, au début du génocide, c’est dans le cadre de l’Opération Amaryllis que 500 soldats français évacuent 1.400 étrangers. L’Opération Turquoise, avec 2.500 hommes, aura, elle, pour vocation officielle de venir en aide aux réfugiés. La France n’échappe toujours pas aux accusations dont elle fait l’objet, à propos de son rôle pendant cette période trouble.

5e — La Libye et l'Opération Harmattan

Sous le nom de code Opération Harmattan, l’expérience de 2011 se voulut expéditive (et du coup peut-être bâclée), du bout des doigts (puisque sous couvert de l’OTAN et sans intervention terrestre), mais à gorges déployées (celles du président Sarkozy et du philosophe Bernard-Henry Levy).

Même si l’intervention était internationale, la France était en première ligne et les forces françaises restèrent sous le contrôle opérationnel de leur chef d'état-major des armées.

Ce bac à sable pour héros français en mal de popularité se révéla dispendieux, coûtant 300 millions d'euros à la France dont le budget des opérations extérieures dépassa, pour la première fois, le milliard d'euros.

A-t-on chiffré la balle qui traversa le front de Mouammar Kadhafi?

4e — La Centrafrique et les compositions hasardeuses de la France

Ça sent la vieille rengaine du «je t’aime moi non plus» qui date de l’époque de l’empereur Bokassa. Plus la France se méfie du régime, plus elle semble tenter des compositions hasardeuses.

Les coups de feux français furent fréquents en RCA, et pas seulement ceux du fusil de chasse de Valéry Giscard d’Estaing.

En 1996 et 1997, ce ne sont pas moins de deux opérations —«Almandin I» et «Almandin II»— qui déployèrent 2.300 hommes pour neutraliser des mutineries centrafricaines, puis pour rétablir l'ordre à Bangui, après l'assassinat de deux militaires français.

En 2006, le pouvoir de François Bozizé n’aurait résisté à la rébellion que grâce à la participation d'avions et de militaires français.

3e — La Côte d’Ivoire et les secrets de la Licorne

La France et la Côte d’Ivoire, c’est une vieille amourette économico-politique chargée de nostalgie.

Entre 2002 et la crise postélectorale, l’Opération Licorne mobilisera jusqu’à 4.600 soldats, pour des raisons officielles plus honorables les unes que les autres, entre interposition et protection des Européens.

Comme dans le dénouement burkinabè de 1987 ou le libyen de 2011, on accusa l’armée française, à l’arrestation de Gbagbo, d’avoir pris des rênes qui ne lui étaient pas dévolus. Chuuuut

2e — Le Congo-Kinshasa et ses opérations tous azimuts

Les interventions françaises y furent si régulières qu’elles pourraient alimenter un feuilleton. Elles inspirèrent d’ailleurs le long-métrage La légion saute sur Kolwezi qui relate les opérations du sauvetage de 3.000 coopérants européens et américains pris en otages par des rebelles katangais, en mai 1978.

Et puisque la France assura la stabilité de papa Eyadéma et papa Bongo, pourquoi pas celle de papa Mobutu?

En 1991, 1.000 soldats étaient envoyés à Kinshasa après des manifestations d’opposition. En 1994, l’Opération Turquoise débordera du Rwanda vers l’est du Zaïre. En 1998, l’Opération Malachite permettra l’évacuation de 2.500 étrangers de Kinshasa. En 2003, dans l’Ituri, c’est sous couvert de l’Opération Artémis que Paris fournira l'essentiel du contingent onusien en RDC…

1er — Le Tchad, tout un symbole en Afrique

Les épopées militaires au pays de Toumaï semblent le symbole des interventions françaises récurrentes en Afrique.

En 1983, c’est au secours du président Hissène Habré que vient l’Opération Manta et ses 4.000 soldats français. Dès 1986, les 900 militaires de l’Opération Epervier mettent en place un dispositif «anti-libyen», suite au franchissement du 16e parallèle par les forces armées de Kadhafi.

Extraordinaire longévité pour une opération de ce type: ce n’est qu’en 2010 que le président Idriss Déby remettra en cause la présence d’un millier de militaires français au Tchad; après avoir bénéficié de la participation d'avions, lorsqu’il était affaibli par la rébellion; les avions d’une France gênée aux entournures après l’Affaire de l’Arche de Zoé, en 2007…

L’armée française cessera-t-elle d’intervenir en Afrique, en dehors du déploiement de corridors d’évacuation de ses ressortissants?

Les bidasses pourraient alors être recyclés dans des territoires encore plus «dangereuses» que les contrées désertiques africaines: les banlieues françaises.

Damien Glez

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Damien Glez

Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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