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Manifestation de salafistes à Tunis, septembre 2012. © REUTERS/Zoubeir Souissi
Manifestation de salafistes à Tunis, septembre 2012. © REUTERS/Zoubeir Souissi

Comment l'Occident a libéré les djihadistes de leurs chaînes

En contribuant à déboulonner Ben Ali, Kadhafi et Moubarak, les Occidentaux ont semé le vent pour récolter une tempête islamiste qui risque de faire beaucoup de dégâts.

Les grands stratèges et prévisionnistes occidentaux avaient-ils prévu la suite, lorsqu’ils encourageaient (le mot est faible, surtout en ce qui concerne la Libye) le déboulonnage des dirigeants de la Tunisie, de la Libye et de l'Egypte?

Il est vrai que nous avions affaire à des dictateurs qui s’accrochaient au pouvoir depuis des décennies; mais avait-on pensé à ce que deviendrait cette région du monde après la chute brutale de ces régimes?

On pourrait nous rétorquer que ce que l’on a appelé le «printemps arabe» était la volonté des populations de ces pays qui en avaient assez de leur pauvreté et/ou de leurs dictateurs, mais, pour ce qui concerne au moins la Libye, Mouammar Kadhafi ne serait pas tombé, du moins pas aussi rapidement, sans les bombardements des Français, Anglais et Américains.

Et de nombreux observateurs continuent de s’interroger sur l’identité réelle des forces qui l’ont tué.

Les stratèges occidentaux avaient-ils prévu qu’un pays comme le Mali serait la première victime collatérale de la chute du dictateur libyen? Peut-être.

Effet boomerang

Peut-être avaient-ils effectivement prévu que les armes amassées par Kadhafi durant ses quarante ans de pouvoir mégalomaniaque seraient dispersées et pourraient affecter des pays tels que le Niger et le Mali où existait un irrédentisme touareg.

Mais, c’était peut-être ce qu’ils avaient justement prévu.

Ne contrôle-t-on pas mieux les richesses d’un pays lorsqu’il est déstabilisé? On a vu la totale indifférence des Occidentaux devant les crimes des barbus surgis du Moyen-Age, au nord du Mali.

Ce sont les destructions des monuments de Tombouctou qui les ont fait tousser un peu. Mais il est certain qu’ils n’avaient pas du tout prévu que des Libyens s’en prendraient au consulat américain de Benghazi, et que cela coûterait la vie à l’ambassadeur des Etats-Unis et à quelques-uns de ses collaborateurs.

Ils n'avaient pas non plus prévu que des Tunisiens s’en prendraient à l’ambassade et à l’école américaines à Tunis. Que des Pakistanais, Afghans ou Iraniens le fassent, c’est dans l’ordre normal des choses. Mais que des Tunisiens, Libyens ou Egyptiens qu’ils ont aidés à se libérer de leurs dictateurs le fassent, c’est qu’il y a quelque chose qui n’a pas marché et que les stratèges et prévisionnistes n’avaient pas intégré dans leurs calculs.

Les dictateurs amis de l'Occident

Certes, les différents gouvernements de ces pays se sont excusés, plus ou moins sincèrement, on a mis les exactions sur le dos des salafistes, mais force est de constater que ce n’était ni sous Ben Ali ni sous Moubarak que des salafistes auraient attaqué une ambassade ou une école américaine.

Les ex-dirigeants tunisien et égyptien étaient certes des dictateurs, mais ils avaient réussi à contenir les djihadistes et autres extrémistes dont l’unique ambition dans la vie est de détruire l’Occident, en commençant par les Etats-Unis et Israël.

Kadhafi avait, certes, commencé sa carrière de dictateur en se proclamant ennemi de l’Occident, mais sur la fin, il avait réussi à devenir l’ami de ce même Occident dont certains représentants l’ont même reçu en grande pompe dans leurs palais.

Kadhafi, Moubarak et Ben Ali sont tombés, avec le soutien plus ou moins actif des Occidentaux, et ce sont des régimes islamistes qui sont en train de les remplacer. Or, à quoi rêve toutes les nuits un islamiste normalement constitué, qu’il soit modéré ou non? Voir de son vivant l’Occident détruit et l’islam imposé comme religion partout dans le monde, et si possible au-delà.

Le guêpier malien

L'islam de l’islamiste est ce qui se pratique en ce moment au nord du Mali, c’est-à-dire un islam où l’on lapide à mort ceux qui forniquent sans être mariés, où l’on coupe les mains et les pieds des voleurs.

En contribuant à déboulonner Ben Ali, Kadhafi et Moubarak, les Occidentaux n’ont-ils pas semé le vent pour récolter la tempête islamiste qui risque de faire beaucoup de dégâts?

Aujourd’hui, c’est le nord du Mali qui souffre. Mais si les barbus, qui occupent cette partie du pays, s’y installent durablement, parce que personne n’aura réussi à les en déloger, ce qui risque d’être le cas devant les tergiversations des Maliens, s’ils en font un second Afghanistan des talibans, si, dans le même temps, des régimes islamistes, modérés ou pas, prennent le pouvoir en Tunisie, en Libye ou en Egypte, nous pourrons gager que l’objectif principal de tout ce monde ne sera pas d’islamiser le reste de l’Afrique, mais de détruire l’Occident, en commençant par ce qui est à leur portée, à savoir l’Europe.

Venance Konan (Fraternité Matin)

 

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Venance Konan. Ecrivain et journaliste ivoirien. Il a notamment publié le roman Les Prisonniers de la haine.

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