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Joseph Kabila (RDC) et François Hollande (France), sommet de la Francophonie, Kinshasa, 13 octobre 2012. JUNIOR DIDI KAN/ AFP
Joseph Kabila (RDC) et François Hollande (France), sommet de la Francophonie, Kinshasa, 13 octobre 2012. JUNIOR DIDI KAN/ AFP

Hollande avait beau gronder, il ne pouvait pas snober Kinshasa

Si le président français a fini par se rendre à Kinshasa, malgré ses vives critiques, c'est d'abord parce la démocratie a souvent été soluble dans les intérêts économiques.

La démocratie est-elle soluble dans la Francophonie? Après avoir longuement hésité, le président français, François Hollande, a fini par se rendre à Kinshasa, pour participer au sommet de la Francophonie.

Pourquoi a-t-il hésité? Parce que, selon lui, la République démocratique du Congo ne serait pas très démocratique, contrairement à ce que laisse entendre son nom.

Je suppose donc que le président français hésitera beaucoup avant de se rendre dans bon nombre de pays, au rang desquels la Chine, l’Arabie saoudite, le Qatar, la Russie et une grosse partie de nos pays africains, puisqu’ils sont loin de correspondre aux critères démocratiques occidentaux.

Pourquoi le Chef de l’Etat français a-t-il finalement choisi d’aller à Kinshasa? Pour les mêmes raisons qui le pousseront à se rendre en Chine, au Qatar, en Arabie saoudite, etc., c’est-à-dire pour des raisons économiques.

Il est connu depuis longtemps que la démocratie a toujours été très soluble dans les intérêts économiques. Dans le cas de la République très peu démocratique du Congo, il faut aussi ajouter, comme autre raison impérieuse du voyage présidentiel français, la Francophonie.

Eh oui! Vous ne le savez peut-être pas, mais on parle beaucoup plus le français dans nos chaudes contrées que dans le reste du monde.

Et la très peu démocratique République du Congo, non contente d’être un pays aux fabuleuses richesses qui font saliver tous les pays industrialisés en quête de matières premières et de croissance, est aussi le plus grand au monde où l’on parle le français.

Cela peut bien justifier que le président français taise ses scrupules et s’y rende.

En prenant quelques précautions cependant. Il a, d’abord, à deux jours de son voyage, poussé un bon coup de gueule contre le régime congolais qui ferait des choses inacceptables contre la démocratie et les droits de ses opposants.

Cela a, bien sûr, rempli de bonheur lesdits opposants et tous ceux qui déconseillaient à François Hollande d’aller en RDC pour cause de déficit démocratique, et lui a donné bonne conscience pour y aller.

Le sauf-conduit de Dakar

C’est comme tous les Chefs d’Etat européens, surtout français, qui s’imposent de dire deux mots sur les droits de l’homme aux autorités chinoises lorsqu’ils se rendent dans leur pays, pour se donner bonne conscience avant de parler gros sous.

Ensuite, il a fait escale à Dakar sur le chemin de l’aller, pour que l’on ne dise pas que le premier pays africain qu’il ait visité, en tant que président français est un pays qui fait des choses inacceptables sur le plan de la démocratie.

Le Sénégal, tout le monde le sait, c’est le pays africain démocratique par excellence, l’un de ceux où il n’y a pas (encore) eu de coup d’Etat, le pays où le président sortant battu aux élections appelle son tombeur au téléphone pour le féliciter. On l’a vu avec Abdou Diouf, on l’a vu avec Abdoulaye Wade. On ne l’a pas vu avec Laurent Gbagbo, en Côte d’Ivoire, mais c’est une autre histoire.

Donc, François Hollande a pris son bain de démocratie à Dakar, où il a tenu un discours qui n’a énervé personne, avant d’aller plonger dans le marigot un peu nauséabond de la République très peu démocratique du Congo.

Il a ménagé la chèvre et le chou en faisant savoir ce qu’il pense du régime de Kabila fils, mais tout en le soutenant contre le M23, et derrière ce mouvement, le Rwanda, puis il a reçu Etienne Tshisekedi, l’opposant éternel qui en était tout heureux.

Tout le monde a apprécié tout cela à sa façon. Et après? La démocratie dans ce pays sera-t-elle plus acceptable après ce sommet de la Francophonie? Il ne faut pas rêver. Si les choses changent dans ce pays, ce ne sera certainement pas grâce à la Francophonie.

Cela fait longtemps que les Congolais parlent le français. Tout comme beaucoup d’autres Africains qui vivent sous des dictatures. Et ce ne sont pas les coups de poing sur la table, les coups de menton et autres menaces des présidents français qui accéléreront les choses.

La carotte et le bâton

On se souvient du fameux discours de François Mitterrand à La Baule en 1990, que certains veulent voir comme le discours fondateur de la démocratisation de l’Afrique.

Mitterrand avait même menacé de nous couper les vivres si nous ne devenions pas des démocraties. Vingt-deux ans plus tard, on peut constater que l’homme noir d’Afrique n’est pas encore suffisamment entré dans l’histoire de la démocratie.

De l’autre côté, on peut aussi constater que des pays africains démocratiques, comme le Sénégal, par exemple, n’ont pas attendu que quelqu’un d’extérieur les oblige à le devenir.

Alors? Alors, les Congolais, comme tous les autres Africains qui ne le sont pas encore, deviendront vraiment des démocrates quand ils seront prêts.

Pour bâtir une démocratie, il faut des démocrates. Des leaders démocrates, des peuples démocrates. C’est loin d’être encore le cas dans la plupart de nos pays.

Et ceux qui se proclament le plus bruyamment démocrates sont généralement des dictateurs qui s’ignorent ou qui cherchent à duper leur monde.

Venance Konan (Fraternité matin)

 

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Retrouvez aussi notre dossier Francophonie: un avenir africain

Venance Konan

Venance Konan. Ecrivain et journaliste ivoirien. Il a notamment publié le roman Les Prisonniers de la haine.

Ses derniers articles: Les pro-Gbagbo ne démordent pas  Comment en finir avec les prédateurs  Les conditions de l'émergence 

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