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Ebola: caméras thermiques et inquiétude

La scène se déroule jeudi au poste-frontière de Mpondwe, entre la République démocratique du Congo et l'Ouganda: une caméra thermique a détecté une température anormalement élevée chez une jeune femme qui est immédiatement conduite à l'écart et placée en observation.

Une heure plus tard environ, le personnel de santé décide de laisser partir Mulefu Kyakimwa, une vendeuse d'huile végétale de 32 ans, ayant conclut que sa légère fièvre ne pouvait être causée par le virus Ebola.

Les personnels de santé déployés le long de la frontière poreuse longue de plus de 800 km sont sur les dents: l'épidémie de virus Ebola, qui sévit en RDC depuis août 2018, a finalement traversé la frontière ces derniers jours.

Une grand-mère de 50 ans et son petit-fils de cinq ans ont succombé au virus ces deux derniers jours. Un autre enfant de la même famille est lui aussi atteint.

La famille s'était rendue courant mai en RDC voisine au chevet d'un proche lui-même atteint du virus et qui a succombé fin mai.

L'arrivée d'Ebola "n'est pas une surprise. Nous nous y attendions. Les gens traversent la frontière en permanence et il y a beaucoup d'échanges de part et d'autre", explique Dorcus Kambere, une serveuse de bar de 29 ans.

A Mpondwe, quelque 25.000 personnes traversent chaque jour la frontière. Depuis de nombreux mois, ils doivent se plier à des mesures sanitaires strictes, qui ont vraisemblablement permis d'éviter une propagation plus précoce du virus côté ougandais.

Les piétons comme les conducteurs doivent passer par une tente équipée d'un scanner thermique qui détecte la fièvre.

- 'Comment être sûrs?' -

Des militaires déployés au poste-frontière s'assurent que tout le monde passe par cette tente, où le lavage des mains au désinfectant n'a rien de facultatif.

"C'est comme ça tous les jours depuis le début de l'épidémie Ebola" en RDC, témoigne Ambrose Nyakitwe, un commerçant ougandais de 34 ans tout juste rentré du côté congolais.

"Et c'est très bien ainsi: j'ai une famille et je veux m'assurer qu'ils ne risquent pas d'être infectés", ajoute-t-il, après avoir passé le contrôle thermique.

Aux abords du poste-frontière et de son habituelle effervescence, la vie semble poursuivre son cours comme si de rien n'était: ici, des enfants s'ébattent dans les eaux boueuses de la rivière Lhubiriha, qui sépare les deux pays; là, une serveuse sert une galette à un de ses clients, les mains nues.

Mais derrière ce semblant de normalité, des résidents se posent de nombreuses questions.

"Nous ne sommes pas à l'abri. S'ils disent que des gens avec Ebola ont traversé la frontière, comment être sûrs qu'il n'y en a pas beaucoup d'entre eux qui pourraient nous infecter et qui n'ont pas été encore localisés?" s'inquiète Bernadette Bwiso, commerçante à Bwera, la localité voisine du poste-frontière, côté ougandais.

"Le gouvernement doit lancer une opération de recherche maison par maison,", avance la jeune quadragénaire.

Pour la ministre ougandaise de la Santé, Jane Ruth Aceng, le principal défi demeure les points de passage non officiels sur la frontière. Connus sous le nom de "panyas" dans la langue locale, ils se résument souvent à des planches de bois pour franchir la rivière ou un simple sentier dans la foret, et ne font l'objet d'aucune surveillance.

Pour limiter les risques de propagation, les autorités ougandaises ont décidé de suspendre les jours de marché jusqu'à nouvel ordre et appelé la population à éviter de se serrer les mains ou de se serrer dans les bras.

AFP

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