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Tunisie - Les journalistes se rebiffent contre le verrouillage gouvernemental

Ils ont rêvé d’une presse libre, ils ont vite déchanté. Las d’être muselés, les journalistes tunisiens ont décidé de faire grève le 17 octobre, rapporte le site tunisien Tekiano.

C’est le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) après «épuisement de toutes les voies de dialogue avec le gouvernement», qui a pris cette décision. Et l'initiative est soutenue par l'Union des journalistes arabes qui a appelé à une heure de grève le même jour.

La SNJT appelle «à garantir le droit d'accès du journaliste à l'information, conformément au décret n°41 en date de l'année 2011 et à reconsidérer les récentes "nominations unilatérales" et "parachutées" à la tête des établissements médiatiques publics», rapporte le site français Méditérannée.

Et pour cause:

«sous prétexte de nettoyer la presse des restes de l’ancien régime, Ennahda installe ses hommes à la tête des grands médias et tente de soumettre les journalistes qui protestent et ne veulent pas rentrer dans les rangs», indique le site français Méditérannée.

Par exemple, les émissions matinales «Chocolat chaud» et «Café noir», «qui rebondissaient sur l'actualité politique, sociale et culturelle, sur un tempo jugé un peu trop critique», expliquent leurs animatrices Najoua Zouhair et Nedia Haddaoui, ont disparu des ondes de Radio-Tunis International, rapporte le quotidien français Le Figaro.

En juin, le directeur de Radio-Tunis a cédé la place à «un simple technicien». Une ascension fulgurante qui doit tout, selon les deux jeunes femmes, à une sympathie sans réserve pour Ennahda, le parti islamiste au pouvoir, toujours selon la même source.

«À l'approche du ramadan, monsieur nous a demandé de rebaptiser ces deux émissions, sous prétexte que parler de chocolat et de café frisait le sacrilège en période de jeûne. Nous avons refusé.» Les deux femmes ont été du même coup suspendues d'antenne.

Obnubilé par les élections de juin prochain, le gouvernement est accusé de vouloir phagocyter la presse. En outre, le gouvernement se tire lui-même une balle dans le pied en tentant de se justifier avec des propos maladroits:

«Pas question de laisser certains médias se transformer en tribunes d'opposition à l'action du gouvernement», a lâché Rafiq Abdessalem, le chef de la diplomatie. Tout en ajoutant que l'objectif est de les «assainir en écartant les symboles de l'ancien régime», rapporte Le Figaro.

Le mouvement proche d'Ennahda Ekbes, appelle à boycotter tous les médias le 18 octobre et lance sa campagne sur Facebook:

«Ne lisez pas leur journaux, n'écoutez pas leurs radios, ne regardez pas leurs chaînes (...) Nous leur disons "Sans vous, la Tunisie est meilleure"».

 

Lu sur Tekiano, Méditérannée et Le Figaro

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