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Des enfants congolais du Nord-Kivu jouent dans le camp de réfugiés de Kisoro en Ouganda, 13 juillet 2012. REUTERS/James Akena
Des enfants congolais du Nord-Kivu jouent dans le camp de réfugiés de Kisoro en Ouganda, 13 juillet 2012. REUTERS/James Akena

Congo Week: la paix en RDC se gagne aussi à Paris

Face à la situation de crise en RDC, le mouvement pour la paix de la diaspora congolaise ne cesse de s'étendre à travers le monde. Pour la première fois, Paris reprend le flambeau.

«Soutenir les jeunes Congolais qui militent pacifiquement à l’intérieur et en dehors de leur pays

Tel est le credo de Maurice Carney, co-fondateur et directeur exécutif de l'ONG américaine Friends of the Congo, basée à Washington, qui œuvre à alerter la communauté internationale sur la crise en République démocratique du Congo

Carney insiste sur le rôle joué par la diaspora. Afin de procurer une plateforme aux voix congolaises et africaines, Friends of the Congo a initié en 2008 la Congo Week.

Depuis, près de soixante pays et plus de trois cents universités y ont participé à travers le monde. C'est une semaine d’activités qui se déroule chaque année vers la mi-octobre et qui vise à informer et ouvrir un espace de dialogue en vue de la paix en RDC. 

Selon le rapport Mapping des Nations unies, publié en octobre 2010, le Congo connaît le conflit le plus meurtrier, depuis la Seconde Guerre mondiale.

Depuis 1996, plus de six millions de personnes ont péri et des centaines de milliers de femmes ont été systématiquement violées. A l'occasion de la Congo Week, des universitaires, intellectuels, artistes et membres de la société civile des quatre coins du monde se joignent au peuple congolais pour commémorer les millions de vies perdues dans cette guerre mise sous silence.

Néanmoins, «il est très important de souligner que la Congo Week ne parle pas uniquement de la tragédie au Congo, mais parle aussi du potentiel du pays, particulièrement le potentiel humain», précise Kambale Musavuli, porte-parole de Friends of Congo à New-York et chargé de la Congo Week à Harlem. 

Génération issue de la diaspora

Des artistes à San Francisco et Oakland, des activistes à Montréal et Toronto, des jeunes à Londres ou à New-York, des associations en Afrique du Sud et en Argentine, des étudiants à Nairobi ou en Nouvelle-Zélande, ont déjà rejoint le mouvement mondial de la Congo Week.

Durant les années 2000, des activistes congolais agissent de concert en Hollande, en Allemagne, en Grande-Bretagne ou encore en Belgique. Plusieurs marches pacifiques ont été organisées, où se sont aussi joints en solidarité des Européens, bien que la majeure partie des manifestants soit issue de la diaspora congolaise.

En France, «c’est vraiment depuis les élections de 2006 en République démocratique du Congo, que les jeunes de la diaspora ont commencé à s’intéresser à la situation au pays», raconte Rebecca, une jeune diplômée parisienne.

En 2012, la première grande édition de la Congo Week a lieu à Paris, réunissant des membres de la diaspora congolaise.

Engagée dans le combat pour la paix au Congo depuis 2007, Rebecca a participé en été 2011 à la marche Paris-Bruxelles, durant laquelle des femmes et des hommes de la diaspora congolaise ont parcouru quelques 300 km pour dénoncer de manière pacifique les crimes commis en RDC.

«On a eu un très bon accueil en France, notamment à Valenciennes, les gens nous apportaient des collations et des mots chaleureux de soutien», se souvient-elle.

Rebecca est née en France, de parents congolais qui sont venus au début des années 1970 comme réfugiés politiques. Rebecca fait partie de cette génération ayant vécu à l’extérieur du Congo, ayant fait l’expérience de la démocratie et qui finalement reprennent le combat de leurs parents pour la paix.

Un sentiment d'impuissance

A la chute de Mobutu Sese Seko (deuxième président) en 1997, la nouvelle République démocratique du Congo se voit précipitée dans la guerre, des groupes armés sévissent déjà à l’est du pays, c’est alors qu’Olivier, jeune Congolais aujourd’hui âgé de 35 ans, doit fuir son pays.

«J’ai pu partir en Europe, mais d’autres n’ont pas eu cette opportunité. Ceux qui militent pour la paix et la démocratie au pays exposent quotidiennement leur vie et celles de leur famille.»

Activiste des droits de l’Homme, Olivier ne cache pas ce sentiment de culpabilité que peuvent éprouver des membres de la diaspora congolaise.

«On entend parler de millions de victimes à l’est du Congo, nous, Congolais établis en Europe, nous nous sentons parfois impuissants, on se demande, qu’est-ce que nous pouvons faire pour arrêter ça?».

L'action de la diaspora congolaise en Occident apparaît comme un relais vital pour les activistes de la paix restés en RDC.

«Nous sommes l’échos de nos compatriotes qui militent sur place au Congo pour la démocratie», assure Olivier.

Les Congolais établis à l’intérieur et à l’extérieur du pays restent en lien notamment à travers les réseaux sociaux, qui jouent un rôle important dans la diffusion de l’information.

Cela a été particulièrement manifeste lors des dernières élections présidentielles de novembre 2011, «ça a beaucoup bougé, les Congolais à travers le monde communiquaient à travers Internet et surtout Facebook, beaucoup souhaitaient le départ de Joseph Kabila», témoigne Rebecca.

La mobilisation de la diaspora en Occident s’est alors intensifiée. Dans l’impossibilité de voter, des centaines, parfois des milliers de Congolais, ont manifesté dans les rues de Paris, Londres ou Bruxelles, avec des slogans tels que «Pour la vérité des urnes».

La même année, Olivier rejoint le mouvement apolitique Breaking the Silence (Brisons le Silence) initié par Friends of the Congo. Il coordonne la première édition de la Congo Week à Paris.  

«Au lieu de petites manifestations éparses, organiser une semaine d’activités, en lien avec Friends of the Congo et avec de bons outils d’information, permet de rassembler les membres de la diaspora congolaise, mais aussi de s’adresser à un plus large public.»

Débattre de Kinshasa à Paris

A Paris, la Congo Week —programmée du 14 au 21 octobre— s’est ouverte alors que s’achevait le sommet de la Francophonie à Kinshasa, lequel suscita la polémique.

Les tenants du «non» au sommet à Kinshasa s’appuyaient sur la déclaration de Bamako qui investit la Francophonie de moyens d’action en cas de rupture de la légalité démocratique, ou de violation grave des droits de l’homme dans un de ses pays membres.

Les tenants du «oui» au sommet à Kinshasa, soutiennent qu’il ne faut pas isoler le pays mais privilégier le dialogue dans l’espace de la Francophonie. Un des autres arguments avancés est la vitrine donnée par ce sommet, pour parler de la situation et en en RDC et ses enjeux démocratiques.

A Paris, la Congo Week ne prend pas part à cette polémique, mais propose plutôt de dépasser les clivages pour ouvrir de manière effective un espace francophone de discussions autour de la situation en RDC.

«Le but est avant tout d’informer le grand public, notamment les jeunes de la diaspora congolaise, qui ne sont pas forcément au fait de la situation en RDC, la crise ayant été largement absente des médias», explique Rebecca, qui a rejoint le mouvement à Paris.

Dans le cadre de la série de conférences, débats et projections de films rythment la semaine à Paris, plusieurs grandes thématiques sont évoquées, parmi lesquelles l’histoire récente du Congo.  

«Il y a un déficit dans l’enseignement de l’Histoire. Nous n’avions pas pris pleinement connaissance des premiers crimes à Léopoldville (faisant référence aux crimes coloniaux perpétrés au début du XXe siècle), et aujourd’hui encore le peuple congolais continue d’être massacré dans l’indifférence», déplore Alain Ndongisila, fondateur de l’association congolaise Devoir de Mémoire.  

Le Congo est une femme violée

Autre thème prépondérant: la question cruciale des femmes en RDC.

«Les femmes sont les premières victimes de cette guerre silencieuse, et aucune solution viable de sortie de crise ne pourra être prise sans elles», rappelle Elza Vumi, qui a participé à la marche mondiale des femmes du Kivu en 2010.

«Le Congo est une femme qui a été violée», mais à voir l’engagement de ces militants pacifiques, le Congo apparait aussi comme une femme actrice de sa guérison, qui refuse la violence et le silence.

Cette «loi du silence» pèse aussi sur les professionnels de l’Information. Des journalistes congolaises témoigneront de l’exercice de leur métier dans un pays en guerre, où durant les années 2000, plusieurs de leurs confrères furent assassinés. 

Dans ce contexte, certains se demandent si l’on peut encore chanter, doit-on suspendre les productions musicales congolaises, mondialement connues?

Lors de la Congo Week à Paris, des artistes congolais veulent expliquer leur engagement à transmettre, à travers leur art, un message de paix.

«Nos parents ont grandi en temps de paix, je veux connaître la paix au Congo de mon vivant, c’est pourquoi je ne me résoudrai pas au silence», affirme Kambale Musavuli, qui écume les conférences aux Etats-Unis.

En écho, à Paris, Rebecca soutient: «Nous sommes indignés, mais nous sommes aussi porteurs d’espoir, nous sommes résolus à combattre pour la paix».

Klara Boyer-Rossol

 

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Klara Boyer-Rossol

Historienne

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