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Des enfants debout sur des baleines qui ont échouées sur la plage de Yoff en mai 2008.REUTERS/Finbarr O'Reilly
Des enfants debout sur des baleines qui ont échouées sur la plage de Yoff en mai 2008.REUTERS/Finbarr O'Reilly

Sénégal: comment sortir de l'inconscience écologique

Les Sénégalais commencent seulement à prendre la mesure des dangers qui menacent leur écosystème.

L’écologie au Sénégal est moribonde. Les gouvernements qui se sont succédé, et la population, inconscients, en sont responsables.

Les écologistes sénégalais alertent depuis longtemps sur la dégradation de la situation. Maintenant qu’ils ont obtenu un ministère, ils doivent faire face à de multiples défis et ont besoin de toutes les bonnes volontés.

La désertification gagne du terrain

La désertification gagne le sud du Sahel, par la Mauritanie et, ainsi, le nord du Sénégal. Elle menace la survie des populations. Dans tout le pays, des forêts entières ont disparu pour faire place à la monoculture (arachides, par exemple) ou pour le trafic de bois (essences précieuses, fabrication de djembés, mobilier, et bois de chauffe).

Cheikh Diop, responsable national des jeunes écologistes du Sénégal depuis 2010, fait un constat sans concession sur l’inaction de l’ancien gouvernement:

«Le Sénégal a perdu beaucoup d’arbres avec la complicité des autorités. Ils ne connaissaient que l’argent, l’écologie ne les intéressait pas.»

Le ministère de l’Ecologie a commencé son action, en avril 2012, par la limitation des feux de brousse provoqués par des chasseurs de miel, les agriculteurs ou les coupeurs d’arbre (un arbre mort peut être coupé légalement).

Arrêtons le massacre!

Pendant la saison des pluies, période propice pour planter des arbres, les équipes du ministère de l’Ecologie, aidées par plusieurs associations, se sont activées dans toutes les régions pour planter le plus possible (principalement des arbres fruitiers).

Mais elles peinent à faire comprendre aux Sénégalais l’urgence de planter des arbres, et d’arrêter le massacre de leur environnement.

Certains se sont attelés à cette mission il y a longtemps, comme Haidar el Ali, ou encore les Brigades Vertes, association franco-sénégalaise qui plante des arbres dans les écoles.

Leur démarche est accompagnée d’une prise de conscience de la valeur de l’environnement dans la région du Baol, spécifiquement touchée par le phénomène de désertification. 

Le ministère de l’Ecologie du Sénégal a fait venir des semences de dattier d’Algérie et 11.000 semences de noix de coco en provenance de Côte d’Ivoire sont stockées au port de Dakar, et sont progressivement plantées.

Haidar el Ali est allé en août 2012 à Touba, ville sainte bâtie par les disciples de Cheikh Hamadou Bamba, fondateur de la confrérie mouride. Il y a rencontré le kalife général de la confrérie et lui a présenté le projet de «Touba, ville verte».

Cette rencontre a une portée symbolique forte. Au Sénégal la vie sociale et politique est intimement liée à l’influence des marabouts. Leur parole est écoutée, suivie, et leur poids économique certain.

Un réseau de canalisation vétuste

La saison des pluies est aussi et malheureusement celle des inondations, qui ont fait cette années une vingtaine de morts et laissé des quartiers entiers de Touba, Dakar et Rufisque surtout, dans la désespérance. L’eau n’a plus de barrière naturelle, le sol ne l’absorbe plus.

Nombreux sont les quartiers construits sur des zones inondables. Le gouvernement a ordonné l’évacuation des quartiers, parlé de reloger les habitants. Il hérite d’un système urbain anarchique, d’un plan cadastral quasiment ignoré.

Le fléau de l’insalubrité atteint un niveau catastrophique pendant les inondations (écoulement des fosses sceptiques dans les rues), détruisant sans aucun doute l’écosystème des quartiers régulièrement inondés.

Pour lutter contre, le ministère de l’Ecologie doit travailler de concert avec les autorités en charge de l’urbanisme, de l’assainissement, et les services municipaux.

La mer souillée

L’érosion galopante (aggravée par le vol de sable marin, effectué nuitamment pour les innombrables constructions qui envahissent le territoire)  risque aussi de faire disparaître des villages, des quartiers.

De la mer souillée les pêcheurs se plaignent de ne plus tirer leur substance. Ils doivent  aller souvent jusqu’en Guinée, en Sierra Leone (7 jours de mer) pour ramener du poisson.

La commune de Hann, à Dakar, reçoit une masse de déchets domestiques impressionnante chaque jour.

Awa Djigel, transformatrice de poisson originaire de Rufisque, présidente nationale de la fédération des femmes écologistes du Sénégal, depuis 2 ans (10.000 femmes), semble pourtant optimiste quand à la mobilisation populaire:

«Il faut faire comprendre l’écologie aux sénégalais. L’écologie c’est une philosophie, ce n’est pas seulement d’éteindre les feux de brousse, de reboiser. Il faut sensibiliser les sénégalais. C’est la seule voie qui nous reste aujourd’hui face au défi d’agression de notre environnement, de la rareté de la ressource, des effets du changement climatique, de l’érosion marine, des inondations qui nous affectent. Nous avons vraiment beaucoup de défis à relever en tant qu’écologiste. Aujourd’hui les populations se sentent menacées, donc intéressées par la protection de leur environnement. L’action écologique est très importante pour nous. Notre vie en dépend».  

Beaucoup de plages sénégalaises sont une désolation, surtout à proximité des grandes villes. Il n’est pas rare d’y trouver des poissons déjà morts, étouffés par un plastique, ou par un filet de pêche en nylon (non biodégradable) abandonné.

La population, pêcheurs compris, jette ses déchets domestiques à la mer sans remord. Cette situation dure depuis des dizaines d’années. Elle empire avec la démographie croissante et donc, forcément,  le développement de la consommation.

Y'en a marre en sentinelle

Serigne Mbacke Fall, du mouvement Y’en a marre, habitant de la région de Diourbel, ouest du Sénégal, (qualifié de «bombe écologique» par la presse locale tant les déchets s’y amoncellent) précise que le mouvement qui a motivé la jeunesse pour des élections démocratique et pacifiste conserve son rôle de sentinelle et pointe l’inconscience de chacun sur ce sujet.

«Nous sommes sales.  Les gens créent des dépôts. On ne doit pas attendre le gouvernement, on doit faire les petits  gestes écologiques vitaux pour notre pays».  

Le Nouveau type de sénégalais (NTS), prôné par Y’en a marre, ne jette pas ses déchets n’importe où, plante des arbres, forcément écologiste.

Il veut surtout rester chez lui et y vivre bien, sachant maintenant que l’immigration n’est pas une solution viable. 

 La population doit prendre conscience de la portée de ses gestes. C’est une question de survie. Elle doit être soutenue par les infrastructures adéquates. Le danger pour la santé réel (paludisme, maladies de peau, respiratoires, etc).

Les poubelles publiques sont rares et vite débordées. Le découragement est général, l’espérance de vie trop courte, dû sans conteste en grande partie à l’environnement dégradé.

La pollution industrielle de plus en plus importante

Ajoutons à cela l'utilisation de carburant de très mauvaise qualité, par des voitures qui ne pourraient rêver de soutenir un contrôle technique, (il n’est pas rare qu’un voiture prenne feu à cause d’un faux contact).

Les émanations d’usines (ciment, par exemple à Rufisque) empoisonnent depuis des années l’atmosphère.

Les carrières de sociétés internationales ne prêtent aucune attention à la  nocivité des matières qu’elles soutirent au sous-sol dans des vastes excavations qu’elles ne prennent pas souvent le soin de reboucher après usage.

Notons aussi la présence fréquente de tuiles d’amiantes sur les constructions et même encore en vente (certaines sociétés locales en fabriquaient jusque l’année dernière). Il faut aussi lutter contre le braconnage: 1 million d’animaux ont été tués l’année dernière, dont certaines espèces rares et protégées.

Les écologistes sénégalais sont persuadés qu’en démocratie, la démarche écologique peut enfin être possible et sauver le pays. La démocratie étant, tous les espoirs sont donc permis…

Laure Malécot

 

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