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Light the dinosaur, by Surfzone via Flickr CC.
Light the dinosaur, by Surfzone via Flickr CC.

Compaoré, nouveau dinosaure africain

Drôle d’anniversaire au Burkina Faso. Blaise Compaoré est arrivé au pouvoir il y a un quart de siècle, le 15 octobre 1987, en «rectifiant» la révolution du légendaire Thomas Sankara.

Mise à jour du 9 décembre: Le parti du président burkinabè Blaise Compaoré, qui a conservé la majorité absolue à l'issue des législatives du 2 décembre, a remporté aussi une très large victoire aux municipales le même jour, a annoncé hier la commission électorale.

Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) de M. Compaoré, au pouvoir depuis le putsch de 1987, a obtenu plus de 66% des 18.645 sièges à pourvoir aux municipales, selon les résultats provisoires proclamés par Me Barthélémy Kéré, président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni). L'Union pour le changement (UPC) de Zéphirin Diabré, première force d'opposition dans la nouvelle Assemblée nationale, est à la troisième place avec 1.615 conseillers.

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C’est un club très fermé. Réservé aux VIP. Pour y entrer, une seule condition: être resté au moins 25 ans d’affilée au pouvoir.

Bienvenue chez les derniers dinosaures d’Afrique, qui accueillent ce 15 octobre un nouveau membre: Blaise Compaoré.

Aucune cérémonie pour fêter le nouvel arrivant. Tout se fait dans la plus grande discrétion. Comme si durer trop longtemps au pouvoir en était devenu presque honteux.

Teodoro Obiang Nguema (Guinée équatoriale) et Jose Dos Santos (Angola) sont vissés à leur fauteuil présidentiel depuis… 1979. Et n’ont aucune intention de partir à court terme. Robert Mugabe (Zimbabwe) est au pouvoir depuis 1980, Paul Biya (Cameroun) depuis 1982 et Yoweri Museveni (Ouganda) depuis 1986.

Et aucune manifestation officielle n’est prévue ce 15 octobre 2012 pour fêter l’entrée du président Blaise Compaoré dans ce cercle de dinosaures africains.

Petit rappel chronologique: Quand Compaoré est arrivé au pouvoir, en 1987, à la faveur d’un coup d’Etat dans lequel son «ami et compagnon d'armes» Thomas Sankara a trouvé la mort, le président français François Mitterrand était en pleine cohabitation avec Jacques Chirac alors Premier ministre.

Ronald Reagan présidait aux destinées des Etats-Unis, son homologue soviétique s’appelait Mikhaïl Gorbatchev.

Le Mur de Berlin ne s’était pas encore effondré. En Afrique du Sud, l’apartheid était en vigueur et Nelson Mandela en prison.

L'acacia qui se transforme en baobab

Comme tous les autres dinosaures du continent, Compaoré vient de loin. Le frêle acacia a su se transformer en un baobab aux profondes et puissantes racines.

Mais son pouvoir s’essouffle. Et a même failli vaciller au printemps 2011 à la suite d’une mutinerie, y compris dans sa propre garde présidentielle.

Le «Beau Blaise» a eu chaud, il a senti le vent du boulet. Il a failli devenir le premier chef d’Etat au sud du Sahara à être balayé par une révolution de type arabe. Il n’a éteint l'incendie qu’à l’issue d’une sévère répression.

Un jour ou l’autre, cette révolte des peuples va franchir le désert et déboulonner le «président à vie» d’un pays africain. Sera-ce le Burkina? Nul ne le sait.

L’article 37 de la Constitution l’empêche de se représenter à la présidentielle de 2015. Mais ses adversaires le soupçonnent de vouloir modifier le texte fondamental pour repartir pour un tour. Ces soupçons ont considérablement alourdi le climat politique ces dernières années.

La mutinerie de 2011 semble pourtant avoir changé la donne. Le pouvoir semble avoir compris qu’il y avait une ligne jaune à ne pas franchir. Et on parle de moins en moins de modifier le fameux article 37.

En juin, les députés ont voté en conséquence une loi d’amnistie en faveur des anciens chefs d’Etat. Un texte taillé sur mesure pour Compaoré s’il veut couler des jours heureux dans son pays sans être inquiété par la justice et pourrait lui offrir une porte de sortie.

Mais Mariam Sankara, la veuve du héros révolutionnaire assassiné dans des conditions mystérieuses, l’attend de pied ferme et n’a pas de mot assez dur pour le régime «sanguinaire et criminel» de Compaoré.

Toutes les tentatives de faire la lumière sur la mort de Sankara ont échoué. Tout comme l’enquête relative au meurtre du journaliste Norbert Zongo, brûlé vif dans sa voiture alors qu’il enquêtait sur une affaire touchant au clan Compaoré.

Les Burkinabè sur le qui-vive

Les années ont passé mais la mobilisation de la société civile burkinabè reste toujours forte. La soif de vérité ne s’éteindra jamais, tant les soupçons sont lourds.

Et si Compaoré souffle sur ses 25 bougies en toute discrétion, les fidèles de Sankara donnent de la voix ce 15 octobre avec conférence de presse, dépôt d'une gerbe de fleurs et discours dans un cimetière.

Un éventuel départ du pouvoir en 2015 signifiera-t-il pour autant la fin du pouvoir des Compaoré?  Le Gabon et le Togo ont réussi une transmission très contestée du pouvoir de père en fils, le régime burkinabè serait-il tenté par une course de relais, de frère à frère.

Ce type de succession est plutôt inhabituel sur le continent. Mais c’est devenu le cauchemar des adversaires de Blaise Compaoré.

En mars, François, conseiller de Blaise, a quitté l’ombre du palais présidentiel pour entamer une carrière politique. Il a pris en charge le mouvement associatif au sein des instances dirigeantes du parti au pouvoir, un poste stratégique pour bien se faire voir des jeunes.

Et en septembre, il a été propulsé deuxième sur la liste des candidats du parti au pouvoir à Ouagadougou. Sauf catastrophe, le petit frère (58 ans contre 61 à Blaise) fera son entrée à l’Assemblée lors des législatives de décembre et pourra donc lorgner le perchoir.

Une trajectoire trop rapide pour ne pas alimenter les soupçons d’une succession de frère à frère.

D’ailleurs la presse burkinabè a surnommé Compaoré junior le «petit président». Mais l’affaire Zongo risque de lui faire de l’ombre. Le journaliste assassiné enquêtait sur la mort de David Ouédraogo, qui était le chauffeur de François Compaoré.

L’affaire s’est terminée par un non-lieu, mais le nom de François Compaoré lui reste attaché.

Si la fusée «François Compaoré» explose en plein vol ou n’a pas la trajectoire espérée, le «Beau Blaise» pourrait alors être tenté de rester encore un peu pour «finir le job». Cela pourrait déclencher un nouveau mouvement d’humeur au Burkina.

Tous les adversaires des autocrates africains le savent, les dinosaures ont régné pendant 160 millions d’années avant de disparaître brutalement de la surface de la terre.

Adrien Hart

 

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Adrien Hart est journaliste, spécialiste de l'Afrique.

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