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La combat d'une Ougandaise pour la sécurité des adolescentes dans les villes

La vie de Faridah a basculé il y a deux ans lorsque cette Ougandaise de 20 ans et une de ses amies ont été agressées par des drogués dans une rue mal éclairée de Kampala. Faridah s'en est sortie, mais son amie a été violée et tuée.

Grâce à un programme mené par l'association de défense des enfants Plan International à Kampala comme dans une dizaine de villes du monde, son quartier s'est depuis transformé. Les autorités locales ont installé un éclairage public, des panneaux de signalisation, et les sifflets malvenus des conducteurs de moto-taxis ont presque disparu.

"Je ne veux pas que ma fille grandisse et vive ce que j'ai vécu, être insultée dès qu'elle sort dans la rue", a expliqué à l'AFP Faridha, aujourd'hui mère de deux enfants, après avoir participé à la conférence sur les droits des femmes "Women Deliver" cette semaine à Vancouver.

Le programme en question, intitulé Safer Cities (Des villes plus sûres), mobilise des adolescentes dans dix villes du monde (Alexandrie, Asuncion, Le Caire, Hanoï, Honiara, Kampala, Lima, Melbourne, Nairobi et New Delhi). L'association espère doubler ce nombre à terme.

"Des villes plus sûres pour les filles sont des villes plus sûres pour tout le monde", souligne Alexandre Munive, responsable des questions d'égalité des sexes à Plan International.

A Kampala, Faridah (qui souhaite n'être identifiée que par son prénom) a décidé d'agir après la mort de son amie. "C'est comme si mon univers s'était effondré", a-t-elle expliqué lors d'un discours à la conférence de Vancouver, qui s'est achevée jeudi soir.

Lorsque Plan International a interrogé 156 jeunes filles de Kampala en 2012, 80% ont dit ne pas se sentir en sécurité dans les espaces publics ou les transports en commun. Elles craignaient particulièrement d'être victimes de vols, de harcèlement, voire de viol.

- "Faire bouger les choses" -

Le programme Safer Cities, en partenariat avec le programme ONU-habitat et l'association Women in Cities International, mobilise les adolescents des pays concernés en leur demandant d'identifier et de localiser les problèmes de sécurité dans leur quartier.

Faridah dirige un groupe de jeunes filles qui, armées d'un simple stylo ou au mieux d'un smartphone, localisent les lieux à problème. Elles partagent ensuite leurs conclusions avec leurs familles, leurs communautés puis les soumettent aux autorités locales. 

A Kampala, la jeune femme raconte avoir ainsi rencontré, avec d'autres adolescentes, des responsables de la capitale ougandaise qu'elles ont convaincus d'installer de l'éclairage public et des caméras de surveillance dans certains quartiers à risque.

Elles ont également discuté avec des conducteurs de moto-taxis, souvent accusés de donner aux filles un sentiment d'insécurité en les sifflant bruyamment.

Résultat: nombre d'entre eux ont changé de comportement, selon elle. Certains portent même sur leur blouson des messages de soutien aux jeunes filles.

"On ne fait pas avancer les choses sans le soutien de la communauté", a expliqué Alexandre Munive.

Dans un premier temps, les habitants du quartier ne se montraient pas très coopératifs. Mais les actions menées par les adolescentes, comme l'identification des zones dangereuses ou les opérations de sensibilisation de certains groupes, ont fini par payer.

"Je suis de plus en plus populaire" grâce au programme Safer Cities, raconte Faridah. "Même des gens que je ne connais pas me reconnaissent, donc je ne me sens plus défiée en public".

Forte de ce sentiment de sécurité, la jeune femme a pris confiance en elle. Elle a obtenu une bourse et repris des études, après avoir quitté l'école à l'âge de 15 ans lorsqu'elle s'est retrouvée enceinte.

"Je me considérais comme quelqu'un sans grande valeur, comme quelqu'un qui n'arriverait jamais à rien", témoigne-t-elle à l'AFP.

Faridah rêve aujourd'hui de devenir avocate, spécialisée dans la défense des droits des femmes. "Je veux inspirer d'autres filles à faire bouger les choses. C'est mon rêve."

AFP

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