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Femme voilée au Caire le 18 février 2006 - Tara Todras-Whitehill / Reuters
Femme voilée au Caire le 18 février 2006 - Tara Todras-Whitehill / Reuters

Les Algériennes lèvent le voile au travail

Le hijab empêche-t-il la femme algérienne de trouver un emploi? Cette question surprenante a de quoi choquer dans un pays réputé pour son conservatisme et sa religiosité. Et pourtant, le problème est réel.

Cela ne se passe ni à Paris ni dans une autre métropole française. C’est bel et bien à Alger, et dans d’autres grandes villes algériennes, que ce phénomène commence à prendre de l’ampleur. Des filles voilées sont refoulées dans certaines entreprises.

Des recruteurs leur lancent carrément cette phrase à la figure: «vous voulez travailler? Alors enlevez votre hijab!»

Ainsi, en dépit de leur percée remarquable sur le marché du travail, certaines femmes algériennes continuent de rencontrer des difficultés pour décrocher un emploi. Non parce qu’elles ne remplissent pas les critères de sélection, mais parce qu’elles sont voilées. Leur voile les expose à toutes sortes de discriminations. Zoom sur une problématique sociétale rarement abordée.

«Avec ton hijab, tu ne pourras pas travailler chez nous»

Hakima habite à El-Harrach, une banlieue populaire située à l’est d’Alger. Après un diplôme décroché haut la main à l’université d’Alger, Hakima boucle, à 22 ans, brillamment son cursus  universitaire. Confiante, sûre d’elle-même et de ses qualités, elle se lance à la conquête du marché de travail. Des CV déposés ici et là. Un premier entretien d’embauche. Un deuxième s’ensuit. Elle croit avoir fait bonne impression. Hakima se dit que son diplôme lui épargnera le chômage contrairement à ses pauvres frères qui rasent les mûrs de leur cité.

Mais les jours passent et sa patience est mise à rude épreuve. Elle cherche dés lors à comprendre et voici qu’une gifle la réveille et coupe court à ses rêves professionnels.

«Jamais je n’aurais crû que mon hidjab allait être un obstacle pour lancer ma vie professionnelle. J’ai étudié les finances et je voulais faire carrière dans une banque. J’ai postulé dans plusieurs banques étrangères. Lors de mes entretiens, on m’a même dit que mon profil collait à leurs attentes. Mais on ne m’a jamais rappelé», s’étonne notre interlocutrice.

Son étonnement ne durera pas longtemps puisque le responsable du recrutement d’une banque étrangère installée en Algérie lui exposera, en des termes clairs, son véritable problème:

«Malheureusement, avec ton hijab, tu ne pourras pas travailler chez nous», lui-a-t-il dit. 

Bouleversée, Hakima ne croit pas ce qu’elle entend. Mais une fois le choc passé, elle se résout à accepter la triste réalité.

«J’ai naturellement refusé d’enlever mon hijab. J’ai juré de ne jamais céder. Il n’est pas question de brader mes convictions religieuses et j’ai continué mes recherches», raconte Hakima qui demeure jusqu’à l’heure actuelle chômeuse.

«J’ai fini par céder…»

Si Hakima a décidé de résister au nom de ses convictions, d’autres filles voilées ont fait d’autres choix. Leïla, 24 ans, infographe, a longtemps hésité, mais après plusieurs mois d’hésitations, elle a enlevé son voile pour pouvoir exercer le métier qu’elle voulait.  

«J’ai toujours rêvé de faire de l’infographie. Toutefois, dans de nombreuses boites de communication, le hijab est mal-perçu. Et si on vous prend, vous ne serez pratiquement jamais promue», relève-t-elle de prime abord.

Pour Leïla, tout a commencé lors de ses premiers entretiens d’embauche.

«Quand je me suis entretenue, par téléphone avec la directrice des ressources humaines, elle semblait très impressionnée par mes compétences. Cependant, dès qu’elle m’a reçu en entrevue, elle a écourté la rencontre. Je me suis sentie vexée, mais elle m’a expliqué que l’entreprise préférait des filles non voilées, car ces dernières étaient plus cool et plus ouvertes. J’ai essayé de protester, mais en vain. Je n’avais pas le choix», avoue-t-elle.

Entre enlever son voile ou le garder, le choix est difficile. Pourtant, Leïla juge avoir fait preuve d’intelligence pour, à la fois, garder son boulot et préserver son voile.

«Je ne supportais plus le chômage et je désirais commencer dans une boîte prestigieuse. J’ai alors enlevé mon hijab au bureau. Mais à la fin de la journée en rentrant chez moi, je le remettais pour que mes parents ne découvrent rien», indique-t-elle.

«Je me suis révoltée contre ma famille…»

Si Leïla a réussi à trouver un subterfuge, d’autres filles voilées se retrouvent confrontées à des situations plus complexes. Il en est ainsi de Samira, 25 ans, qui a voulu devenir policière. Depuis sa tendre enfance, elle ambitionnait de rejoindre les rangs de la police. Au début, ses parents n’avaient aucune objection. Elle obtient ainsi son bac avec mention et décide d’intégrer la police nationale. Cependant, il y avait un sérieux obstacle à la réalisation de son projet: le hijab.  

En effet, même si aucun texte de loi ne le précise réellement, au sein de la Police Nationale, les femmes voilées ne sont pas les bienvenues et ce depuis de nombreuses années.   

«J’étais face à un sérieux dilemme: le garder et tirer un trait sur mon projet professionnel ou l’enlever et affronter ma famille. Après des jours de réflexion, j’ai enfin décidé, de ne plus porter de hijab. Mes parents m’ont rejetée au début. Des mois entiers je ne leur avais pas parlé. Mais à la fin, ils ont compris mon choix et tout est redevenu normal», lance sur un ton fier notre interlocutrice.

A la lumière de ces témoignages, il apparaît clairement qu’obtenir un emploi et continuer à porter le hijab demeure un dilemme face auquel se retrouvent plusieurs femmes dans un pays constitutionnellement musulman et où le port du hijab enregistre des avancées phénoménales. En dépit de cette réalité sociale, le voile représente pour certaines entreprises et institutions de l’Etat, un obstacle majeur au recrutement. Étrange paradoxe n’est-ce pas?

Dahmane S. (Algérie-Focus)

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