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Le Marocain Youssel El Arabi (D) et le Mozambicain Gabriel Macuvele (G), 13 octobre 2013, Marrakech.           FADEL SENNA / AFP
Le Marocain Youssel El Arabi (D) et le Mozambicain Gabriel Macuvele (G), 13 octobre 2013, Marrakech. FADEL SENNA / AFP

CAN 2013: La qualification du Maroc va-t-elle faire oublier Gerets?

Contre toute attente, le Maroc a gagné face au Mozambique son ticket pour la CAN 2013 sous la houlette de son nouveau coach. Peut-être la résurrection du foot dans ce pays.

 La mission du nouveau coach marocain était presque impossible. Et pourtant Rachid Taoussi a relevé le défi.

Dans un stade de Marrakech survolté, les Lions de l’Atlas ont non seulement renversé la vapeur, mais étrillé les Mambas du Mozambique par un 4 à 0 sans appel.

Pour cette première sortie officielle de Taoussi, les Marocains s'assuraient d'entrée une domination sans partage, mais peinaient longtemps à régler la mire avant de se déchaîner contre les filets adverses dans un festival de buts.

Elle revient de loin, cette formation chérifienne qui a accumulé les déboires et s’était faite piéger sur la pelouse de Maputo, la capitale mozambicaine, en septembre 2012, par un humiliant 0-2.

L’espoir du Onze marocain de se voir qualifier pour la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations de football qui doit se tenir en Afrique du Sud, début 2013, avait été presque anéanti. Cette défaite devait sceller le sort du belge Eric Gerets limogé après un an de descente aux enfers.

Taoussi, magicien ou chanceux?

Un mois après qu'Eric Gerets a été remercié de son poste de sélectionneur national du Maroc, le choc psychologique semble toutefois avoir fait de l'effet sur les Lions de l'Atlas.

«Je suis heureux, je remercie le public et les joueurs! Nous avons prouvé que nous avions du potentiel. J'ai un noyau, une équipe d'avenir. Sur le terrain, nous avons été bien organisés. Tactiquement, le milieu de terrain a fait son travail. Les flancs droit et gauche également, puisque plusieurs buts sont venus par les ailes», a déclaré le nouveau selectionneur lors d'une conférence de presse d'après match. 

Il est vrai que Rachid Taoussi avait déclaré être confiant dans son équipe remaniée de fond en comble, écartant des titulaires inamovibles comme Marouane Chamakh (qui aurait décliné sa sélection) ou Adil Taarabt le canonnier talentueux mais indiscipliné. 

Après la délivrance gagnée face aux Mambas mozambicains, des milliers de personnes, parées de drapeaux et maquillées aux couleurs nationales ont laissé éclater leur joie dans les rues du royaume scandant des chants à la gloire des Lions.

Une liesse populaire retransmise en boucle par les télévisions aux discours patriotiques qui ont fait quelque peu oublier que cette victoire à l’arraché l’a cependant été contre une équipe du Mozambique qui végète au bas du classement continental.

Un avenir «plus radieux»?

Sur les réseaux sociaux, des commentateurs ont cependant exprimé une certaine lucidité, rappelant que Gerets avait lui aussi débuté sur le banc de coach du même stade de Marrakech avec un mémorable 4-0 contre l’Algérie, avant de sombrer.

«Pas si vite, sans vouloir être rabat-joie, ce festival de klaxons m’exaspère, nous n’avons tout de même pas gagné la CAN!», tempère un internaute sur son compte Facebook et qui avoue que sa plénitude est désormais gâchée par autant de revers qui suivent les maigres victoires du Mountakhab (football marocain).

Cette victoire clôt-elle alors un chapitre peu glorieux des Lions de l’Atlas ouvrant un autre qui s’annonce «plus radieux», comme le croit la presse nationaliste trop contente de raviver la flamme patriotique en ces temps contestataires?

Le choix de Taoussi avait fait couler beaucoup d’encre, alors qu’il était au coude à coude avec Baddou Zaki, la gloire du football marocain qui avait mené les vert et rouge en finale de la CAN 2004, pour s’incliner avec panache contre la Tunisie pays organisateur du tournoi.

L’ancien portier du Onze qui avait fait rêver les Marocains lors du Mondial de Mexico en 1986 avait été donné comme favori.

Pourtant le palmarès de Taoussi n’est pas des moindres pour un coach local. Lui qui avait remporté avec la sélection nationale juniors la Coupe d'Afrique des nations en 1997, avait réalisé un triplé historique en 2011 à la tête du staff technique du Moghreb de Fès, en s'adjugeant la Coupe du Trône, la Coupe de la Confédération africaine et la Super Coupe d'Afrique.

Natif de Sidi Kacem en 1956 et formé dès 1977 à l’USK, le club de la ville, ce défenseur avait aussi mouillé le maillot des FAR, l’équipe militaire de Rabat de 1989 à 1990  où il avait remporté pour la seule fois dans sa carrière de joueur le championnat national avant d’entamer une longue carrière d’entraineur aussi bien au Maroc qu’aux Emirats arabes unis

Parfum de scandale

Aujourd’hui, pour les supporters longtemps privés de sensations fortes, l’exploit de Taoussi efface surtout le parfum de scandale qui avait entouré les conditions du recrutement de Gerets, le lion édenté de Rekem.

Taoussi avait révélé en octobre devant la presse qu'il percevrait un salaire mensuel brut de 580.000 dirhams (52.000 euros), une rémunération bien en-deçà de celle de son prédécesseur, dont le mirobolant salaire avait créé une interminable polémique compte tenu de ses résultats pour le moins catastrophiques et qui lui avaient valu une volée de bois vert et une mise sous pression menant finalement à sa chute.

Invité à s’exprimer sur son contrat et sur ses réelles prérogatives, le nouvel entraîneur de l’équipe nationale avait indiqué qu’il avait les coudées franches pour sélectionner les joueurs à sa guise.

La CAN 2013 Inch' Allah!

«J’ai carte blanche pour faire mon travail. Personne ne peut m’imposer quoi que se soit. Et si cela devait arriver, je présenterais ma démission», avait-t-il souligné pour marquer son indépendance face à l’omnipotente Fédération royale de football critiquée de toutes parts pour son asservissement au pouvoir politique.

Taoussi avait pourtant avoué que le choix porté sur lui n’avait pas été fait en toute transparence.

Auréolé par sa prouesse, Taoussi aurait déclaré, euphorique, qu’il l’a devait avant tout à l’inspiration que lui a insuflée une citation coranique concluant le discours de Mohammed VI, à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire tenue la veille du match et qui a valu au coach «touché par la grâce» quelques railleries sur Facebook.

«Nous sommes persuadé que les œuvres grandioses ne peuvent se concrétiser sans une volonté forte et sincère, comme le souligne la parole de Dieu: si Dieu reconnaît un bien en vos cœurs, Il vous accordera de meilleures choses. Véridique est la parole de Dieu», avait déclaré le roi.

Alors la victoire finale à la CAN 2013 Inch Allah!

Jalal Ibrahimi, de Marrakech

 

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Jalal Ibrahimi. Journaliste marocain.

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