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REUTERS/Handout .
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Nord-Mali: Pourquoi l'intervention militaire se fait attendre

Le projet de résolution pour une intervention au Mali, proposé par la France, a été adopté par le Conseil de sécurité de l'ONU. Mais la route est encore longue pour qu'une opération militaire soit lancée.

Mise à jour du 19 octobre: Le président malien par intérim Dioncounda Traoré a appelé le 19 octobre à Bamako à une action urgente pour la reconquête militaire du nord du Mali, occupé depuis plus de six mois par des groupes islamistes armés, en estimant qu'il ne fallait "plus perdre la moindre seconde".

"Nous ne devons plus perdre la moindre seconde. Il y a un caractère d'urgence, nous sommes engagés dans une course contre la montre", a déclaré M. Traoré devant plusieurs responsables de la communauté internationale réunis dans la capitale malienne pour peaufiner une stratégie de reconquête militaire du nord du Mali.

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L'on est probablement sur le point de franchir la toute première étape dans le processus d’envoi de troupes étrangères dans le Nord-Mali.

La France a, en effet, soumis à l’appréciation des membres du Conseil de sécurité des Nations unies, un projet de résolution autorisant une intervention militaire au Mali.

Le texte en question devrait être adopté ce 12 octobre, mais l’opération elle-même pourrait attendre jusqu’à mars prochain, si le calendrier est respecté, avant de se traduire en acte concret sur le terrain.

La reconquête du nord du Mali n’est donc pas pour demain. Et les populations de cette région devront souffrir le martyre encore six mois au moins, soit au total un an sous occupation terroriste.

La Cédéao, cette «incapable»

Malgré la proposition de résolution faite par la France et qui aurait pu quand même donner à espérer, l’on est obligé de se rendre à l’évidence que le bout du tunnel est encore lointain.

A l’image de la ligne imaginaire de l’horizon qui est en apparence proche mais s’étend en réalité à perte de vue, l’intervention militaire au Nord-Mali, bien que si urgente, demeure encore lointaine.

Sa nécessité paraissait pourtant si évidente et la procédure de demande si simple (malgré les divergences de principes), que l’on a du mal à savoir ce qui coince réellement dans cette affaire.

Est-ce la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et l’Union Africaine (UA) qui sont si incompétentes au point d’être incapables de monter un dossier pertinent, cohérent et recevable?

Les choses se présentaient au début comme si c’était l’opposition de certains acteurs politiques et militaires maliens à une intervention étrangère dans leur pays qui constituait le goulot d’étranglement.

Le nœud gordien a pourtant été tranché par la formulation de la requête adressée à l’ONU par le gouvernement malien, sans pour autant que les choses évoluent significativement.

Le rejet de la proposition de plan d’intervention de la Cédéao en est la parfaite mais malheureuse illustration.

Certes, la plupart des actions militaires déjà menées par l’institution ouest-africaine s’inscrivaient dans un cadre sous régional, contrairement à une opération visant à extirper les islamistes, djihadistes et autres terroristes du Sahel qui, elle, a une envergure plus considérable. Mais est-ce vraiment un alibi suffisant pour excuser un tel tâtonnement?

En tout cas, le constat ne lui fait pas honneur, incapable qu’elle est, depuis plusieurs mois, de présenter un plan militaire crédible.

Ce cafouillage est d’autant plus incompréhensible que, en plus de la gravité de la situation au Nord-Mali, il existe des exemples précédents de demandes d’intervention onusienne dont la Cédéao aurait pu s’inspirer, quitte à les adapter au cas spécifique du Mali.

Que celle-ci en soit encore à apprendre à ficeler un dossier en béton à même de convaincre le Conseil de sécurité de l’ONU est si étonnant que l’on ne peut s’empêcher de se demander si le véritable problème n’est pas à rechercher ailleurs.

La négociation encore privilégiée par l’ONU?

Si la particularité du cas malien, marqué par la présence de groupes armés, insaisissables et la complexité du terrain, complique davantage la tâche à la Cédéao, l’on peut néanmoins se demander si l’ONU n’a pas peur d’aller à Canossa.

A moins qu’elle ne préfère ralentir exprès le processus d’intervention militaire pour espérer, par miracle, trouver une solution pacifique à la crise malienne.

Car, le texte de la future résolution, qui donne trente jours à Ban Ki-Moon pour fournir les détails opérationnels de l’intervention, prévoit, en plus de l’envoi immédiat de formateurs militaires pour réorganiser l’armée malienne, la poursuite des négociations avec les groupes armés du Nord, notamment les Touaregs.

Tout porte à croire, en tout cas, qu’il y a des non-dits dans la lourdeur de la procédure de demande d’aide militaire qui, en dépit de l’accord de principe donné par la Cédéao, peine à aboutir.

Nonobstant tous ces atermoiements qui ont de quoi faire perdre espoir, la nomination par le secrétaire général de l’ONU d’un envoyé spécial pour le Sahel, en la personne de Romano Prodi, ancien président de la Commission de l’Union européenne, laisse entrevoir une lueur d’espoir, aussi minime soit-elle.

L’une des missions de ce dernier consiste, en effet, à faire adopter la fameuse résolution, le sésame de la libération du Nord-Mali.

L’homme a, de toute évidence, tous les atouts nécessaires pour y parvenir car, sa nomination a été applaudie aussi bien par l’Algérie, voisine stratégique du Mali, que par les Européens.

Ce qui constitue un bon début pouvant influer positivement sur la mobilisation des différents partenaires dans l’accompagnement du projet d’intervention militaire.

Ainsi pourrons-nous espérer avoir, à défaut d’une opération qui arrive vite, une intervention qui soit rapide et bien menée, parce que bénéficiant du soutien nécessaire à sa bonne préparation et à son exécution réussie.

Le Pays

 

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