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Des chasseurs bombardiers de la Royal Air Force font des raids aériens au-dessus de la Libye. Reuters/Russell Cheyne
Des chasseurs bombardiers de la Royal Air Force font des raids aériens au-dessus de la Libye. Reuters/Russell Cheyne

Cameron et la Libye: victoire ou désastre à l'irakienne

L'opposition travailliste applaudit pour le moment l’intervention britannique en Libye décidée par David Cameron. Mais des voix discordantes agitent le souvenir de la catastrophe irakienne.

David Cameron n’a jamais été aussi populaire au Royaume-Uni que depuis le début de sa campagne libyenne. Ovationné au Parlement au lendemain de sa «victoire» à l’ONU, le Premier ministre semble avoir trouvé la formule pour faire taire ses adversaires politiques qui, dans le camp travailliste comme dans celui des libéraux-démocrates, doutaient encore de sa maturité politique. «Je soutiens le gouvernement et ses efforts pour faire respecter la zone d’exclusion aérienne (…), je salue tous les efforts qui ont rendu cela possible, y compris ceux du premier ministre David Cameron», a déclaré le chef du parti travailliste, Ed Milliband.

Le paysage politique toutes tendances confondues est pour le moment unanime: confronté à son premier grand dossier international, le leader conservateur a fait preuve de clairvoyance. Mais la victoire pourrait être de courte durée pour ce «chevalier». L’action militaire contre la Libye pourrait prendre plus de temps que prévu. Et qui dit temps, dit sans doute plus d’engagements financier, humain et politique avec à la clé un retournement de l’opinion.

L’ombre de l’Irak

Au lendemain du vote onusien, David Cameron s’est voulu rassurant en affirmant qu’il n’y avait aucune raison de craindre un nouvel Irak. Légale, l’intervention internationale en Libye sera «rapide et sans bavure». «Il n’est pas question d’entamer une nouvelle occupation», a-t-il déclaré.

En théorie donc, l’opération contre Kadhafi n’est pas comparable à celle qui visait Saddam Hussein. La coalition opère sous mandat onusien et avec le soutien de la Ligue arabe. Le motif de l’action est cette fois réel et défendable: il s’agit de protéger des populations civiles menacées par la répression féroce de l’armée du colonel Kadhafi. L’intervention militaire est aérienne et navale. Le gouvernement britannique a indiqué qu’il n’est pas question d’envoyer des troupes sur le terrain, ni de mettre «des vies britanniques en danger».

Mais l’intervention en Irak a laissé un souvenir tellement amer dans l’opinion britannique que quelques voix discordantes sont venues troubler le consensus autour de Cameron. Le mouvement Stop the War Coalition, né après l’intervention britannique en Irak, rappelle que «l’histoire a montré que les conséquences des interventions occidentales sont presque toujours désastreuses». Dans la presse ou à la télévision, plusieurs commentateurs respectés se sont inquiétés du fait qu’une guerre n’est jamais gagnée d’avance.

Pour eux, la Libye est un pays complexe et son régime, conduit par un Kadhafi jusqu’au-boutiste, pourrait résister plus longtemps qu’annoncé. Samedi 19 mars, sur les ondes de la BBC, un diplomate britannique soulignait ainsi le danger de voir l’intervention militaire de la coalition «ressouder un nombre important de Libyens autour de leur chef», rappelant que les Libyens avaient hérité de leurs trois décennies de colonisation italienne (1911-1943) une «véritable culture de la résistance».

Une mission à durée indéterminée

L’autre question posée est celle de l’objectif final de l’intervention. Où s’arrêtera la coalition? Quand estimera-t-elle sa mission terminée? Si elle devait s’installer dans la durée, l’opération militaire deviendrait alors financièrement coûteuse et politiquement embarrassante. Plus l’intervention libyenne durera, plus David Cameron sera susceptible de faire face aux critiques de l’opposition.

Dans le climat d’austérité actuel, l’opinion publique britannique apprécierait moyennement un Premier ministre qui engloutirait temps et argent dans une opération internationale au détriment des problèmes économiques et sociaux intérieurs. Une grande partie de l’opinion a déjà réagi négativement à la décision du gouvernement Cameron de préserver une partie de son budget réservée à l’aide au développement alors que tous les services publics subissent des coupes budgétaires sévères. Une présence en Libye qui dépasserait quelques jours ou semaines pourrait provoquer des protestations plus importantes.

150 entreprises britanniques en Libye

Mais David Cameron ne peut pas non plus laisser filer des parts de marchés qui aident à remplir les caisses de l’Etat et de sociétés privées importantes pour la santé de l’économie britannique. Le Royaume-Uni a en effet des intérêts solides en Libye. Au total, environ 150 entreprises britanniques opèrent dans ce pays, dont le géant pétrolier BP et son concurrent Shell. Selon des chiffres publiés en 2009 par l’Office britannique du commerce extérieur, les exportations britanniques à destination de la Libye s’élevaient à environ 423 millions de livres sterling (485 millions d’euros). L’intervention britannique pourrait aider à préserver ses intérêts. D’autant plus qu’une partie importante de l’opposition libyenne est installée à Londres.

Active à travers des organisations diverses telles Libya Watch, Libyan Constitutional Union ou une figure comme Mohammed Al-Senussi, prince héritier de la couronne libyenne, cette diaspora compte des membres qui pourraient jouer des rôles influents en cas de vacance de pouvoir à Tripoli et récompenser le moment venu David Cameron pour son soutien.

Edwige Caroline Sorgho

Edwige Caroline Sorgho

Journaliste ghanéenne. Ex-reporter à la BBC, spécialiste de l'Afrique de l'Ouest et du Royaume-Uni.

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