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REUTERS/Thomas Mukoya
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Tribune: Des solutions pour l'emploi des jeunes en Afrique

L’Afrique est une des régions du monde les plus dynamiques. Pour autant, l’emploi des jeunes ne parvient pas à décoller. Explications.

Avec un taux de croissance estimé à 4,5% en 2012, l’Afrique est une des régions du monde les plus dynamiques.

Pour autant, cette forte croissance a un impact trop limité sur l’emploi et notamment l’emploi des jeunes.

La conférence de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) sur l’emploi des jeunes qui s’est tenue à Paris (17 au 19 septembre 2012) a été l’occasion de chercher des solutions concrètes pour que les économies africaines soient davantage créatrices d’emploi.

Pourquoi les économies africaines ne créent pas suffisamment d’emploi

Le constat sur les difficultés structurelles des économies africaines à générer de l’emploi et à permettre l’intégration des jeunes sur le marché du travail est bien connu et globalement partagé.

Le premier et principal handicap de l’emploi en Afrique est lié au déficit de compétitivité, notamment face à la concurrence industrielle asiatique.

Dans les industries manufacturières, les prix de production sont globalement deux à trois fois plus chers en Afrique qu’en Asie. Impossible dans ce contexte d’imaginer des unités de production à forts besoins de main-d’œuvre s’installer massivement sur le continent africain.

Les causes de ce déficit de compétitivité sont multiples comme l’explique le PDG du groupe ivoirien Sifca, Jean-Louis Billon:

«Sur la compétitivité, on est largué de partout, sur la fiscalité, les coûts de facteur et les infrastructures

Un constat sans concession qui a le mérite de poser clairement les faiblesses structurelles des économies africaines.

Mais la compétitivité n’est, hélas, pas le seul frein à l’emploi des jeunes en Afrique, qui pâtit également d’une «faible diversification de production», selon le gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) Tiémoko Meliet Kone, qui déplore que, pour l’essentiel, la production africaine se limite à l’agriculture et au secteur minier.

Autant de fragilités qui sont, au moins en partie, liées aux problèmes d’accès aux financements pour les entrepreneurs.

Tiémoko Meliet Kone a d’ailleurs pointé au cours de son intervention deux fragilités endémiques des économies africaines: l’insuffisance des investissements productifs et un taux de bancarisation très limité (12% en Afrique de l’Ouest).

Des pistes concrètes pour l’emploi des jeunes

Comment dans ce contexte faire avancer l’emploi des jeunes en Afrique et redonner confiance aux générations futures?

Au-delà des discours d’intention pas toujours suivis d’effets, la recherche de solutions concrètes est inscrite dans l’ADN du New York Forum Institute que nous avons lancé pour repenser l’économie globale.

Des solutions innovantes sont déjà mises en place aux quatre coins du continent et il nous incombe d’inventer de nouveaux moyens d’offrir aux jeunes des perspectives d’emploi dans leurs pays. Des solutions réalistes à condition de s’appuyer sur un véritable engagement politique.

Face à l’urgence de la demande sociale, l’économie africaine doit réinventer son business model et se repositionner de manière concertée en faveur de l’emploi des jeunes. Il est indispensable que l’Afrique avance unie sur ces enjeux avec l’ambition de bâtir une Afrique connectée à l’économie monde.

Pour Mario Pezzini, directeur du centre de développement de l’OCDE, les dirigeants politiques doivent avoir le courage et la vision pour mettre en œuvre de véritables «politiques industrielles» tout en mettant l’accent sur le tissu de PME.

Telles sont d’ailleurs les conclusions d’un récent rapport de McKinsey (L’Afrique au travail: création d’emplois et croissance inclusive) qui précise que la compétitivité africaine n’est possible que si les pays parviennent à trouver des « niches de compétitivité».

Une stratégie qui s’avère payante, selon McKinsey, qui cite l’exemple du Maroc et de l’entrée récente du pays dans le marché de la fabrication de petites pièces automobiles.

Encore faut-il que les entrepreneurs africains parviennent à trouver les financements nécessaires pour passer de l’informel au formel.

Dans ce domaine, la mise en place massive au cours des dernières années, de solutions de micro-crédit est une réponse crédible et novatrice pour accompagner les petits entrepreneurs, dont les besoins en financement sont peu importants, et que le système bancaire traditionnel ne parvient pas à aider.

La croissance de l'Afrique doit générer des emplois

En 2035, l’Afrique aura plus de forces de travail que la Chine et l’Inde. Ce chiffre doit servir de boussole pour comprendre les atouts indéniables de l’économie africaine face à la compétition internationale.

Mais pour que cet atout démographique ne devienne pas un boulet impossible à traîner, l’Afrique doit se défaire de la situation paradoxale qui est la sienne actuellement: celle d’une région qui génère une croissance forte, mais qui crée (beaucoup) trop peu d’emplois.

La priorité doit donc être donnée à la valorisation d’une croissance inclusive valorisant à sa juste valeur l’emploi local.

C’est notamment l’une des priorités du nouveau président sénégalais Macky Sall, comme nous l’a expliqué son ministre de l’Economie et des Finances, Amadou Kane: «Le Sénégal a décidé de favoriser (dans les appels d’offre publics) les projets à composante importante de main-d’œuvre.»

Une nouvelle donne sur le continent.

Si M. Kane a regretté que le secteur agricole sénégalais ne soit pas assez impliqué dans les processus de transformation (où se réalise une grande partie de la valeur ajoutée), notamment au niveau agricole, il a rappelé le cadre de la politique gouvernementale en matière d’emploi:

«Des finances publiques assainies et un cadre macro-économique stable constituent la première base pour l’emploi et notamment pour l’emploi des jeunes.»

Selon McKinsey, deux stratégies doivent aller de pair pour dynamiser de manière significative l’emploi des jeunes en Afrique: renforcer la croissance, bien sûr, mais aussi et surtout faire en sorte que les exportations de ressources génèrent des emplois locaux et qu’au moins une partie de la transformation soit réalisée sur place.

Et on se retrouve confronté à la délicate question de formation et d’éducation, autre talon d’Achille du continent. Comme l’a souligné Jean-Louis Billon, «il est difficile de recruter à un niveau supérieur car beaucoup sont partis à l’étranger».

Education, compétitivité, spécialisation, transformation. Autant de facteurs où se jouent en profondeur l’avenir de l’emploi des jeunes en Afrique.

Comme le disait le président américain Bill Clinton, «il n’y a rien de mauvais en Afrique qui ne puisse être corrigé par ce qu’il y a de bon en Afrique».

Richard Attias, president de Richard Attias & Associates, fondateur du New York Forum et du New York Forum Africa.

 

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Richard Attias

Richard Attias, president de Richard Attias & Associates, fondateur du New York Forum et du New York Forum Africa.

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