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Marché africain, by zigazou76 via Flickr CC.
Marché africain, by zigazou76 via Flickr CC.

Chroniques de rentrée d'un Africain à Paris

L'Afrique et les Africains ont été à l'honneur lors de la dernière rentrée culturelle dans la capitale française, entre festivals et sorties de livre. Découvrez les chroniques du Petit Paris d'Issa Dieng.

Affreuse la rentrée à Paris? Oui. Affreux le temps gris et le ciel bas, le froid qui saisit au tournant de septembre et qui fait penser, même si on n’était pas parti en vacances, que vraiment, vraiment, la vie à mbènguè (la France et, de manière plus large, l'Europe, selon une terminologie camerounaise), c’est vraiment duuuuuur…

Oui aussi, parce que vraiment, quand on voit se qui se passe «au pays», entre la crise économique et les prises d’otages politiques façon Nord-Mali, on se demande dans quel bantoustan avec sable chaud et palmiers on va bien pouvoir aller se réfugier… 

C’est pourquoi il ne faut jamais jamais oublier le principe selon lequel «au-dessus des nuages, il y a toujours du ciel bleu». C’est prouvé! Tous ceux qui prennent l’avion le savent.

Alors, non, pas affreuse, la rentrée, mais Afro, comme le livre de la journaliste de l'hebdomadaire L’Express Katell Pouliquen, qui a eu la bonne idée de concocter un concentré beau-livre de boule afro. Franchement, ça ne donne pas envie de bomber le torse, un livre comme ça ?

Sur ce même trend du black-beautiful-celebration-le retour, le styliste-slameur (et pas slamiste, hein, y en a qui pourraient mal entendre en ces temps difficiles d’intolérance religieuse) Mike Sylla a eu, lui, l’idée de créer un Afro-free market (AFM), dès les 1er et 2 septembre…

Un événement dont le nom à lui seul était tout un programme: ventes d’objets divers, créations, rencontres à la clé…

La fête, comme au village

Dans une atmosphère à la fois joyeuse et paisible, curieux et curieuses de l’afro-diaspora ont tournoyé autour des stands chaleureusement éclairés par le soleil de la fin d’été.

Imaginez un squatt culturel en plein XVIIe arrondissement… Un peu de locks dans un monde de luxe, non?

Sur le podium, au centre de l’espace, le conteur congolais Gabriel Kinsa a raconté des histoires de lions, d’enfants, de jeunes filles et de mariages à ne pas forcément mettre entre toutes les oreilles…

Mais, heureusement, la musique rythmait la journée et couvrait parfois les propos gore ou salaces qu'un grand verre de gingembre permettait d’avaler.

Derrière les stands, on a pu voir la créatrice de bijoux Laetitia Ewagnignon, les vendeuses de prêt-à-porter Essila, les représentantes de l’ONG Beadforlife qui montraient le travail de «perleuses» vivant en Ouganda, les mannequins en vestes, robes et manteaux de cuir peint Baïfall Dream par le maître de cérémonie… 

Bon pas encore super top, la fréquentation de la «communauté»… Il faudra faire mieux la prochaine fois, les frangines et les frangins. Et votre chance, c’est que l’AFM aura lieu tous les premiers week-ends des douze mois qui viennent, soit 24 possibilités de venir. Elle est pas belle la vie, hmmm?

Après ce coup d’envoi, le même Mike remettait ça quelques jours plus tard, mais cette fois au centre de Paris, sur la place de l’Hôtel de Ville, en présentant un défilé de ses créations, lors du lancement de l’exposition Diasporas et indépendances africaines.

Si Anne Hidalgo, (première adjointe au maire de Paris), ne comprend pas, après tout ça, que si elle veut porter du cuir, elle a des fournisseurs tout trouvés avec la marque de Mike Sylla, c’est qu’elle n’a pas encore saisi l’art et la manière d’exprimer son ouverture au multiculturalisme de Paris.

Tiens, une autre adresse, Anne, si t’as une minute: va donc peaufiner ton sens de la Theranga (nom inspiré du mot téranga, hospitalité, en wolof, langue la plus parlée au Sénégal) au bar-à-palabres-café-salon-de-thé-espace-poétique de l’ami Mike, du côté de la place Clichy.

Bon, bon, je devine que tu fais la moue et que tu te sens plus membre des happy few qui ont envie de poser leur postérieur sur les sièges tout confort de la fameuse Villa Pergolèse, le seul resto dont on vante la qualité sur les ondes de RFI.

C’est vrai, c’est vrai, Anne, on peut croiser là-bas des personnalités de la musique, des hommes politiques et des hommes de terrain (de foot)…

Moi, je parie 1 million de francs CFA (1500 euros) que le journaliste-vedette de RFI Alain Foka connaît bien la patronne de la «Villa» et même qu’il la connaît bibliquement et maritalement... Trop fort!

A propos de médias, deux retours attendus ont bien eu lieu. Soro Solo et Vladiminir Cagnolari, les dandys-danseurs de l'émission L’Afrique enchantée, ont fait leur rentrée sur France Inter en mettant le feu au podium de la Fête de l’Humanité.

Franchement, y avait pas mieux pour se déhancher et croire encore que l’été ne s’était pas totalement éloigné.

Et pendant ce temps, à la télé, le sourire de Robert Brazza a servi de projo sur le plateau de Plus d’Afrique. Troisième saison sur Canal Horizons, quand même: chapeau, Roberto!

On danse, mais on bouquine aussi hein

Côté reprise, je vous lâche une petite info entre nous: on murmure que Claudy Siar, oui, LE Claudy, serait sur le point de devenir le patron ès patronitude de la chaîne TéléSud… Mais oui, madame, mais oui… Vas-y Claudy, vas-y! Dégé, comme titre, ça t’ira toujours vraiment mieux que Délégué-interministériel-pour-l’égalité-des-chances-des-Français-d’outre-mer…

Franchement, tout le monde sait que les blagues les plus courtes sont les meilleures. Alors les titres les plus courts aussi, foi d’Issa, wallahi, je te dis!

Enfin, septembre, c’est la rentrée des livres et l’Afrique n’est pas en reste cette année avec Le Terroriste noir de Tierno Monénembo.

Une Afrique très… vosgienne à vrai dire, puisque le livre de l’écrivain guinéen parle d’un «tirailleur sénégalais» blessé dans l’est de la France pendant la guerre de 39-45… Hé ben le gars ne perd pas de temps là-bas, hein!

Non seulement il se fait adopter par les villageois qui le recueillent, mais il charme tout le monde, entre dans la résistance et y met sur pied un réseau dont il n’a franchement pas à… rougir (oui, oui!). Sans compter que le gars en profite aussi pour séduire de nombreuses Vosgiennes… Si c’est pas de l’intégration avant la lettre, ça!

Quand je pense que le tirailleur Addi Bâ a réellement existé! Et que la France lui a rendu hommage 50 ans après la guerre en nommant par son nom une rue de son village d’accueil!

La bonne idée, c’est de lui avoir rendu hommage en lui rendant son statut de personnage de roman qu’il était aussi… Allez, Tierno, on croise les doigts pour le Goncourt. T’as déjà eu le Renaudot, alors c’est pas un p’tit Goncourt qui va te faire peur. J’en parle à mon marabout!

Issa Dieng

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Issa Dieng

Chroniqueur franco-africain installé à Paris.

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