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Sculptures vaudou Nago et Fon, Bénin. Collection Anne et Jacques Kerchache. Photo © Yuji Ono
Sculptures vaudou Nago et Fon, Bénin. Collection Anne et Jacques Kerchache. Photo © Yuji Ono

Faut-il craindre les objets du vaudou?

L'exposition sur l'art vaudou, qui se tient à Paris, est l'occasion d'éclaircir les mystères et la confusion qui entourent cette pratique religieuse, souvent diabolisée à tort.

La Fondation Cartier pour l’art contemporain abrite depuis le 5 avril 2011 et jusqu’au 25 septembre une exposition sur l’art vaudou. Initiée en collaboration avec la veuve de Jacques Kerchache, elle commémore ainsi le dixième anniversaire de la disparition de cet explorateur et expert autodidacte en la matière.

Une centaine d’objets de collections diverses y sont rassemblés, comme des sculptures traditionnelles appelées «bocio» (cadavre doté de pouvoir) composées de matériaux hétéroclites où le bois est omniprésent. Elles proviennent de l’ancienne «Côte des esclaves» en Afrique de l’Ouest et plus précisément du Bénin pour la plupart, le berceau du vaudou.

Objets d'art, objets pratiques

On distingue aisément les objets qui représentent les célèbres «Egungun», masques Guèlèdè, dont le patrimoine oral et immatériel a été inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Les visiteurs peuvent découvrir leurs flamboyantes et élégantes parures, ceux comprenant la fameuse hache de Hebiosso (dieu du tonnerre) ou encore un cadenas que les initiés créditent de pouvoirs exceptionnels. Toutes les statuettes expriment les préoccupations de l’homme face aux réalités de la vie.

En visitant l’exposition, on découvre ainsi une impressionnante collection de la statuaire vaudou dont l’esthétique le dispute à l’originalité. Mais si cela saute à l’œil, le visiteur reste interrogateur sur leur fonction. La documentation qui lui indique la composition de la statuette, le peuple auquel elle appartient, le pays de provenance et la collection d’origine ne lui apporte pas plus la réponse.

Même avec les photographies, les notes, les lettres, les films d’entretien avec Jacques Kerchache et un documentaire sur le sujet, on comprend peut-être mieux le vaudou en tant que religion. Mais les objets, eux, gardent tout leur mystère. Il aurait été encore plus intéressant, au-delà de l’esthétique, d’accompagner chaque objet de l’explication de sa fonction.

Vaudou?

En réalité, en Occident et même en Afrique, il y a une grande confusion entre ce qui relève du vaudou et du «bo» (pouvoir ou gris-gris). Ce qui entraîne souvent une certaine diabolisation du vaudou, à tort évidemment. La confusion existe également quant à sa signification, voire son orthographe: vodun, vaudou, vaudoun ou encore vodoun.

D’après certains spécialistes, vaudou viendrai du Ewe «vo» (ouverture ou trou), qui évoque quelque chose de caché, de secret, et «du» (signes divinatoires). En d’autres termes, vaudou signifierait quelque chose comme «messager de l’invisible».

Pour Suzanne Preston Blier, professeur à l’université de Harvard, vaudou pourrait signifier en langue Fon «vo» (se reposer) et «dun» (puiser de l’eau) pour exprimer de façon allégorique «la nécessité de rester calme quelles que soient les difficultés auxquelles chacun peut être confronté».

Une troisième explication communément admise au Bénin diverge de la deuxième par rapport à «du» (manger), dont le sens allégorique serait alors «le devoir de partager ou de communier avec les ancêtres». Bien d’autres suggestions de la signification du mot vaudou existent aussi. 

Mais quels que soient son origine et son sens, il y a des objets qui appartiennent au vaudou (culte traditionnel ou religion) et d’autres au «bo» (médicaments, gris-gris ou talismans). Et seule la fonction de chaque objet permet de déterminer la catégorie dont il relève pour les non initiés. Car pour les autres, un simple coup d’œil suffit d’emblée à faire cette différence.

Marcus Boni Teiga

 

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Marcus Boni Teiga

Ancien directeur de l'hebdomadaire Le Bénin Aujourd'hui, Marcus Boni Teiga a été grand reporter à La Gazette du Golfe à Cotonou et travaille actuellement en freelance. Il a publié de nombreux ouvrages. Il est co-auteur du blog Echos du Bénin sur Slate Afrique.

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