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Ces Maliens qui se battent pour Kadhafi

Depuis les manifestations de Benghazi en février 2011 et les répressions opérées sur le peuple libyen, beaucoup ont déserté les rangs du Guide libyen. Pourtant, celui qui s’est autoproclamé «roi des rois d’Afrique» garde sur le continent noir des alliés qui lui témoignent une fidélité sans faille.

Le Mali est le premier d’entre eux: beaucoup de jeunes hommes se sont enrôlés dans des milices qui sont désormais en Libye pour combattre sous la bannière du Guide. Entraînés, équipés, ils prêtent allégeance à Kadhafi en échange d’une pluie de dollars et autres traitements de faveur du même acabit.

Des fans clubs aux groupes de futurs combattants, tous sont séduits par la verve anticolonialiste du Guide.

Dans un article du 15 mars 2011, le site du New York Times revient sur ces recruteurs de «futurs pro-Kadhafi». Elhadj Maiga, responsable d’un groupe de 200 jeunes à Bamako, la capitale du Mali, rassemble et forme depuis longtemps ceux qui veulent soutenir le Guide —sans parler des tracts pro-Kadhafi qu’il distribue dans toute la ville.

«Nous sommes tous prêts à mourir pour lui. Il a tant fait pour nous […]. Que Kadhafi le demande ou pas, ils veulent tous le rejoindre. Il est tout pour eux: leur chef, leur leader. Sans lui, ils perdent leur protecteur.»

Une telle ferveur n’est sans doute pas étrangère aux investissements considérables dont Kadhafi a inondé toute l’Afrique subsaharienne.

Des gouvernements aux groupes rebelles en passant par des hôtels de luxe ou des organisations islamiques, tous ont bénéficié des largesses du Guide et ses pétrodollars.

Les Touaregs (principalement originaires du Mali, de l’Algérie et du Niger) sont également de la partie, car beaucoup se sont rangés du côté de Kadhafi.

«Entre 200 et 300 Touaregs ont quitté le nord du Mali pour rejoindre Kadhafi ces dernières semaines», rapportait BBC News le 4 mars. Et les rapports étroits entretenus entre cette ethnie nomade originaire des zones sahélo-sahariennes et le Guide libyen ne date pas d'hier.

Alors que dans les années 70, Kadhafi fondait la Légion islamique (un groupe armé servant à unifier les islamistes en Afrique septentrionale), les régions du Sahel et du Sahara ont connu une sécheresse sans précédents.  

Pour fuir la misère, beaucoup de Touaregs se sont enrôlés sous la bannière de cette milice aux ordres du Guide, dont la réputation de bon payeur n’était déjà plus à faire.

La Légion a combattu sur différents fronts (Tchad, Soudan, Liban) jusqu’à sa dissolution à la  fin des années 80. De nombreux Touaregs sont alors restés en Libye pour intégrer l’armée libyenne.

«Certaines personnes sont diaboliques, mais pas le Colonel. C’est un bon Africain», atteste le porte-parole du président malien, Seydou Sissouma.

«Kadhafi n’achète pas ses amis. La Libye a accepté de partager ses ressources avec les autres. Les autres producteurs de pétrole en Afrique, comme  le Nigeria, ne le font pas.»

Sans parler qu’à lui seul, Kadhafi assure 15% des cotisations destinées à l’Union africaine (UA). 

N’en déplaise à certains, en période de crise la Libye semble avoir davantage compté sur ses alliés africains que sur ses homologues de la Ligue arabe.

Et pour cause: celle-ci s’est (dans un premier temps) rangée du côté des Occidentaux pour l’adoption de la résolution 1973 de Conseil de Sécurité de l’ONU votée dans la nuit du 17 mars. Un texte qui autorise le recours à la force armée contre le Colonel s'il s'en prend à la population civile.

A contrario, l'UA ne s'est jointe aux débats que pour condamner fermement l'ingérence des Occidentaux dans les affaires internes de la Libye. Tout en critiquant les attaques aériennes dirigées par la France, elle préconise un «règlement africain» du conflit.

Lu sur The New York Times, BBC News, RFI