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Lutte contre Ebola en RDC: des enterrements aseptisés sous haute protection

"Ca nous étonne qu'elle soit enterrée ainsi": Denise Kahambu vit mal l'enterrement "digne et sécurisé" de sa cousine Marie-Rose, 50 ans, décédée de l'épidémie d'Ebola qui échappe à tout contrôle dans l'est de la République démocratique du Congo avec 1.200 victimes.

Deux cent décés ont été enregistrés ces deux semaines passées, 21 le seul dernier vendredi.

"On dit qu'elle est morte d'Ebola", ajoute Denise sans cacher sa méfiance pendant l'enterrement organisé par la Croix-Rouge à Butembo, principal foyer de l'épidémie dans le Nord-Kivu.

Les enterrements "dignes et sécurisés" ont pour but d'éviter tout contact des vivants avec les fluides du défunt, à très haute charge virale.

Ces enterrements aseptisés, avec les proches tenus à l'écart, suscitent des réactions violentes qui inquiètent les autorités sanitaires déjà confrontées aux attaques des centres de traitement d'Ebola (CTE).

A l'arrivée du corps dans un cercueil à l'arrière d'un pick-up en provenance du CTE, la famille est déjà sur place au cimetière. Le trou de la tombe est déjà creusé par les équipes de la Croix-Rouge pour gagner du temps, a constaté le photographe de l'AFP.

Le cercueil et la voiture sont escortés par une demi-douzaine de policiers, qui restent aux aguets pendant la cérémonie.

Le corps est inhumé en silence, sans cérémonie religieuse, par des membres de la Croix-Rouge qui ont enfilé des gants.

Un membre de la famille ou un proche est autorisé à poser une croix sur la tombe, après avoir enfilé aussi des gants.

Vendredi, deux équipes d'"enterrements dignes et sécurisés" (EDS) ont été agressées à Butembo et à Bunia dans la province voisine de l'Ituri, a rapporté samedi le ministère de la Santé.

"Lorsque l'équipe est arrivée au cimetière ce vendredi, les tombes étaient couvertes et des personnes leur ont lancé des cailloux, blessant un agent EDS", développe le ministère sur l'incident de Butembo. "Parfois, certains habitants recouvrent les tombes pendant la nuit afin de marquer leur opposition aux enterrements". 

- Choc anthropologique -  

Les "EDS" représentent une sorte de choc anthropologique pour les communautés locales habituées à davantage de proximité avec le corps du défunt pour commencer leur travail de deuil.

"La coutume veut que le corps du défunt rentre d'abord à la maison. Et lorsque les gens pleurent, ils ont l'occasion de toucher le corps pour la dernière fois", explique Séros Muyisa Kamathe, guide et interprète de l'AFP à Beni et Butembo.

"Avant d'aller au cimetière, on ouvre le cercueil pour que les gens contemplent le corps du défunt pour la dernière fois. C'est la famille et les voisins qui ont le monopole d'aller chercher un bon emplacement pour creuser la tombe", détaille-t-il.

Ce choc des rites funéraires va de pair avec le déni de la maladie par une partie de la communauté.

Ces "résistances" avaient déjà été observées en (Guinée, Liberia, Sierra Leone) pendant la grande épidémie de 2014 (11.000 morts).

L'actuelle épidémie, la deuxième la plus grave après celle de 2014, présente des singularités sans précédent.

Elle touche une région qui vit dans la défiance des autorités incapables d'enrayer des massacres de civils à Beni depuis 2014.

L'annonce par les autorités du report de l'élection présidentielle du 30 décembre en raison d'Ebola a aggravé le ressentiment dans ce fief de l'opposition.

Au total, 1.198 personnes ont succombé au virus d'Ebola depuis la déclaration de l'épidémie le 1er août dernier.

"Ce n'est pas possible d'arrêter Ebola dans une telle situation de tensions au niveau communautaire, de manipulations politiques, et avec tous les groupes armés" actifs, s'est alarmé un haut-responsable de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) de retour d'une mission à Beni-Butembo en fin de semaine.

Les autorités sanitaires veulent rester  optimistes en rappelant que plus de 118.000 personnes ont été vaccinées contre le virus, qui a épargné les deux pays voisins sur leur garde, le Rwanda et l'Ouganda.

AFP

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