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L'ancien président algérien Chadli Bendjedid, lors d'un congrès du FLN à Alger, mars 2010. © REUTERS/Louafi Larbi
L'ancien président algérien Chadli Bendjedid, lors d'un congrès du FLN à Alger, mars 2010. © REUTERS/Louafi Larbi

Ce que l'Algérie doit à Chadli Bendjedid

L'ancien président algérien laisse un souvenir mitigé. Beaucoup reconnaissent ses efforts pour démocratiser le pays. D'autres critiquent sa gestion des événements d'octobre 88 et son lourd bilan économique.

C’est à peine s’il n’est pas hissé au rang de «père de la démocratie» en Algérie.

La disparition de l’ex-président Chadli Bendjedid, survenue à l’âge de 83 ans, dès suites d’un cancer, le 6 octobre à Alger, est l’occasion pour le site d’information Algérie 360 de  rappeler que «l’histoire n’a pas facilité la tâche à Chadli Bendjedid».

Le site analyse surtout son départ de la tête du pays, le 11 janvier 1992, après 13 ans de règne, comme un événement auquel il aurait été poussé bien malgré lui.

«A peine a-t-il commencé à construire un nouvel édifice institutionnel qu’il a été écarté du pouvoir», souligne Algérie 360, qui rappelle notamment les élections législatives que le président défunt avait tenu à organiser, mais dont le second tour n’a jamais eu lieu.

Chadli Bendjedid avait succédé au deuxième président de l’Algérie indépendante, Houari Boumedienne et aurait facilité le retour d’exil d’Ahmed Ben Bella (premier président algérien, décédé le 11 avril 2012).

Controverse autour de son départ

Pour Algérie 360, sa démission s’explique par deux raisons:

«Il y avait d’abord toute l’opposition en exil ou à l’intérieur du pays qui s’est liguée contre sa politique (…) Il y eut également la chute du prix du baril du pétrole et la chute du mur de Berlin. Mais il y eut surtout le rôle de l’armée.»

Le site du quotidien El Watan ne consacre que quelques lignes à l’événement, avec une annonce pour le moins sobre:

«L’ancien président algérien, Chadli Bendjedid est décédé.»

El Watan revient cependant, lui aussi, sur les circonstances de la démission du troisième président de l’Algérie, depuis l’indépendance de ce pays, en 1962.

Une démission que le quotidien algérois explique surtout par «le ras de marée du FIS (Front islamique du Salut) au premier tour des législatives de décembre 1991».

Le départ du pouvoir de Chadli Bendjedid, dans un climat chaotique est également l’angle retenu par TSA (Tout sur l’Algérie).

Le site d’information publie un témoignage de Miloud Brahimi, ancien président de la Ligue algérienne des droits de l’homme.

L’avocat, explique TSA, ne croit pas à la thèse largement répandue d’un coup d’Etat masqué.

Un défenseur des droits de l'homme?

«Chadli m'a dit qu’il avait démissionné de son propre chef et que personne ne l’avait obligé à partir, souligne Miloud Brahimi. Il a fait ce qu’il pouvait faire pour le pays. Après avoir accompli son devoir, il a laissé la place aux autres pour poursuivre les tâches que commandait l’intérêt du pays.»

Dans ce long témoignage publié par le site TSA, l’ancien président de la Ligue algérienne des droits de l’homme estime que Chadli Bendjedid était sensible à la question des libertés et de la démocratie.

«Le processus démocratique, toujours en cours dans le pays, a été engagé par Chadli Bendjedid. Il était réellement pour la démocratisation de l’Algérie.»

Le quotidien Liberté, pour sa part, tient à indiquer que la disparition du troisième président algérien, intervient «au lendemain de la commémoration, dans l’indifférence, des douloureux événements d’octobre 1988, l’une des plus importantes explosions sociales et politiques vécues par le pays, alors que Chadli présidait aux destinées de l’Algérie.»

Pour le journal, ce sont ces événements qui ont «forcé» Chadli à engager une révision constitutionnelle en 1989, laquelle a abouti à l’instauration du multipartisme.

Ses cadeaux empoisonnés

Assez critique, Liberté conclut ainsi son éditorial:

«En quittant le pouvoir, Chadli a laissé à ses successeurs un cadeau empoisonné: le FIS. Mais il laissera aussi un pays surendetté, une économie presqu’à l’arrêt, mais surtout une indescriptible instabilité qui a, tout de suite, donné naissance aux premiers groupes terroristes.»

Tout aussi critique, le site Algérie Focus note:

«Avec lui, on a fondé la tradition d’une présidence faible face à des parrains occultes forts. C’est un président par défaut nommé pour faire oublier un Boumediene trop imposant. Chadli était en quelque sorte la déstalinisation algérienne.»

Le site d’information, un brin ironique, fait savoir que les Algériens doivent à Chadli Bendjedi d’avoir ouvert une boîte de Pandore:

«Vingt ans avant aujourd’hui, Chadli a été le premier président arabe à jouer avec le feu sombre des islamistes. Il reste, pour l’histoire, celui qui a autorisé le FIS a exister. Cela le perdra. Il a voulu jouer le FIS contre le FLN (Front de libération nationale) qui jouera la révolte contre Chadli qui jouera et perdra face à l’armée affolée.»

En attendant ses mémoires

Malgré tout, les Algériens semblent garder un bon souvenir de Chadli Bendjedid, qui est inhumé ce 8 octobre au Carré des martyrs à Alger, et en la mémoire duquel un deuil national de huit jours a été décrété.

L’Agence algérienne de Presse (APS) publie d'ailleurs de larges extraits du message de condoléances du président Abdelaziz Bouteflika, adressé à la famille du défunt.

Pour Bouteflika, Chadli Bendjedid était «un moudjahid (combattant, ndlr) de la première heure, dont le souci majeur était d’affranchir le pays des affres du colonialisme et libérer son peuple de ses injustices.»

Ce sont autant de sujets, y compris les événements d’octobre 1988, que les Algériens espèrent pouvoir lire dans les mémoires de l’ancien président.

La sortie de cet ouvrage est prévue, indique l’APS, pour le 1er novembre, jour de la commémoration du 58e anniversaire du déclenchement de la guerre d’Algérie.

Raoul Mbog

 

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Raoul Mbog

Raoul Mbog est journaliste à Slate Afrique. Il s'intéresse principalement aux thématiques liées aux mutations sociales et culturelles et aux questions d'identité et de genre en Afrique.

 

 

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