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La détresse des femmes sans-abri tunisiennes

Elles sont une centaine dans les rues de Tunis à errer, sans savoir où aller. Ces femmes sont seules. Le phénomène est-il récent ou seulement plus visible, se demande le site militant Nawaat.

L’association Beity (traduction: ma maison) s’est donné la mission de venir en aide à ces femmes sans-abris en leur proposant de les héberger dans un centre d’accueil.

Pendant deux mois, l’association est allée à leur rencontre dans les rues de Tunis. Elle en a recensé une centaine dans ce cas:

«La rue est pourtant connue comme un milieu masculin, cette idée qu’une égalité est en train de naître sur ce terrain n’est pas une bonne nouvelle. Surtout qu’avec la culture de solidarité que nous avons, il est incroyable de voir des femmes à la rue», témoigne Samira Ayed, sociologue et professeur universitaire, qui faisait partie de l’équipe sur le terrain.

Les enquêteurs sur le terrain ont rencontré des femmes de tout âge, venant de milieux différents. Toutes n’ont pas le même vécu, même si la majorité d’entre-elles sont analphabètes. Les profils sont différents et le site Nawaat en propose une liste exhaustive: 

«Il y a des jeunes femmes en itinérance, des femmes mariées victimes de violence, des femmes chef de famille monoparentale, qu’elles soient célibataires, veuves ou divorcées, mais également avec des conjoints malades ou emprisonnés, des jeunes filles fugueuses, des travailleuses, souvent aides-ménagères qui ont perdu leur emploi, des femmes atteintes de maladie chronique abandonnées par leur famille, des femmes pauvres et âgées chassées de leur logement, d’anciennes détenues rejetées par leur famille.»

La plupart de ces femmes vivent de la mendicité et certaines ne le cachent pas, de la prostitution. L’enquête montre également que ces femmes se sont retrouvées sans abri à cause des violences qu’elles avaient subi de la part leur mari, apprend-on encore sur le site Nawaat. Après avoir supporté la situation pendant des années, les femmes finissent par partir. Sauf que les structures pour les accueillir sont quasi-inexistante en Tunisie.

Le site militant conclut en, rappelant que cette présence de femmes dans la rue demeure un sujet tabou, notamment dans des sociétés qui continuent d’associer la femme au foyer. Même si cela évolue en fonction des classes sociales.

Leur précarité montre que la solidarité familiale ne peut remplacer l'action de l'Etat.

Lu sur Nawaat

 

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