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Au Ghana, les handicapés mentaux vivent un enfer (VIDEO)

Human Rights Watch (HRW) tire la sonnette d’alarme au Ghana. L’organisation épingle dans un rapport publié le 2 octobre les mauvais traitements infligés aux personnes atteintes d’un handicap mental.

Celles-ci seraient victimes de graves abus dans les établissements psychiatriques et les centres de guérison spirituelle du pays, selon HRW.

Intitulé «Comme une peine de mort: abus contre les personnes atteintes d’un handicap mental au Ghana», HRW réalise un rapport édifiant sur les conditions de vie de ces individus.

Contraints de vivre dans des hôpitaux psychiatriques, souvent contre leur gré, et souvent privés de toute possibilité de contester leur enfermement, les personnes atteintes d’un handicap mental se retrouvent à vivre dans un véritable enfer.

Les trois hôpitaux psychiatriques publics du Ghana —à Accra, Pantang et Ankaful— accueillent, d’après les estimations, un millier de personnes atteintes d’un handicap mental. En plus de la surpopulation, ces lieux sont insalubres signale HRW.

«Dans certains centres de guérison spirituelle, connus sous le nom de "camps de prière", les handicapés mentaux sont souvent enchaînées à des arbres, sous un soleil torride, et contraintes à jeûner pendant des semaines dans le cadre d’un "processus de guérison", se voyant refuser tout accès à un traitement médicamenteux», a observé l'organisation.

C'est l’enfer qu’a vécu Doris Appiah. Elle a trouvé le courage de confier son calvaire à HRW.

«Du moment où l’on a un handicap mental, on perd pratiquement tous ses droits, même le droit de donner son avis», a déclaré Doris Appiah.

Elle a passé plus de dix ans en camps de prière et en hôpitaux psychiatriques et s’est retrouvée attachée par une corde pendant plus de deux mois et contrainte à ingurgiter des herbes locales nocives qui lui ont abîmé la langue.

 «Nous demandons au gouvernement de s’assurer que les personnes atteintes d’un handicap mental puissent accéder à des services le plus près possible de leur domicile et que les camps de prière soient surveillés afin d’éviter que les personnes qui y séjournent ne soient victimes d’abus.»

L’Organisation mondiale de la Santé estime que près de 3 millions de Ghanéens vivent avec un handicap mental, 600.000 d’entre eux étant atteints de troubles mentaux très graves.

«Le gouvernement ghanéen doit sans plus tarder prendre des mesures pour mettre un terme aux abus dont font l’objet les personnes atteintes d’un handicap mental dans les institutions, les camps de prière et au sein de la communauté», a déclaré Medi Ssengooba, chercheur chez Human Rights Watch.

«Les conditions dans lesquelles nombre d’entre elles vivent au Ghana sont inhumaines et dégradantes.»

Lu sur Human Rights Watch

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