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Tunisie - L'université islamique qui défie l'Etat

La mosquée Zitouna (l’olive en arabe) au cœur de Tunis, a fait récemment parler d’elle. Doublé d’une université religieuse, l’établissement est en passe de reconquérir un statut qu’il avait perdu dès 1956 avec l’arrivée au pouvoir de Bourguiba, indique Le Point.

«Personne ne peut intervenir dans le contenu des cours» a fulminé le cheikh Houcine Laabidi.

Cet imam de la mosquée Zitouna tente de rouvrir l'université. Comme plus de 200 écoles coraniques, l’établissement cherche aussi à acquérir son indépendance: en 1956, Habib Bourguiba, le père de l'indépendance tunisienne, avait bloqué tous les dons à la mosquée, la contraignant ainsi à cesser ses activités d'enseignement.

Depuis le départ de l'ancien président Ben Ali en janvier 2011, les données ont évolué et permettent au cheikh Laabidi de croire en un renouveau de l’université, à l’image d’Al-Azhar en Egypte.

De manière très vague, Houcine Laabidi a expliqué que l’établissement était désormais financé par «des hommes d’affaires», et qu’il rencontrait un franc succès auprès de certains Tunisois. Quelques 6.000 adultes se seraient ainsi inscrits aux cours gratuits du weekend selon le cheikh.

«Ouvrir des écoles d'enseignement secondaire ou supérieur est illégal! Le cheikh cherche à créer un État dans l'État» a contesté quant à lui Ali Lafi, conseiller auprès du ministre des Affaires religieuses.

Et de continuer: «Il faut un retour de l'enseignement dans les règles: on doit savoir ce qu'on enseigne, comment, avec qui et à qui. Le cheikh Laabidi travaille sans stratégie, sans programme».

Si Houcine Laabidi ne ressemble pas aux imams traditionnels «zeitouniens», plus liés au pouvoir, il n’en demeure pas moins conscient de l’importance de ne pas laisser l’extrémisme prendre le dessus.

«Le retour de l'enseignement religieux à la Zitouna permettrait de rectifier les dérives extrémistes que l'on observe dans la société» a-t-il précisé.

Et d'ajouter que «les salafistes sont des ignorants de l'islam, tout comme les laïques».

Ce dernier avait tout de même appelé au meurtre des artistes exposant au Palais Abdellia De la Marsa en juin 2012. Coincé entre le parti au pouvoir Ennahda (plus modéré), et la mouvance salafiste, le cheikh Laabidi espère peser plus lourd.

Lu sur Le Point

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