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Nouvelle victoire annoncée pour l'ANC en Afrique du Sud, envers et contre tout...

Les Sud-Africains votent mercredi pour des élections législatives et provinciales où la victoire est promise une nouvelle fois au Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis la chute du régime de l'apartheid en 1994, malgré le chômage, la corruption et une société de plus en plus inégalitaire.

Sauf énorme surprise, le parti de feu Nelson Mandela devrait retrouver sa majorité absolue sur les bancs du Parlement et son patron Cyril Ramaphosa, élu par les députés, son fauteuil de chef de l'Etat.

Les derniers sondages accordent à l'ANC de 50 à 61% des suffrages, très loin devant ses principaux rivaux.

"Nous savons que nous serons au gouvernement demain. Cette victoire, je peux la sentir, je peux la toucher", a lancé dimanche M. Ramaphosa devant plus de 50.000 partisans enthousiastes massés dans le stade d'Ellis Park à Johannesburg.

Sa campagne fut pourtant loin d'être une partie de plaisir.

L'ex-syndicaliste devenu multimillionnaire, longtemps dauphin pressenti de Nelson Mandela, a hérité fin 2017 d'un ANC en pleine crise de confiance, usé par les neuf ans du règne agité de scandales de son prédécesseur Jacob Zuma.

Aux élections locales il y a trois ans, le parti a réalisé le plus mauvais score national de son histoire (54%) et perdu le contrôle de villes emblématiques comme Johannesburg et Pretoria.

Depuis qu'il a pris les rênes de l'ANC, puis du pays début 2018, Cyril Ramaphosa, 66 ans, répète qu'il est l'homme du changement, qu'il va tordre le cou à la corruption et redonner des couleurs au rêve désenchanté de nation "arc-en-ciel" promu par son mentor Nelson Mandela.

Ses promesses semblent avoir rassuré son électorat.

"Ce qui est important, c'est que maintenant nous avons Cyril", a confié à l'AFP Mama Joy Chauke, 43 ans, venue applaudir le chef de l'Etat à l'Ellis Park, "je crois sincèrement qu'il est capable de changer ce qui n'a pas marché jusque-là".

- 'Redonner l'espoir' -

"Ramaphosa a redonné aux électeurs l'espoir que les choses vont s'améliorer", confirme l'analyste Susan Booysen, de l'université du Witwatersrand, "sa popularité tire celle de l'ANC".

Le bilan du parti à la tête de l'Afrique du Sud est pourtant loin d'être reluisant. Le chômage est endémique, son taux dépasse même 50% chez les jeunes, la pauvreté et les inégalités progressent, tout comme la criminalité.

Du pain béni pour le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), qui n'a pas manqué d'énumérer les échecs du gouvernement tout au long de sa campagne.

"Ce scrutin doit être un choix (...) entre la destruction de notre pays au profit d'une petite mafia et la construction d'une Afrique du Sud sûre, prospère et inclusive au profit de tous", a résumé son jeune chef noir, Mmusi Maimane, 38 ans.

"Ils ont été un moment nos libérateurs, mais aujourd'hui nous devons nous libérer d'eux", a-t-il lancé au sujet de l'ANC.

Mais la DA n'a pas profité de la baisse de popularité du parti au pouvoir. Toujours perçue comme un parti de la minorité blanche, elle est créditée de 15 à 25% des intentions de vote. Aux législatives de 2014, elle avait séduit 22% des votants.

Troisième force politique du pays, les Combattants pour la liberté économique (EFF) devraient quant à eux passer la barre symbolique des 10%, en nette progression par rapport aux 6,3% de 2014.

Leur tonitruant "commandant en chef" au béret rouge Julius Malema a su capter la colère de plus démunis à longueur de discours enflammés dirigés contre la corruption de l'ANC et la minorité blanche. 

- 'Victoire en trompe l'oeil' -

"Nous voulons des emplois et des terres maintenant !", a-t-il exigé à chacune de ses sorties. "Mandela a passé le relais à la jeune génération, et la jeune génération, ce sont les EFF!"

Mais ni les EFF ni la DA ne semblent en mesure de faire trébucher l'ANC en le privant de sa majorité absolue.

"Les gens ne croient pas vraiment en ces partis. Ils n'ont que peu bénéficié du départ de Jacob Zuma", souligne Susan Booysen, "ils ont eu du mal à mener des campagnes solides et cohérentes et à proposer des politiques alternatives".

Le sort de l'Assemblée nationale joué, la seule surprise du 8 mai pourrait venir des scrutins pour les assemblées des neuf provinces. Selon les sondages, l'ANC semble menacé dans le Gauteng, la province de Johannesburg et Pretoria.

Sûr de sa réélection, Cyril Ramaphosa a déjà promis de tenir compte des critiques des électeurs pendant son mandat, conscient qu'un nouvel échec sanctionnerait l'ANC.

"Nous vous avons entendus", a-t-il assuré dimanche, "nous ferons ce que vous attendez de nous".

Trop tard, jugent certains analystes. "L'ANC peut espérer une majorité de 60% mais ce sera une victoire en trompe-l'½il", avertit Frans Cronje, de l'Institut pour les relations raciales (IRR). 

"L'ANC n'a pas su se moderniser pour séduire les jeunes électeurs (...) qui vont plutôt vers la DA et les EFF", ajoute-t-il, "il a déjà perdu les élections de 2024 ou de 2029".

Les premiers résultats des scrutins sont attendus dès jeudi.

pa/bed/jlb

    

AFP

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