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Des Maliens un journ de marché à Djenne, septembre 2012. ©REUTERS/Joe Penney
Des Maliens un journ de marché à Djenne, septembre 2012. ©REUTERS/Joe Penney

Mali: Et si l’on s'inspirait de la Somalie?

Si les Maliens veulent venir à bout des djihadistes qui ont envahi le nord du pays, ils devront faire preuve du même esprit de cohésion que celui qui a prévalu en Somalie.

Le Mali et la Somalie sont deux pays aux histoires convergentes sur au moins un point: des portions de leurs territoires connaissent une occupation illégale islamiste. Avec cependant des différences non-négligeables.

Au moment où l’une enregistre des avancées encourageantes dans sa tentative d’expulsion des djihadistes, l’autre est en passe de devenir une zone favorable à l’expansion de leur hégémonie.

Les forces somaliennes ont, en effet, réussi à déloger les shebabs de leur important dernier bastion du port stratégique de Kismayo.

Cette reprise en main constitue une victoire de taille pour l’armée somalienne appuyée par la mission onusienne. Même si, pour l’instant, les islamistes shebabs essaient de faire passer leur repli pour un acte tactique.

Leur présence résiduelle encore avérée dans la zone, les meurtres perpétrés après leur défaite et le contrôle par eux d’autres localités somaliennes, invitent tout de même à un minimum de prudence.

La nouvelle de la libération de Kismayo a, du reste, été accueillie avec précaution par le porte-parole des combattants réguliers. Il n’empêche qu’elle vient changer la donne en ce sens que la nouvelle situation permet à ces derniers de renforcer leurs positions et administre un sérieux coup psychologique à leur ennemi.

Elle constitue ainsi un bond en avant dans la lutte contre l’intolérance religieuse, l’occupation illégale de territoire et leur corollaire qu’est l’absence de démocratie en Somalie.

Ce sont ces trois maux qui plombent le développement de tout pays qui en est victime, qui minent le Mali depuis l’invasion de sa partie nord par des groupes islamistes aux pratiques rétrogrades et inhumaines.

Les résultats positifs que sont en train d’engranger les Somaliens dans leur croisade contre les «fous de Dieu» sont le fruit d’une option et d’un engagement constants et réalistes. C’est l’effort conjugué des citoyens somaliens d’abord, des pays voisins et de la communauté internationale, ensuite, qui est visiblement en train d’être récompensé.

Et la mayonnaise semble tellement prendre dans le cas somalien que l’on ne peut s’empêcher de penser à la possibilité de s’en inspirer pour mieux réussir la tentative de résolution de la crise malienne.

Pour ce faire, les acteurs de la résolution du conflit malien doivent commencer par se mettre sur la même longueur d’onde en arrimant leurs stratégies à leur but commun.

Faire taire les divergences

Contrairement aux Somaliens qui parlent le même langage, l’incompréhensible divergence de vues qui règne au pays de Soundiata Keita (fondateur de l'empire du Mali, au XIIe siècle) n’est pas faite pour arranger les choses.

D’un côté, il y a le Premier ministre Modibo Diarra qui, conscient que «le temps pour les négociations est passé», est revenu à de meilleurs sentiments en se faisant le chef de file des partisans de la méthode forte.

De l’autre, les pro-putschistes qui rament toujours à contre-courant de la réalité du terrain et des exigences du moment en s’opposant catégoriquement à l’envoi de troupes étrangères au Mali.

L’on peut ranger au milieu de ces deux tendances diamétralement opposées, celles dites modérées et dont les chantres pourraient être le capitaine Sanogo et le président Dioncounda Traoré.

Le premier s’est dit favorable à un appui apporté par des soldats étrangers dans une opération dénommée «Reconquête du nord» et dont les forces maliennes resteront le pivot.

Seul le président de la transition continue de souffler le chaud et le froid. Bien que les préparatifs pour l’assaut soient à un stade avancé, ce dernier croit encore naïvement à une possible issue favorable par le dialogue.

Cette cacophonie qui prévaut au Mali est d’autant plus étonnante et anachronique que c’est le gouvernement malien lui-même qui a introduit une requête aux Nations unies pour demander la prise d’une résolution sur le déploiement d’une force internationale sur son territoire.

Tout se passe comme si les Maliens ne savent pas exactement ce qu’ils veulent. Ou plutôt, qu'ils veulent à la fois une chose et son contraire. Certes, la contradiction en elle-même n’est pas mauvaise, dans la mesure où elle peut permettre de prendre en compte les différentes suggestions pour mieux réussir l’opération militaire dont la nécessité coule de source.

La cohésion, la clé de tout

Il est cependant évident qu’il faut savoir se rendre à l’évidence en temps opportun pour ne pas constituer un frein à la mise en œuvre des décisions utiles à l’épanouissement de la totalité de la nation malienne.

Les Somaliens ont su taire leurs nuances de vues, peut-être parce que même Mogadiscio, la capitale, fut sous contrôle islamiste, obligeant l’exécutif à squatter d’autres pays pour tenir ses rencontres.

Les Maliens doivent en prendre de la graine pour éviter à leur pays pareille situation. Ils doivent se rappeler que la charia est appliquée non loin de Bamako et ses promoteurs n’ont jamais fait mystère de leur ambition de l’étendre à l’ensemble du territoire malien.

Que les vrais patriotes bamakois sachent lire à temps les signes représentés par la poursuite allègre des mutilations humaines et des destructions de mausolées pour comprendre qu’il est grand temps pour eux de taire leurs querelles inutiles avant que la Kalachnikov des illuminés ne les fasse taire pour de bon.

Le vrai débat qui vaille se mène actuellement sur la scène internationale et vise à réunir les moyens et les conditions nécessaires à l’assaut salvateur.

Tout Malien qui aime vraiment son pays doit y contribuer car, c’est la voie royale pour faire en sorte qu’au-delà de la consonance, Mali rime vraiment avec Somalie en termes d’espoir d’arriver un jour à se défaire du joug islamiste.

Le Pays

 

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