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Yusra Ghannouch. Capture d'écran
Yusra Ghannouch. Capture d'écran

Tunisie: La fille de Rached Ghannouchi réagit sur le viol

Yusra Ghannouchi, l’une des filles du leader d’Ennahdha et porte-parole à l’international du parti, a choisi le réseau social Twitter pour parler du scandale de la jeune fille violée par des policiers. Ses déclarations prennent peu à peu une autre tournure quand elle finit par s’en prendre aux médias français.

Mise à jour du 3 octobre 2012: Le ministre tunisien de la Justice, Noureddine Bhiri, a défendu le 3 octobre les procédures en cours contre une jeune femme violée par des policiers et qui risque d'être inculpée pour atteinte à la pudeur, accusant certains médias de porter atteinte à l'image de la Tunisie.

"Le viol de cette fille est horrible (...), la justice est sérieuse dans son examen du dossier", a-t-il déclaré dans une vidéo sur la page Facebook du ministère.

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Plus connue du public anglais, la fille de Rached Ghannouchi, Yusra représente aussi le parti de son père à l’étranger et utilise Twitter, pour commenter l’actualité tunisienne. Contrairement à son père qui ne s’est pas encore exprimé sur l’affaire de la jeune fille violée par des policiers à Tunis, puis «accusée d’outrage à la pudeur», Yusra s’est servie du réseau social pour exprimer son opinion personnelle qu’elle élabore en dix points. Le début commence bien

«Le viol est un crime horrible qui doit être condamné. Point final. Rien ne peut le justifier», déclare-t-elle dans son premier point.

Elle continue sur le fait que la police, coupable, doit être punie encore plus sévèrement. Mais très vite, elle commence à faire le lien avec l’ancien régime de Ben Ali et considère que la police reproduit les mêmes pratiques que sous la dictature. Tout comme la décision du juge de convoquer la victime en tant qu’accusée est une défaillance héritée de l’ancien régime.

Rien n’est dit sur la gestion de l’affaire par le gouvernement actuel si ce n’est que «l’arrestation des trois policiers doit être saluée». La démonstration se tourne alors vers la couverture médiatique du viol. Comme beaucoup d’autres membres du parti Ennahdha, la jeune femme ne semble pas porter les médias dans son cœur. Elle signale d’abord que beaucoup d’«informations ont été déformées» comme le fait de présenter tout de suite la victime comme une «condamnée» et peu ont souligné l’arrestation des coupables.

Sa démonstration se tourne alors vers les médias français et étrangers qu’elle critique avec véhémence, les accusant de ne pas avoir médiatisé les cas de viols sous Ben Ali tout comme ceux sous Béji Caïd Essebssi.

«Et un dernier mot aux médias français et internationaux qui ont couvert l’affaire et qui n’ont jamais rapporté les innombrables violations des droits humains sous Ben Ali ni ceux de la police sous le gouvernement transitoire. Merci de vous réveiller maintenant mais nous n’avons pas besoin de votre aide sans consistance.»

Elle conclut en déclarant que les trois policiers arrêtés dans l’affaire du viol recevront certainement un traitement plus sévère que pour les policiers français de Nice qui ont été relâchés après avoir violé une prostituée. Critique qui lui vaut la réponse agacée d’un expatrié français lui rappelant les difficultés des médias pour rapporter les faits à l’époque de Ben Ali.

Mais Yusra Ghannouchi ne se démonte pas et assume sa critique jusqu’au bout.

La jeune femme semble oublier que le ministère de la Justice tout comme le ministère de l’Intérieur ont exprimé plus de messages condamnant la victime que des paroles de soutien. Si pour elle «l’affaire ne doit pas être politisée» les déclarations du gouvernement actuel en ont fait un problème politique qui questionne à la fois l’impunité de la police et l’indépendance de la justice. Les paroles récentes des hommes du gouvernement sur le sujet n’ont pas montré la volonté de réformer le système mais au contraire, de laisser perdurer certaines pratiques.

Après le porte-parole du ministère de l’Intérieur qui a été le premier à parler de la position indécente de la jeune fille violée, le ministre de la Justice Noureddine Bhiri a déclaré sur les ondes de la radio Express FM que «la polémique de l’affaire de la jeune fille violée n’était basée sur aucune vérité»le 29 septembre. Quant au Premier ministre Hamadi Jebali, qui a fait un discours à la télévision tunisienne le vendredi 28 septembre, il n’a même pas évoqué l’affaire. Seule la ministre de la Femme, Sihem Badi, membre du CPR (Congrès pour la République), a dénoncé l’attitude du gouvernement dans une interview accordée au site Nawaat.org.

Les déclarations de Yusra Ghannouchi vont finalement dans le sens de celles du gouvernement.

Face au problème de la réforme sécuritaire et des conflits qui existent au sein du Ministère de l’Intérieur, le gouvernement se réfugie souvent derrière le rempart de l’ancien système pour justifier un certain laxisme ou une absence d’autorité.

Cet argument a été aussi avancé dans le cas de la gestion de l’attaque contre l’ambassade des Etats-Unis. Quant à la médiatisation de l’affaire, elle semble aujourd’hui nécessaire pour la société civile qui a souvent recours aux médias étrangers pour faire pression ou alerter d’une situation. Cela a été le cas dans l’affaire Nessma TV tout comme dans le procès de Samir Feriani.

Aujourd’hui, la victime s’est exprimée sur différents médias tunisiens en gardant l’anonymat et la pression médiatique qui entoure la suite du procès le 2 octobre est pesante. Du côté du parti majoritaire au pouvoir, peu d’élus se sont exprimés sur le sujet qui semble en embarrasser plus d’un.

Malgré ses critiques et son détournement du problème, Yusra Ghannouchi est la seule à avoir pris position avec deux autres députées femmes d’Ennahdha, Meherzia Labidi vice-présidente de l’Assemblée qui a signé une pétition de soutien et Farida Labidi, également députée nahdhaouie.

Interview de la jeune fille violée sur la télévision tunisienne:

Lilia Blaise

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Journaliste à SlateAfrique

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