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Egypte - L'école a besoin d'une autre révolution

Il est des rassemblements qui n’attirent pas l'attention des médias. Alors qu’éclataient des manifestations devant l’ambassade américaine au Caire, en protestation à la diffusion du film «Innocence of Muslims» le 11 septembre dernier, Ahmed et d’autres enseignants égyptiens commençaient une grève.

L’auteur du blog Becassine sur le site Owni est allé à leur rencontre dans la rue:

«Ils m’ont invité à m’asseoir, à l’ombre des toiles de fortune. Finalement, je suis restée deux heures avec eux, à les écouter, les uns après les autres.»

Sept d’entre eux ont débuté une grève de la faim, ce qui ne les empêchent pas de maintenir la pression dans la rue, malgré la chaleur de septembre mêlée à un niveau de pollution toujours élevé dans la capitale égyptienne.

Rappelons que 95% des élèves égyptiens sortent d’écoles gouvernementales quand les fonds alloués à l’éducation sont ailleurs, dans des écoles privées d’investissements ou les établissements confessionnels.

Comme le relève le blog Bécassine, l’enseignement privé montre au combien l’enseignement gouvernemental est moribond et délaissé depuis des dizaines d’années. La libéralisation économique du pays a également touché le secteur de l’éducation avec l’ouverture d’écoles payantes, souvent chères et presque toujours dans une langue étrangère.

Nous sommes loin de la démocratisation de l’école primaire impulsée par Gamal Abdel Nasser, le leader du coup d’Etat des Officiers libres en 1952. Même si un long chemin a été parcouru ces 40 dernières années, selon le blog Becassine:

«Entre 1971 et 2009, le taux d’inscription dans les écoles est passé de 60% à 96%. Cette hausse a surtout bénéficié aux filles puisqu’en 1971, elle n’était que 46.5 à être inscrite (contre 73.5% de garçon). En 2009, la disparité entre les filles et les garçons s’est considérablement réduite (94% vs 97.5%). L’illettrisme (population de plus de 15 ans) a très sensiblement reculé passant de 53% en 1990 à 38% en 2010, avec cette fois une forte disparité entre les hommes 80% et les femmes : 63,5%.»

Des chiffres qui ne disent pourtant pas le calvaire des enseignants qui sont obligés de donner des cours particuliers (le fléau de l’éducation!)  après les heures de classe. Ils sont clairement sous payés, ce qui en dit long sur la considération de la société à leurs égards.

«"Sais-tu combien je gagne", me demande l’un d’eux? 375 Livres Égyptiennes (moins de 50 Euros) par mois. “Ma femme ne travaille pas, je vis en-dessous du seuil de pauvreté”»

Lu sur Blog Becassine sur Owni

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