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Google Logo in Building43, by Robert Scoble via Flickr CC.
Google Logo in Building43, by Robert Scoble via Flickr CC.

Google, vitrine des stéréotypes sur l'Afrique? (CARTE INTERACTIVE)

Le moteur de recherche du géant américain est une mine de clichés associés à l’Afrique. Des stéréotypes qui traduisent certaines idées reçues et illustre la prégnance du racisme.

Google, Google, dis-moi que l’Afrique est…pauvre, affamée et assoiffée.

Miroir des clichés et stéréotypes entretenus par les internautes, la recherche Google et son algorithme de saisie semi-automatique.

Son principe? Suggérer aux internautes des mots, pour compléter leur recherche initiale, en fonction des questions les plus posées par les utilisateurs de Google.

Autrement dit, la popularité des questions saisies en français sur Internet influence les suggestions proposées par Google. Et donne une approximation de ce qui hante le cerveau des internautes francophones.

Il suffit de saisir «Les Africains sont» pour avoir un aperçu, souvent nauséabond, des termes qui y sont le plus associés.

Google, miroir du racisme?

Il y a un mois, le site d’information Owni s’en était servi pour publier une mappemonde des préjugés. Et là, florilège.

Presqu’aucun pays n’est oublié par le moteur de recherche. Si la pilosité des Portugaises est «mise à l’honneur», l’obésité des Américains ou la rousseur des Irlandais ne sont pas en reste.

Et sans surprise, l’Afrique est loin d’être épargnée. Certaines suggestions prêtent à sourire. D’autres tiennent clairement du racisme.

 

Chez Google France, on se défend de toute responsabilité. Les suggestions sont le fruit d’un algorithme bien particulier, qui agit «sans intervention humaine»:

«On pourrait comparer ça à l’écriture intuitive sur un téléphone portable. L’internaute tape sa demande, et la suggestion s’affiche.»

Suggestions représentatives des recherches des internautes

Un algorithme secret, savamment préservé par Google. Si les diverses pondérations du précieux calcul restent un mystère, la popularité des requêtes est un facteur important. Ce que confirme Google France:

«Les questions des internautes jouent un grand rôle, c’est sûr. Les suggestions sont représentatives de ce que saisissent les internautes.»

Créée en 2008, la fonction avait pour but d’accélérer la recherche et de corriger fautes d’orthographe et autres trous de mémoire. Mais Google Suggest s’est rapidement transformé en inventaire des préoccupations des internautes. Et révèle certaines obsessions, propre à la société française.

Exemple emblématique, le mot «juif», systématiquement proposé lors d’une recherche incluant une personnalité connue.



En mai dernier, cette suggestion systématique avait conduit Google devant la justice. Six associations, dont le MRAP et SOS Racisme, avaient enjoint le géant américain à censurer le mot «juif» lorsque celui-ci était accolé aux «patronymes des personnalités physiques». Plus d’un mois après la première audience, un accord confidentiel était trouvé entre les deux parties.

«Les Musulmans sont méchants»

Depuis, Google a fait du ménage. Les termes sexuels ont été bannis, en même temps que «lolita», ou «maman». Tout aussi étrange, le mot «homosexuel» tombe également sous le coup de la censure.

Concernant l’Afrique, rien n’a changé. Google a tenté de bloquer les suggestions liées aux Arabes. La requête «Pourquoi les Arabes» n’affiche en effet plus aucune proposition.

Mais, preuve de la popularité de ces requêtes et de la difficulté de les réguler, celles-ci ont rapidement fait leur retour, sous d’autres formes orthographiques.


Google refuse de communiquer sur ces exemples précis. Les modifications se font au cas par cas, au gré des décisions de justice.

Dans son guide sur la fonctionnalité de saisie semi-automatique, Google prévient pourtant que les suggestions excluent  «une catégorie restreinte correspondant à des termes pornographiques, violents, incitant à la haine et portant atteinte aux droits d’auteur.»

Si la fonctionnalité du moteur de recherche fait remonter les questions douteuses de certains utilisateurs, elle tient également compte des internautes qui remarquent ces élans xénophobes.

Toutes ces opinions et leurs corollaires s’agrègent dans Google Suggest, nouvelle vitrine des obsessions symptomatiques des internautes.

Claire Rainfroy

 

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Claire Rainfroy

Journaliste à Slate Afrique

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