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Charb, directeur de Charlie Hebdo posant devant les locaux du journal, le 19 septembre 2012/ REUTERS/ Jackie Naegelen
Charb, directeur de Charlie Hebdo posant devant les locaux du journal, le 19 septembre 2012/ REUTERS/ Jackie Naegelen

Vas-y, Charlie, c'est bon!

Avec un brin d'ironie, le journaliste mauritanien Cheikh Touré, commente l'affaire Charlie Hebdo qui défraie la chronique depuis plusieurs jours.

Au cours de son demi-siècle d'humour «bête et méchant», Charlie Hebdo aura plus souvent changé de nom et de périodicité que de veine satirique.

Sa rédaction n'a jamais su compter les morts ni respecté leurs pompes funèbres médiatiques. Du «bal tragique à Colombey» et ses centaines de victimes locales, elle n'avait sacré que le trépas du général de Gaulle.

A propos de la vidéo islamophobe et sa trentaine de morts dans le monde, elle n'a voulu honorer que la mémoire du saint Prophète. «Bête et méchant»?

Dessein animé

Sous peine de précipiter l'embrasement du monde, il est urgent de relativiser les caviardages de ce vilain petit canard boiteux qui n'en a jamais fait qu'à ses têtes de gondoles.

D'ailleurs, l'islam et son Prophète ne l'ont pas attendu pour se tailler une visibilité caricaturale. La droite française l'avait bien compris qui dut violer la Constitution pour s'en faire un cartoon démagogique et consommable à longueur de messes médiatiques.

Bien avant, les tracteurs de la gauche laïque avaient ouvert la voie à ses charters et karchers qui illustreront la suite.

Des décennies de tchador, voile, niqab ou burqa et leurs débats de caméristes. L'insignifiant CFCM (Conseil français du culte musulman) et ses minarets, imams et fatwas psychédéliques...

La dernière présidentielle française aura officialisé ce «halalisme» politique qui voile les priorités sociales et tranche les divergences idéologiques. Dans un tel dessein animé, Charlie joue son rôle sans en exagérer le trait ontologique: «bête et méchant».

Martyrologe criminel

Bien au contraire, c'est le monolithe islamiste qui s'efforce de coller au cynisme de ses commanditaires politiques.

Fort de leur institutionnalisation anti-constitutionnelle, les «barbus» ont investi les rues et banlieues de la République.

L'auditoire y est suffisamment sous-scolarisé et discriminé pour s'identifier à une communauté d'origine et de destin qui affiche les stigmates des mêmes atrocités démocratiques.

Les plus fragiles finissent par en surjouer les kamikazes terroristes. La récente confession d'une mère de victime dévoile ces destins écorchés qu'elle ne soupçonnait pas sous son voile maternel.

Brisée par le deuil de son enfant, elle doit subir le martyrologe du criminel. Vue d'ici et d'ailleurs, la laïcité devient un subterfuge rhétorique de l'occident chrétien, concordataire et évangéliste.

L'intégration: comment y croire après les ennuis administratifs d'une icône journalistique et la part antisémite dans le lynchage de son présidentiable de mari et celui du puissant Sarkozy? Qu'importe si l'on n'y voit que lubies d'un esprit... «bête et méchant»!

Paradis céleste

Quand l'intégriste configure son carnage aveugle, il obéit à une pieuse intention:  

«Les actes se mesurent aux intentions», dit le Prophète.

Le rapt et l'attentat participent d'une légitime défense en quête de justice. Ses victimes effectives sont collatérales.

Les cibles occidentales payent à la place des «intouchables» qu'elles élisent pour mener leurs croisades dans le monde islamique. Elles répondent de leur soutien indéfectible au colon sioniste. Sans oublier les dictatures post-coloniales et la discrimination de leurs citoyens et résidents musulmans.

Quant aux proies musulmanes, elles succombent pour proximité et intelligence avec l'ennemi d'une cause sainte et vengeresse.

Seul argument personnel: les caricatures d'un paradis céleste où les «damnés de la terre» se cadastrent une seconde vie de possibles éternels. Quand les logiques deviennent inconciliables, Charlie permet de forcer le trait pour en rendre les sous-entendus «bêtes et méchants».

Panorama d'épithètes

«Pas de choc des civilisations» martèlent les commentateurs aux banderoles superlatives: islamologues du terrorisme, historiens de la laïcité, anthropologues du fait religieux, sociologues de l'intégrisme, théologiens oecuméniques de la laïcité et autres dévots modérés...

Tout un panorama d'épithètes équivoques qui cache une faune d'(in)experts improvisés sans science ni conscience.

La volonté n'étant plus de refaire le monde ou le penser, les montreurs d'ours se contentent de (se et nous) le raconter. Sans Sartre ni Raymond, la caricature est bien plus édifiante: «castigat ridendo mores.»

D'Orient en Occident, la satire de l'islam et son Prophète participent d'un passé bien présent. Le coran reste abonné aux «belles infidèles» et meurtrières.

Dans les meilleures traductions, le non-musulman succombe à la première sourate. Dans les moins guerrières, son sursis ne dépasse pas quelques versets de la suivante: facile à vérifier comme raccourci «bête et méchant»!

Avant de rétablir un délit de blasphème révolu, il vaut mieux le définir pour une humanité dont les curiosités spatiales n'ont pas rencontré de foules célestes.

Vidéo débile ou traduction du verbe de Dieu? YouTube ou Al-Jazeera? Caricature de Charlie ou drapeau saoudien? «Intouchables» de Charlie ou banderoles de frères musulmans? Bulles satiriques ou bêtisiers orthodoxes sur la vie du prophète?

Pour distinguer les blasphémateurs, il suffit d'évoquer le retour triomphal et pacifique de Mohamed dans sa ville natale qui l'avait tant caricaturé et persécuté. Mais qui veut savoir vraiment: les plus «bêtes et méchants»?

Cheikh Touré

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