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L'avion Solar Impulse a son atterrissage à l'aéroport de rabat, 6 juin 2012. © REUTERS/Youssef Boudlal
L'avion Solar Impulse a son atterrissage à l'aéroport de rabat, 6 juin 2012. © REUTERS/Youssef Boudlal

A Ouarzazate, le Maroc veut briller de mille feux

Le Maroc va construire la plus grande centrale thermosolaire au monde. Une étape indispensable pour échapper à la dépendance au pétrole.

En juin dernier, le vol inaugural de Solar Impulse, l’avion solaire qui vole jour et nuit sans carburant ni émissions de gaz d’échappement devait coïncider avec l’inauguration en grande pompe de la centrale thermosolaire de Ouarzazate, la plus grande jamais construite dans le monde affirment les experts.

«Avec son soleil légendaire, ses vastes étendues désertiques, ses montagnes qui culminent à plus de 4.000 mètres d’altitude et son long littoral —plus de 3.500 km de côtes de la Méditerranée à l’Atlantique—, le Maroc est présent sur deux fronts: l’éolien et le solaire. Il s’est lancé dans un vaste chantier afin de devenir un champion mondial des énergies renouvelables» annonçait, enthousiaste, l'AFP.

Une étape décisive franchie

Mais l’avion avait alors fait son périple de la Suisse jusqu’aux confins du désert marocain presque pour rien.

Le lancement par le roi de ce projet aussi complexe que coûteux avait été repoussé tant les obstacles à sa réalisation étaient nombreux et presque insurmontables, surtout en ce qui concerne son financement.

Des reports successifs qui avaient fait planer le doute sur la viabilité de tout le projet.

Finalement, les ambitions du Maroc dans le domaine solaire viennent de franchir une étape décisive, avec l’annonce du consortium gagnant pour la construction du site de Ouarzazate qui devrait accueillir dès 2015, une première centrale d’une capacité à terme de 500 MW.

L’association du projet marocain au succès d'image mais aussi à la victoire technologique de Solar Impulse n’aura donc pas été vaine. Il aura fallu tout de même que l’Etat participe au tour de table de la centrale à travers son agence spécialisée, maître d’œuvre du Plan solaire.

Argent saoudien, technologie espagnole

Après un long processus de qualification et les reports successifs dans le bouclage de l’épineux volet financier, c’est un consortium hispano-saoudien qui a remporté la mise   avec un plan d’investissement de plus d’un milliard de dollars apporté principalement par le partenaire saoudien, une offre technique espagnole jugée de qualité (l’Espagne a développé une véritable industrie de pointe dans ce secteur), mais surtout un prix du Kw/h produit défiant toute concurrence.

Mustapha Bakkoury, patron de l’agence gouvernementale solaire MASEN a assuré à L’Economiste de «la mise en place d’un modèle économique permettant la réussite du projet sans que le coût ne soit ressenti par le consommateur d’électricité».

Le groupement sélectionné participera à la première tranche du projet d’une capacité initiale de 160 MW.

Déjà gigantesque, ce projet n'est que le premier d'une série de quatre autres sites (outre Ouarzazate, il s'agit de Ain Bni Mathar, Foum Al Oued, Boujdour et Sebkhat Tah), qui vont voir le jour pour un coût colossal estimé à près de 9 milliards d'euros. Rien de moins que l'un des plus gros projets photovoltaïques du monde.

Sortir de la dépendance au pétrole

Le Plan solaire marocain lancé en novembre 2009 par le roi Mohammed VI est, le moins que l’on puisse dire, pharaonique.

Quelques chiffres suffisent à réaliser son ampleur : Il vise la mise en place, en 2020, d’une capacité de 2.000 MW. Sa capacité de production annuelle en énergie solaire sera alors de 4.500 MW au total, soit 18% de la production nationale actuelle en électricité.

Enfin, le projet permettra annuellement d’économiser en combustibles 1 million de tonnes de pétrole (TEP) et d’éviter l’émission de 3,7 millions de tonnes de CO2.

Contrairement à d'autres pays de la région, le royaume ne dispose pas d'importantes réserves en hydrocarbures et doit dépenser chaque année plusieurs milliards de dollars pour importer du pétrole.

Aujourd’hui Rabat importe plus de 80% de ses besoins en énergie d’où la necessité absolue de diminuer cette dépendance au pétrole.

De l’électricité verte pour l’Europe

Jusqu’ici, la difficulté a été de convaincre les institutions financières de mettre la main à la poche, sachant que les débouchés de cette éléctricité verte seront à terme aussi à l’international (en Europe notamment avec une première expérimentation d’exportation vers la France ), mais à des coûts encore loin d’être maîtrisés.

Avec sa super-centrale solaire à Ouarzazate, Rabat entend aussi se positionner en tant que premier bénéficiaire du Plan solaire méditerranéen, l'un des volets de l’Union pour la Méditerrannée (UPM).

Objectif: devenir —grâce à l'appui financier des institutions internationales— un fournisseur d'électricité indispensable de l'Union européenne. Et dans ce sens, le Maroc a une bonne longueur d’avance sur l’Algérie et la Tunisie.

Dans sa première phase, le projet marocain sera financé grâce à des prêts de la Banque mondiale (270 millions d’euros remboursables sur 40 ans), de la Banque africaine de développement, de la Banque européenne d'investissement, de la banque allemande KfW et de l'Agence française de développement (100 millions d’euros).

Le gouvernement allemand et la Commission européenne accorderont une aide de 15 et 30 millions d'euros respectivement.

De quoi tracer les premiers contours de Ouarzazate, ville oasis et future capitale de l’énergie solaire en Afrique.

Ali Amar

 

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Ali Amar

Ali Amar. Journaliste marocain, il a dirigé la rédaction du Journal hebdomadaire. Auteur de "Mohammed VI, le grand malentendu". Calmann-Lévy, 2009. Ouvrage interdit au Maroc.

Ses derniers articles: Patrick Ramaël, ce juge qui agace la Françafrique  Ce que Mohammed VI doit au maréchal Lyautey  Maroc: Le «jour du disparu», une fausse bonne idée 

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